Sol en ébullition

37° 06S / 12° 17W

J'abandonne pendant quelques jours ce scénario et me laisse porter par l'île. Marcher dans les chemins abrités du settlement, bordés de flaxs aux fleurs noires et crochues, juste assez de place pour qu'un corps circule. Submergée dans ces feuillages, le vent se tait. Une ligne de ciel au dessus de moi, la ligne de terre chaude sous mes pieds. J'aimerais rester là et ne plus bouger ou juste glisser avec le volcan et trembler lorsqu'il s'emporte. Ce sentiment du provisoire, d'une terre aussi instable que la mer. Sentir ce que les géologues savent. Être sur un sol visqueux, en ébullition, un magma profond ou superficiel. Sentir que des gaz veulent s'échapper et que la terre peut bouillonner comme de l'eau chaude dans une casserole. La terre, comme de l'eau bouillante. Les glaciologues de Concordia, comparaient la glace à du miel sur le dessus d'une orange. Sciences et cuisine moléculaire...à suivre.

Lave recyclée.Tristan da Cunha 2012
- AB

Re:

Comme tu le sais, je suis fascinée par les métaphores des scientifiques. Je pense que, s'il y a un point commun entre scientifiques et artistes, c'est leur capacité à inventer, à produire des métaphores lesquelles deviennent une "réalité objective" quand la science est validée (ou quand l'observation et/ou la théorie sont validées).

Oui, la cuisine est quelque chose d'apparemment fréquent, un astronome avait comparé la surface de Titan à de la crème brûlée, croustillante sur le dessus et molle dessous. Parce que la cuisine et la nourriture sont les choses les plus basiques et fondamentales, les éléments culturels les plus profonds pour les humains ?

- CL

Re:

depuis le début du voyage je pense à la Tempête de Shakespeare - la pièce est écrite au moment où les Portugais débarquent sur Tristan da Cuhna... On dit qu'en Angleterre on parlait plutôt des Bermudes. Mais bon, c'est le même rêve. Après avoir lu ton message, je retrouve, à l'acte IV, l'incantation de la nymphe Iris à Cérès:


Riche Cérès, qui lève dans tes champs
Fèves et pois, orge, seigle, froment,
Tes monts herbus généreux en fourrage
Aux doux moutons offrant leurs pâturages,
Tes bords couverts de sauges, de roseaux,
Dont, sur ton ordre, Avril fertile en eau
Orne des froides nymphes les couronnes,
Les vallons de genêts où s'abandonne
L'amant transi, tes vignobles pamprés,
Et ces plages sans vie aux rocs serrés
Où tu respires ...

 

Et puis il y a le beau personnage d'Ariel, et son inverse Caliban - les esprits de l'île, les présences.

Didon et Enée aussi c'est une histoire d'amour et d'île. Mais dans tous ces cas: l'île la femme, la nef: l'homme navigateur...

 

La plage d'Edgar Poe

37° 06S / 12° 17W

Chapitre 15 « les îles introuvables »
« ... Ce groupe si bien connu aujourd’hui et qui se compose de trois îles circulaires, fut découvert primitivement par les Portugais, visité plus tard par les Hollandais en 1643 et par les Français en 1767. Les trois îles forment ensemble un triangle et sont distantes l’une de l’autre de 10 milles environ, laissant ainsi entre elles de larges passes. Dans toutes les trois, la côte est très haute, particulièrement à celle proprement dite Tristan d’Acunha. C’est l’île la plus grande du groupe, elle a 15 miles de circonférence et elle est si élevée que par un temps clair on peut l’apercevoir d’une distance de 80 ou 90 miles. Une partie de la côte vers le nord s’élève perpendiculairement au-dessus de la mer à plus de 1000 pieds. A cette hauteur, il existe un plateau qui s’étend jusqu’au centre de l’île et de ce plateau s’élance un cône semblable au pic de Ténériffe. La moitié inférieure de ce cône est revêtue d’arbres assez gros mais la région supérieure est une roche nue, ordinairement cachée par les nuages et recouverte de neige pendant la plus grande partie de l’année. Il n’y a aux environs de l’île ni hauts fonds ni dangers d’aucune espèce; les côtes sont singulièrement nettes et hardiment coupées et les eaux sont profondes. Sur la côte du nord-ouest se trouve une baie, avec une plage de sable noir, où un canot peut facilement atterrir pourvu qu’il ait pour lui une brise du sud. On y trouve sans peine d’excellente eau en abondance et l’on y pêche, à l’hameçon et à la ligne, la morue et autres poissons... »

La plage de Sandy Point Tristan da Cunha 2012
 

Maisons de lave et de tôle

37° 06S / 12° 17W

Ici aucune prouesse architecturale. Des hangars, des containers, des petite longères en pierres de lave, parpaings et tôles. Le chanvre sur les toits, c'est fini. On peut choisir sa tôle, sa couleur: bleu rouge ou vert, plus de choix que dans certaines régions de France où l'administration n'autorise que la tuile canal. Plus il y a le choix, moins il y a le choix.

Maison et techniques mixtes Tristan da Cunha 2012
- CL

Re:


"Moi dans ma république, je ferais
Tout à rebours ; je n'admettrais aucune
Espèce de trafic ; on n'y verrait nul nom
De magistrat ; aucune connaissance
Des lettres ; aucun pauvre et aucun riche,
Aucun usage de service, aucun
Contrat, aucune succession, ni bornes
Ni enclos, ni labours, aucune vigne ;
Pas de métal, de blé, de vin ou d'huile ;
Nulles occupations qu'oisives, tous,
Hommes et femmes, purs et innocents,
aucune souveraineté -"

(Gonzalo, dans "La Tempête", Acte II)

 

Cages à poules

37° 06S / 12° 17W

Les poulaillers ont tous un pignon de lave telles des maisons miniatures.
Sortes de maisonnettes de sorcières, avec quelques filets de pêche en guise de voilette. Tout y est récupération, bois qui a flotté au moins sur 3 000 km de mer, d'Amérique du sud ou d'Afrique.

Volcan, lave et poulaillers Tristan da Cunha 2012
 

Le rossignol

37° 06S / 12° 17W

Je croisais ma compagne de cabine sur le chemin de la décharge et de la coulée de lave du volcan aussi.

Elle avait réussi à descendre un peu du Mérian et à passer quelques jours sur l'île. Elle avait besoin d'une petite pause avant le départ du bateau pour le Brésil. Cela s'était décidé au dernier moment . Ensuite ça allait être sa partie, la bathymétrie. Fini les mises à l'eau spectaculaires, elle ne faisait que mesurer la profondeur de l'ocean traversé, avec son multi-faisceau, redessiner après les estimations des modèles, le vrai fond celui qu'elle parcourt, qu'elles survolent. C'est fastidieux, fatiguant, mais tous les scientifiques les attendent ces données, pour découvrir de nouveaux volcans, de nouvelles fosses ou de nouvelles rides.

Avec son Rossignol, enfin son Merle comme elle dit. Ce chant qui habite le bateau surtout dans la buanderie lorsqu'elle se sert de son instrument situé sous la coque.

... il déguisa sa voix comme quelqu'un le lui avait appris il y a longtemps; Il imita le rossignol, le perroquet, le loriot et tous les oiseaux de la forêt. La reine Yseut écoutait...Ce chant lui fit néanmoins parfaitement comprendre que son ami se trouvait à proximité...

Nightingale Island vue du Mérian Tristan da Cunha 2012