Animaux de compagnie

37° 06S / 12° 17W

Ses quatre chats lui manquaient. Siegfried, Brunhilde, Parsifal et Isolde. Quant à Tristan il avait taillé la route il y a plusieurs années. Purs chats de gouttières qui s’étaient appropriés sa maisonnette en France, là bas à Porspoder. Une voisine les nourrissait. C’était toujours compliqué avec elle, elle voulait bien les nourrir mais en même temps culpabilisait la géophysicienne de ses embarquements permanents et de ces abandons qui n’étaient pas bons du tout pour ses chats. Equilibre psychologique des chats bretons ou bathymétrie des fonds volcaniques océaniques, quels dilemmes à chaque mission.
Ici à Tristan, les chats sont interdits, comme ça c’est réglé. Aux Kerguelen, les français s’en mordent les doigts. Les chats tuent les oiseaux marins de concert avec les rats. Des scientifiques ont orienté leurs recherches spécifiquement sur ces chats, les héritiers des chats de baleiniers. Donc les chats, éviter d’en parler ici. En revanche les chiens...tous les mêmes, la co-sanguinité ne semblant pas leur poser de problèmes. La même race de chien que celui de Jean Marais dans l’Eternel Retour, tiens tiens, ça revient: ... c’est son nom, il est même au générique, comme acteur principal...

« ...Yseut, vous devez bien vous souvenir du moment où je vous ai donné mon chien Husdent. Qu’en avez vous fait? Montrez le moi! »... Dès qu’Husdent vit son maître, il le reconnut; il lui fit fête comme on peut s’y attendre. Jamais je n’ai entendu dire qu’un chien manifesta autant de joie qu’Husdent pour son maître, tellement son affection pour Tristan était grande... »

Border Collie Tristan da Cunha 2012
 

Tremblements

37° 06S / 12° 17W

Alors prendre l’air sur l’île quelques jours. Elle avait un copain géographe qui écrivait sur les îles et qui l’avait un peu charriée, en lui disant que si elle ne descendait pas à Tristan, c’est comme si elle n’était pas allée à Tristan. Il ne suffisait pas de dire qu’elle avait vue l’île du haut de son navire scientifique, elle devait y mettre le pied, l’abordage étant toujours problématique. Alors elle avait réussi à négocier ces quelques jours de repos sur le Volcan. Le sol tremblait depuis plusieurs jours, mais personne ne savait vraiment d’où venaient ces tremblements, probablement de la mer.

...Le dessous de la terre, la zone de pivot, la réunion des courbes, le creuset des champs magnétiques, ici tout est possible: l’impression, le bruit, la fatigue, les choses décongelées, les états d’âmes, les idées exagérées, la fin des mondes...

Potaoes Patch Tristan da Cunha 2012
- HR

Re:

un géographe se reveille avec ta photo : c'est quoi ces alternances de gris et noir? des tourbes qui se forment entre deux éruptions? ou des éruptions produisant des pyroclastes (des débris non consolidés) de couleur différente??
j'en bave de jalousie!

 

Tremblements 2

37° 06S / 12° 17W

Potatoes Patch Tristan da Cunha 2012
 

Jonglages

37° 06S / 12° 17W

Elle avait l’impression de n’avoir vu personne sur ce bateau. C’est toujours comme cela les premiers jours de navigation, chacun se concentre sur sa mission, boulot, boulot. On n’ouvre que le bar en fin de mission. Peu d’endroits où se retrouver à part dans le hangar ouvert sur le deck, là où les instruments sont assemblés, sortis de leurs caisses et vérifiés. Le soir parfois la musique est un peu plus forte et on danse dans des rythmes improbables, mélangeant celui de la houle et des grands classiques du rock devenus pour la circonstance, acrobatiques. Seules les femmes dansent et les deux jongleurs du bord. Elle chantait dans le sauna pour se détendre, eux jonglaient sur le deck dès qu’ils le pouvaient.

Deck du Merian Atlantique Sud 2012
 

Echelles architecturales

37° 06S / 12° 17W

Son dernier amant était architecte.

Elle savait maintenant trouver les petits détails constructifs émouvants, les matériaux particuliers, les volumes ou espaces intéressants. Elle avait appris beaucoup de choses avec lui.
Mais il était aussi sédentaire qu’elle était voyageuse. Trois ans de recherche et de chantier pour chaque projet, il ne pouvait partir, il travaillait seul.

Elle aimait déambuler avec lui dans les villes, les ports, les grands chantiers. Il faisait toujours des commentaires sur comment il aurait fait lui, s’il avait eu ce chantier, mais il ne les avaient pas. Elle partait plusieurs mois et revenait remplie de toutes ces mesures, ces découvertes, et avait l’impression que du côté de son architecte rien n’avait bougé, qu’il était toujours sur ce problème de détail de menuiseries que l’entreprise n’avait pas bien réalisé. L’architecture était plus longue à se construire que les fonds sous marins de l’atlantique sud à être découverts et dessinés.

Elle avait du mal à ne pas sourire de ces dessins et détails sur lesquels ses collègues architectes se gargarisaient. Elle était émue de toute cette attention pour une si petite échelle d’objets. L’architecte était tellement humain. Dessiner un monde qui pour elle était déjà dessiné depuis bien longtemps. Dessiner la surface uniquement, mais avec tellement d’exigence et d’attention.

Elle se disait qu’au moins il était occupé, pendant ses longues absences.

Les retours étaient toujours difficiles, comme si une remise à l’échelle de l’autre était nécessaire. Mais ça le faisait bien.

Abreuvoir en parpaings Tristan da Cunha 2012