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Standard et non standard

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C'est quoi un logement social de chasseur exactement ?

eric poitevin

Standard et non standard

Combien de bidons de gazoline aura-t-il fallu aux inuits pour que ces trophées de chasse triomphent parmi cet assemblage hétéroclite?

 
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Constructions inuits contemporaines

La pierre, la tourbe, la neige, les peaux, les structures en os de baleine abandonnées à jamais?

Quelles alternatives aux constructions standard venues du Sud? Quels matériaux possibles?

On ne modifie pas une maison de location, on n'investit pas ou peu dans les aménagements intérieurs comme extérieurs, à la limite un petit panneau coupe le vent du Nord-Ouest trop violent et chargé de neige l'hiver, un petit porche est ajouté. Mais j'ai cherché des signes d'appropriations, de modifications des maisons...ils sont très rares.

En revanche les remises de stockage de matériel de chasse, de pêche, les shacks ou les cabines qui permettent de passer quelques jours loin du village à l'abri, sont entièrement fabriqués par les habitants. L'urgence, la carence de matériaux et l'absence de moyens financiers consacrés à ces constructions, mobiles et provisoires, renvoient à la culture nomade de gestion des pénuries et de recyclage.

La réserve inépuisable de matériaux est la "dump". Des caisses de bois, des déchets et surplus de chantiers, d'autres cabines démontées, sont là prêts au réemploi quasi neufs. Le travail le plus long est celui d'enlever les clous et les agrafes. Le panneau de 4 pieds par 8 pieds (120/240 cm) conditionne la plupart des constructions, la diagonale de ces panneaux constitue la pente de la toiture, la structure est constituée de traverses de bois de 2/6 pouces etc...

Certains des shacks sont des caisses à peine démontées, une porte y a été créée, le contreplaqué a blanchi avec les intempéries mais ont été rarement repeints.
L'étanchéité est faite parfois d'une bâche bleue qui servait à contenir les morceaux de viandes chassées sanguinolentes ou une vieille tente blanche rapiécée.

Ce sont des formes venues de contenants orthonormés, de modules standardisés, industrialisés. Aucun souci d'esthétique, l'architecture découle de ce qui est contenu, bateaux, filets, caisses, bouées, moteurs etc.... et de ce qui est trouvé à la décharge. Les caisses bois premiers containers souples?

Constructions inuit contemporaines / constructions inuit anciennes

Dans son Essai sur les variations saisonnières des sociétés Eskimos paru en 1904-1905, Marcel Mauss s'interroge sur le contraste entre l'habitat estival et l'habitat hivernal en Arctique. Il n'a pas voyagé lui-même, il se base sur des témoignages nombreux, parfois anciens. Pour la région d'Igloolik, les « Eskimos centraux », il s'agit essentiellement des récits d'expéditions de W.E. Parry (1821-1824) et de G.F. Lyon qui fait le voyage avec Parry en 1824.

Mauss fait ressortir le contraste entre :

  • un habitat d'été dans des tentes (tupik) dispersées en fonction des lieux de chasse et correspondant pour chacune à une famille au sens étroit du terme. Schématiquement, on peut dire qu'elle est composée de perches disposées en forme de cône ; sur ces perches sont placées des peaux, le plus souvent de rennes, cousues ou non ensemble, et tenues à la base par de grosses pierres capables de contrebalancer l'effort souvent terrible du vent... pas de vide au sommet, parce qu'il n'y a pas de fumée qu'il soit éncessaire de laisser échapper ; leur lampe n'en produit pas. Quant à l'entrée elle peut être close hermétiquement. Les habitants sont alors plongés dans l'obscurité. Suivant les régions les soutènements de la tente sont en bois ou en os de narval (c'est le cas dans la région d'Igloolik ) ce qui joue sur sa forme.
  • une organisation d'hiver en « établissements » (settlements): l' « établissement » rassemble un groupe de familles qui porte toutes le nom de cet « établissement » (en général un nom de lieu descriptif suivi du suffixe miut = originaire de ). L'unité de l'établissement se fait par un nom, un sol, une unité linguistique, morale et religieuse.
    L' «établissement » regroupe des « maisons » (iglu) en longueur faites pour la plupart de trois éléments essentiels: un long couloir qui prend dehors, un banc, des cloisons définissant des sortes de cellules. Suivant les endroits les matériaux varient (bois flotté, côte de baleine (l'usage de la côte de baleine se raréfie avec la multiplication des baleiniers européens), pierre, neige). Les maisons d'hiver peuvent contenir de deux à dix familles d'été, chacune a son emplacement, séparée des autres par les cloisons, le nombre de membres ne comptent pas: toutes les familles disposent du même espace.
    Les « maisons » sont très rapprochée, parfois communiquent entre elles ; elles se regroupent souvent autour d'une construction caractérisée par un foyer central et une absence de cloisonnement : le Kashim (« mon lieu d'assemblée »).

A lire Mauss – je ne sais pas ce qu'en pense aujourd'hui les connaisseurs de l'Arctique – on a la sensation d'une sorte de pulsation hiver/été liée à la chasse – les hommes se déplacent, changent de mode de vie, et changent complètement de façon d'habiter au rythme des changements de la vie du gibier.

Ce qui ressort de cette lecture où sont aussi détaillées les questions de religion, d'organisation familiale... on voit des gens maître de leur savoir construire et indifférents à la pérennité de leurs réalisations. En été on fait d'une façon, en hiver on fait d'une autre, revenant au même endroit et récupérant plus ou moins les constructions déjà existantes qu'il faut largement retaper de toutes façons.

C'est comme si les choses s'organisaient en dehors des questions d'accumulation de biens et de dépense qui sont en usage dans notre culture. Quoi qu'il en soit de la qualité médiocre des matériaux en circulation aujourd'hui dans les villes arctiques modernes, cette donnée est sans doute aussi à prendre en compte: la valeur des matériaux, d'une construction est à peu près inexistante.

Mauss souligne l'inverse à propos d'autres formes de biens: habits, amulettes, kayak, armes, lampe, marmites et instruments de cuisine. On ne prête pas ces objets, on ne les donne ni ne les échange une fois qu'on s'en est servi. La chose fait partie de celui qui la possède et s'il doit, malgré tout s'en séparer, il en garde un morceau ou au moins la lèche. Mauss souligne aussi que cette identification de l'objet à la personne est restreinte aux objets de fabrication eskimo, ne concerne pas, par exemple, les raquettes apportées par les Européens.