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Exposition en temps réel

"Bonjour Ulrike, bien sûr suis enthousiaste pour cette exposition et suis déjà engagée d'ailleurs dans cette installation "par correspondance". Pour l'installation je souhaiterai comme support, si tu en es d'accord, un pignon de maison en liège, comme une empreinte, comme une maison qui aurait disparu ou qui apparaîtrait. De plus l'espace que tu me proposes a un profil de maison (cela ne doit pas être par hasard...) il y a un puits de lumière, très intéressant et une soupente. Cet espace correspond en gros à la maison type HLM du nord canadien, imposée aux inuit après l'igloo. Un livre connu sur ce sujet s'appelle d'ailleurs "de l'igloo au HLM"*

Voici donc ma proposition qui permettrait un accrochage assez simple, au départ avec des punaises (comme les punaises google earth, tu vois?), où le pignon est un intérieur sur lequel seront accrochés les premiers envois mails... après je verrai comment cela évoluera, avec certainement l'installation de vidéos à mon retour en septembre (septembre car le maximum de chaque mail depuis Igloolik est de 400 Ko)

J'attends tes suggestions. Je pars le 1er aôut de Paris et serait de retour le 15 septembre.

A bientôt

Catherine"

extrait de mes échanges avec Ulrike Kremeier,  directrice du centre d'art passerelle à Brest qui exposera les échanges du protocole Igloolik au fur et à mesure de mes déplacements en Arctique

 

* De l'igloo au H.L.M:les Inuit sédentaires et l'État-providence de Gérard Duhaime Centre d'études nordiques, 1985

 
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Lecture Plouézoc'h-Aéroport Charles de Gaulle

"Je veux parler de ce système de pensée ou plutôt de l'instructive tendance d'une civilisation éminente, prestigieuse, à abuser de son prestige même pour faire le vide autour d'elle en ramenant abusivement la notion d'universel, chère à Léopold Sédar Senghor, à ses propres dimensions, autrement dit, à penser l'universel à partir de ses seul postulats et à travers ses catégories propres. On voit et, on a que trop vu les conséquences que cela entraîne: couper l'homme de lui même, couper l'homme de ses racines, couper l'homme de l'humain et l'isoler en définitive, dans un orgueil suicidaire sinon dans une forme rationnelle et scientifique de la barbarie.
....

Tremblement des concepts, séisme culturel, toutes les métaphores de l'isolement sont ici possibles. Mais l'essentiel est qu'avec elle, était commencée une entreprise de réhabilitation de nos valeurs par nous mêmes d'approfondissement de notre passé par nous mêmes, du ré-enracinement de nous mêmes dans une histoire, dans une géographie et dans une culture, le tout se traduisant non pas par un passéisme archaïsant, mais par une réactivation du passé en vue de son propre dépassement.
Littérature dira t'on?
Spéculation intellectuelle? sans aucun doute. Mais ni la littérature, ni la spéculation intellectuelle ne sont innocentes ou inoffensives "

Aimé CESAIRE
texte extrait du discours inaugural "Négritude, ethnicity et cultures afro aux Amériques" donné le 26 février 1987 à l'occasion de la première conférence hémisphérique des peuples noirs de la diaspora organisée par l’université internationale de Floride à Miami.

Dans l'Arctique canadien on parle des "blancs" pour parler des étrangers. Je serai donc une blanche.

D'Aimé Césaire à Catherine Rannou

(…) ou plutôt de l'instructive tendance d'une civilisation éminente, prestigieuse[1] (…)

[1] Où Aimé Césaire situait-il la frontière entre ironie et humour noir ?

(…) faire le vide autour d'elle[2] (…)

[2] Aux antipodes critiques de la tendance décrite par Césaire, Catherine affirme pas à pas, trace après trace qu’on peut choisir de faire le vide autour de soi un temps, poussé par la nécessité d’affirmer la singularité fragile de son point de vue. Renouer avec elle-même, pour re-nous- er sans cesse avec tous, là-bas d’abord puis ici.

Je serai donc une blanche[3].

[3] Blanche sur fond blanc, comme une silhouette-trace étrangère qui atteint la limite de l’invisible, dans l’instantané d’un faux paradoxe. Reste que le lieu blanc n’est peut-être que le paysage poncif que mon regard non documenté imagine d’ici. Quoi qu’il en soit de la réalité, de ce seul mot adressé, "blanche", Catherine créé une vision saisissante qui fait fondre l’hétérogène habitant jusque-là mes pensées vers elle là-bas. Dans la présentation d’Igloolik, elle a écrit : « Il s’agit de cesser d’importer des matériaux et de travailler avec les ressources in situ ». En dessinant sa cartographie sensible, libre et méthodique, elle prouvera qu’il est possible de ne jalonner son parcours que de quelques longs cheveux éphémères abandonnés, rares déchets recyclables sombres qu’elle importera dans la blancheur de ce territoire où il ne fait presque jamais nuit.

Lecture Plouézoc'h - Aéroport Charles de Gaulle

Avez-vous dans les airs entendu quelque bruit ?

Utiles statistiques "ethno-économiques"

"[...]je serais donc une blanche".

(JG) N2 . Billet du Monde daté du 3 août 2011 en pièce jointe, note complémentaire en commentaire de la citation par CR du discours d'Aimée Césaire...et du terrain d'évidence politique sur lequel elle place son regard d'"ethno-ar-tiste/chitecte"

utiles statistiques

Lecture Plouézoc'h - Aéroport Charles de Gaulle

Enfin un peu de temps pour me glisser dans les notes de bas de page, les coulisses des textes et des témoignages visuels qui nous parviennent du Nunavut (notre terre),du dos de la terre comme aiment à le souligner les inuit à nous les Blancs qui bâtissons notre devenir sur les places boursières et les échanges commerciaux .

Distinctions 2

Dans l'Arctique canadien on parle des "blancs" pour parler des étrangers. Je serai donc une blanche.

« (L’Esquimau ou Inuk c’est, selon le mot même, l’homme par excellence. Le Blanc, le Qallunaaq, relève, lui, d’une espèce indéfinissable [1]. Le Kalaaleq, c’est, sur la côte sud-ouest, le Groenlandais métis de Danois, de Hollandais et d’Ecossais.) [1. Inuk (pluriel Inuit): l’homme. Qallunaaq (pluriel: Qallunaat): les « Blancs », à mieux dire les Danois; littéralement, les grands sourcils. (…)] » (Jean Malaurie, Les derniers rois de Thulé, Terre humaine poche, p. 24)
« Blanche sur fond blanc » (Roselyne Quemener)

« La fille de Gouno, à quelqu’un qui de loin me disait Andiara, ça va? (Blanc, ça va?) a répondu: Blanc? Où ça un Blanc? Ca c’est Antonin! » (Antonin Potoski, Les Cahiers dogons, POL, p. 47)

Faire tache. Blanche sur fond noir.
(souvenirs d’une expérience africaine datant d’une trentaine d’années)
Etre « blanc » (ce n’était jamais dit comme ça) c’était être yovo (dans la langue locale béninoise, le fon).
Etre yovo n’était pas forcément être blanc de peau: un coopérant français, antillais, noir de peau, était yovo lui aussi…
Etre blanc de peau n’était pas forcément être yovo: les albinos (il y en a évidemment aussi dans la population africaine, ce qui fait un effet surprenant), même si souvent ostracisés, n’étaient bien sûr pas des yovos…
Certains ananas étaient yovos (sans être blancs!), parce que les plus appréciés par les yovos; de même pour certaines bananes, etc.
Il y avait des Chinois déjà (par amitié idéologique, le Bénin étant marxiste-léniniste sous la direction de Mathieu Kérékou à l’époque), mais on ne les voyait pas (ils ne se mêlaient pas à la population). Ils n’étaient pas yovos, ils étaient encore plus « autres », si c’est possible. Un Béninois m’a dit un jour, et cela m’a fait rire parce que cette réflexion est parfois faite par des « blancs » au sujet des « noirs », qu’il n’aimait pas les Chinois parce qu’ils étaient tous pareils, qu’il n’arrivait pas à les distinguer…
Il y avait des « autres » parmi les Africains eux-mêmes (et ce n’était pas une question de nationalité, mais d’« ethnie », comme on dit, j’imagine). Quand je me baladais avec Thomas, un ami béninois, il saluait à l’africaine (c’est-à-dire longuement, en demandant des nouvelles de toute la famille) la plupart des gens qu’on croisait, mais pas d’autres (chez lesquels je ne détectais aucune différence, ni de traits physiques, ni d’habillement, etc., même en étant attentive).

début d'une longue histoire

 
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Aéroports ?

Aéroports ?

C'est dans mon prochain livre (!) - le personnage un peu neurasthénique, ressassant, d'Anne-Marie qui parle:

Quel est exactement, reprend Anne-Marie, l’effet d’un long trajet sur le corps passif, emmailloté de couvertures, pourvu en vivres et en alcools, soigneusement attaché face à un écran proposant toutes sortes de distractions, - comment formuler la brutalité de cet environnement protecteur ? Tout nous invite à minimiser le fait même du voyage. D’abord parce qu’il faut éviter les paniques collectives toujours prêtes à s’installer dans un groupe désoeuvré à 10 000 mètres au-dessus du sol. Aussi parce que dans notre manière de voyager néo mondialisée, nous ne sommes invités à porter au voyage lui-même qu’un intérêt lié à son efficacité – comme si le temps du voyage ne se déroulait nulle part: toutes les traversées du ciel ont le même goût de nourriture aseptisée. L’océan qu’on survole n’existe pas, il est aussi invisible que Dieu. On peut juste en voir une représentation graphique sur le petit écran qui fait face au siège sur lequel on est assis. Comme sur les machines de l’hôpital s’inscrivent les rythmes de notre cœur et de notre cerveau.

 

 
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Sphère ou cube ?

 
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3 escales

Photo 2

Comme une peau recousue, cicatrices.

C'est une autre nature d'images mais ça fait penser à certaines photos de Sophie Ristelhueber.

3 escales

14h locales..

Sur les photos de tes escales, il y a une côte avec un marais découvert (marée basse sans doute?) et d'autres côtes avec des cordons de galets sub-parallèles, probablement construit avec du vieux matériel de moraines glaciaires.

Donc les houles recyclent du matos usé lors de la glaciation (vers 10 à 25 000 années ago, at least) et en font un nouveau paysage.

Quand tu construis avec de la "moraine" humaine, du déchet anthropique, tu es exactement en plein dans le même mécanisme de ré-utilisation. Tu es super naturaliste. Tu pourrais passer pour un processus naturel..

Vers ta destination (un peu au NE, sur ton île) il y a un petit lac circulaire qui ressemble à du thermo karst, (bloc de glace souterraine fondue qui en conséquence se traduit par une dépression circulaire en surface. )

Si t'as l'occasion d'y passer... regarde bien, c'est dû à de la "chaleur" qui, elle aussi, recyle du matériel (fait fondre) et fabrique des reliefs en creux...

Y'a plein de trucs méga recyclés dans ce coin, y'a rien d'original, c'est très intéressant!! (ou du moins pas beaucoup de trucs vraiment actuels et originaux... et ça se voit vraiment trop bien depuis Google Earth. Sur place ça doit être le plaisir -géomorphologique- total)

je t'embrasse

RV

3 escales

Note pour les 3 photos-cartes

La carte est-elle le territoire ?

Troublante imagerie actuelle entre carte et territoire, image surréelle dont l'archétype, pour moi, est la planisphère de Tom Van Sant réalisée à partir d'images satellitaires, sans nuages. (http://www.tomvansant.com/id4.html)

annick

Monde sans obstacle nuageux

About 16h20 locales avec un ciel gris et un début d'anticyclone bien mouillé...

Une terre sans nuages, c'est une terre sans pluie... donc sans glace, donc sans Arctique...

Parfois les géographes sont idiots (but successfull!).

C'est quoi ce fantasme d'un monde totalement transparent à lui-même au point de n'avoir plus rien d'inconnu??

Vive les terres et les mers avec une feuille de vigne!

RV

Jeu de go

La carte est-elle le territoire ?

on lit chez plusieurs auteurs vieillissants une attention particulière pour les états de sommeil et de demi-veille qui leur accordent une égale considération de réalité que l'état de veille. Chez Ernst Jünger (disparu à 103 ans!) cela se confond même avec la rencontre des héros et autres titans mythologiques qu'il considère alors comme acteurs intrusifs dans la constitution de notre réalité. Kant ailleurs dit à peu près la même chose dans ses considérations sur le "possible"…Les rêves sont plus forts que les faits du jour, ils sont créateurs de réel …(je re formule de mémoire). Où est ce que je veux en venir avec çà?…et la toundra arctique et ses moraines?…

Justement, à propos de la carte qui serait le territoire, une intuition qui prend corps au XVè s., avec l'invention du rationalisme dans la lunette de Galilée lequel Galilée a pu écrire que "…les mathématiques parlent le langage de Dieu". C'est précisément ce qui nous intéresse ici –dans l'itinéraire que CR nous propose de suivre- la cartographie de ses déplacements ne s'écrit pas dans les coordonnées des latitudes et longitudes pas plus que dans les relevés du GPS et peut-être moins dans les rendus géophysiques (photographies) que dans les récits. Les récits de CR et les notes qui s'y associent.

La constitution "toujours se faisant" d'une hypercarte –au sens qu'en donne Anne Cauquelin- plutôt qu'une carte et s'il s'agit de territoires c'est autant ceux des mythes, des rêves, des émerveillements et terreurs que celui d'une géographie physique. Ainsi contrariant Galilée, CR fait sans cesse bouger les abscisses et ordonnées des représentations des territoires qu'elle parcourt et associe aux données géophysiques, les complexités mythologiques, affectives, politiques et subconscientes …bref fait entendre l'écho de toutes les voix des récitants de ce théâtre arctique …

 

[ jeu de textes et notes croisées se répondant les unes aux autres, se dresse peut-être une cartographie des récits et investigations menées par CR comme les pierres posées l'une après l'autre sur un go bang dont les valeurs sont déterminées seulement par les relations de positions de l'une avec les autres. Toutes les pierres valent 1.]

…la carte n'est pas le territoire comme le voudrait l'affiche logico-mathématique …

(c'est promis la prochaine note sera moins "considérative" et géneraliste...j'essaierai!)

Monde sans obstacle nuageux

c'est quoi ce fantasme d'un monde totalement transparent à lui-même au point de n'avoir rien plus d'inconnu?

 

Une carte est, par définition, un monde sans nuages car elle est supposée représenter le territoire donc avec une vue "d'au-dessous" des nuages.

L'image satellite est une image "d'au-dessus" des nuages et les montre quand il y en a. C'est le principe de base des images de la météo tous les soirs avant ou après le Journal Télévisé (nous dire où il va pleuvoir).

Et il y a ce moment de téléscopage des deux où l'image satellite devient carte et d'où s'efface le nuage. La carte de Tom Van Sant est la première réalisée systématiquement à partir de milliers d'images satellites. Les images que nous a envoyées Catherine (comme Google Earth + Google Satellite) sont sur ce principe, elles ont perdu leur feuille de vigne.

C'est aussi le début d'un monde où plus rien n'est réellement "hors de portée" où il y a de moins en moins de "points aveugles". C'est ce qui nous permet de suivre Catherine via e-mail depuis un tracteur dans l'Antarctique et maintenant au-delà du cercle polaire arctique.

annick

Monde sans obstacle nuageux

En tout cas il me semble qu'on distingue parfaitement Igloolik sur ce globe ?

L'Astronome de Vermeer

3 escales - exotisme onomastique

Igloolik, « lieu où il y a des maisons »; bizarrement on aurait pu le comprendre d’emblée... L’igloo appartient à l’imaginaire de l’enfant occidental (en tout cas français, à ma connaissance) très tôt, même s’il n’y a pas de neige là où il vit, aussi vite que la cabane, comme prototype de maison... Et « lik » pour lieu, ma foi... Bon, d’accord, écrit avec les signes inuit (voir la parenthèse, note 1 de igloolik texte 3), c’est beaucoup plus ésotérique...

Par contre, des mots comme Iqaluit ou Kuujjuaq (d’après les graphies que j’ai trouvées sur google earth) induisent un exotisme par l’impossibilité, en français, de ne pas faire suivre « q » de « u », de mettre deux « u » à la suite, ou deux « j »... C’est le cas aussi des accents posés bizarrement sur des voyelles (sans parler des signes caractéristiques des langues scandinaves, par exemple); tout cela en restant dans l’alphabet dit latin...

cf « Tlön » et « Uqbar » (Borges)

Voyage parallèle

« C'est précisément ce qui nous intéresse ici - dans l'itinéraire que CR nous propose de suivre- la cartographie de ses déplacements ne s'écrit pas dans les coordonnées des latitudes et longitudes pas plus que dans les relevés du GPS et peut-être moins dans les rendus géophysiques (photographies) que dans les récits. » (11/08/04/TU16h00-JG- Jeu de go)

Peut-être en contradiction avec le projet de Cath (tel que décrit par Jérôme), j’ai eu envie d’explorer les deux parallèles (Nord et Sud) relatifs à la latitude d’Igloolik (69°22’32" sauf erreur) sur Google Earth (on a les moyens de voyager qu’on peut.).

(Jules Verne, auteur pré-oulipien en un sens (ne pas oublier que Raymond Roussel, (et cet emboîtement de parenthèses (mais, promis, je ne le ferai plus!) lui est dédié (cf Nouvelles impressions d’Afrique)) auquel il faut rendre une part « de ce qui lui est toujours dû » (Michel Foucault, Les mots et les choses, préface, p. 9) le vénérait), a inventé un certain nombre de contraintes pour voyager extra-ordinairement (comme la plus connue peut-être, faire le Tour du monde en 80 jours, mais aussi l’entêtement de Kéraban le têtu qui refuse de payer la taxe sur la traversée du Bosphore pour aller de Constantinople à Scutari et est donc contraint de faire le tour de la Mer Noire), efface à dessein la longitude du document rendant compte du naufrage du capitaine Grant, contraignant ses enfants à le rechercher tout le long du parallèle de latitude 37°11’S...)