- GP

J'habite ici

Je ne me souviens pas avoir ressenti cette impression d'habiter en Antarctique, que ce soit la première ou la deuxième fois. 
Ici, à Igloolik, on habite, on construit pour soi, on chasse, on pêche, on édifie des lieux de culte, on a des enfants, on vit et on meurt.

J'habite ici

Animaux domestiques ? insectes ? petits rongeurs ???

Curiosité généalogique

"Je ne me souviens pas avoir ressenti cette impression d'habiter en Antarctique"

Ce qui nous fascine nous, fils et filles des catéchismes et qui nous fait vouloir ethnologues c'est cette curiosité généalogique de "l'avant", l'avant de l'histoire -laquelle histoire se fonde a-posteriori à partir des églises- Une pré-histoire du monde alors dont l'Inuit pourrait figurer l'écart. Non pas pré-histoire comme avant de l'histoire mais comme sa condition d'existence, immanente. CR peut dire qu'elle n'a pas habitée en antarctique -monde sans connaissances autres que la mémoire des pierres- et qu'à peine débarquée à Igloolik se sentir habiter là...

J'habite ici & il habitera toujours là-bas

Ici, à Igloolik, on habite (…) on édifie des lieux de culte, on a des enfants, on vit et on meurt[1].

[1] Lorsque nous nous sommes arrêtés tous les quatre dans le petit café du bourg il y a quelques semaines, nous étions Place Père Robert Le Meur (29). En lisant tes mots Catherine, puis la note de Jérôme, tout à coup le souvenir fantôme de cet homme d’église qui habite ma pré-histoire sensible s’est manifesté. J’ai sollicité l’aide de mes documentalistes familiaux pour qu’ils m’éclairent et je vous adresse à tous leurs archives.

Igloolik et Tuktoyaktuk. Nord Est et Nord Ouest. Continuons. J’oublie Flaherty et Nanouk quand tes photographies nous racontent ton arpentage dans un film en plans fixes aussi dépeuplés qu’habités.

J'habite ici et nous te suivrons ?

Je suis resté dans le sud (relatif) mais je pense que Catherine est notre éclaireur à tous, du moins, si j'en crois J.-G. Ballard dans un de ses anciens romans lu dans la moiteur estivale :

« Soixante ou soixante-dix ans plus tôt, le premier choc s’était produit : une succession de gigantesques soulèvements géophysiques avait transformé le climat de la planète (…). Dans le monde entier la moyenne des températures s’éleva de quelques degrés chaque année. La plupart des zones tropicales devinrent inhabitables ; des populations entières émigrèrent vers le nord ou vers le sud, fuyant des températures de cinquante degrés et plus. Les zones tempérées devinrent tropicales ; l’Europe et l’Amérique du Nord subissaient de perpétuelles vagues de chaleur ; les températures descendaient rarement en dessous de trente-huit degrés. Les Nations unies organisèrent la colonisation du plateau antarctique et des côtes nordiques des continents canadien et russe. » (p.24)

J.G. Ballard, Le monde englouti, Denoël, coll. Présence du futur, (1962) 1964.

Arctique et Antarctique

« Je ne me souviens pas avoir ressenti cette impression d'habiter en Antarctique, que ce soit la première ou la deuxième fois. Ici, à Igloolik, on habite, on construit pour soit, on chasse, on pêche, on édifie des lieux de culte, on a des enfants, on vit et on meurt. » (11/08/05/TU14H44-CR- J'habite ici)

D’abord, une évidence: l’Arctique est un Océan (certes recouvert de glace pour la plupart, mais quand même), l’Antarctique un continent...

pole nord et pole sud

L’Arctique et l’Antarctique ne s’opposent pas seulement comme le Nord et le Sud, le haut et le bas (pile ou face, recto-verso), mais aussi topologiquement comme le creux et le plein, le concave et le convexe (femelle-mâle, goulot-bouchon, ...). Et, plus important, les terres arctiques sont pour la plupart le prolongement de terres tempérées et habitées, l’Antarctique est une île (isolée) qu’on n’atteint qu’après avoir franchi des océans peu engageants (les terres tempérées et habitées sont loin...). Normal donc que l’Arctique soit habité, mais pas l’Antarctique...

On trouve donc un certain nombre d’installations humaines le long du parallèle Nord (cf images jointes: chaque titre indique s’il s’agit du parallèle Nord ou Sud (la latitude étant toujours 69°22’32"), la longitude, et la taille du côté du carré-échantillon), et même certaines semblent assez « habitables ». En Antarctique, par contre, c’est le désert... Mais, surprise, j’ai trouvé un campement juste sur le parallèle exploré: est-ce là que Cath avait résidé, par pure coïncidence?

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- CR

Les mots de la maison

Enregistrement de Janny apprenant à Bryana les mots qui décrivent les parties extérieures et intérieures de la maison pendant la semaine de marche en terre de Baffin 2011

 
- CR

Accrochage par correspondance

exposition en temps réel du protocole de correspondance Igloolik centre d'art passerelle Brest 2011

 
- CR

Mail de mon cousin

Extrait d'un mail assez à propos que mon cousin vient de m'envoyer:

"…Je voulais juste savoir ce que tu devenais depuis un an. Ici les choses ont un peu évoluées. Finalement j’ai pu obtenir le poste de professeur et même si j’aurais préféré changer d’université je suis bien content parce que les postes deviennent de plus en plus rares comme partout en Europe... Cet été j’ai pensé à toi pour une question d’architecture. Je suis en train d’écrire un texte sur la notion même d’art sacré et bien sûr l’espace intérieur de l’église y occupe une grande part. Comme l’athéisme n’interdit pas de réfléchir à ces questions, je me suis demandé si comme architecte tu t’étais déjà intéressée à cet aspect de l’architecture et si tu avais eu des demandes dans ce sens. La question toujours difficile étant celle des formes nouvelles que peut prendre l’art sacré. Bien sûr l’équivalent de la Sagrada Familia en conteneurs ce n’est pas simple à imaginer ! Il paraît que tu es au Canada pour un moment. Que fais-tu là-bas ? Encore les régions polaires ? Bises. E.

 

ci joint une partie de ma réponse:

Cher cousin...Ma maigre expérience serait plutôt en Antarctique…:

Cela a eu lieu la première fois que je me suis rendue à Dumont d'Urville. Dans la plupart des stations il n'y a pas d'église, à part dans les stations sud-américaines, chiliennes et argentines qui sont dérogatoires quant au traité de l'Antarctique qui dit que l'Antarctique est terre de paix et terre de sciences, sans affichage politique ni religieux, ni colonisateur, en gros.

Certains membres de l'expédition qui allaient rester plusieurs mois coupés du monde, souhaitaient trouver un lieu de culte pour l'année. Sur l'ensemble de la station il était question de 4 ou 5 personnes maximum. Ils étaient tous de la même génération et avaient des postes clés dans la base : cuisinier, agent de télécommunication, médecin, chef de station.

Ils avaient déjà fait l'inventaire des espaces vacants isolés (thermiquement): un container qui faisait office de cabine téléphonique, un labo-photo. Que des endroits supplantés par l'ère numérique. L'ancienne station avait été listée, dite base Maret, mais se trouvait un peu trop éloignée en cas de mauvais temps.

Ils apprirent rapidement que je n'étais pas qu'artiste et que je pouvais leur créer un lieu de culte spécifique. Lors d'un de ces nombreux repas collectifs, ils m'abordèrent et me proposèrent d'édifier une chapelle. J'étais tout d'abord assez surprise et comme à mon habitude leur proposait des exemples qui ne justifiaient pas de construire (je préfèrerais ne pas...), et l'exemple du paysage qui est déjà un espace spirituel possible, pourquoi alors vouloir une église? d'une chapelle construite à partir des déchets de la station etc...d'un igloo éphémère etc...Non ils étaient déterminés à s'installer quelque part et à laisser une trace. Résignés, ils finirent par s'installer dans la cabine téléphonique chaque dimanche matin...Ils voulaient y mettre une croix mais là c'était trop pour les autres membres de la mission (scientifique).

Quelques incidents avaient déjà eu lieu cet été là. Celui qui m'avait proposé ce projet avait installé une vierge en bois sculpté dans le séjour de la station scientifique. Cette "sculpture" a disparu le jour même et fut retrouvée quelques temps plus tard dans un frigo alimentaire d'un des hangars. Cela avait été l'occasion d'une intervention devant toute la base mentionnant la perte d'une sculpture. L'art serait il moins tabou que la religion dans ce type de situation? Et l'espace collectif de la station pourrait il devenir un espace de culte, comme une salle de cinéma certain soirs? Cela a questionné un bon nombre de scientifiques et de logisticiens cet été là. Les réponses étaient loin d'être tranchées.

L'année suivante, un des scientifiques dont je suis proche, m'a rapporté que cette même statuette avait été installée sur une des pierres du cap Prudhomme, sur l'île des Pétrels. Ce scientifique avait décidé alors de desceller cette statuette, convaincu que l'Antarctique n'est pas un espace de "colonisation" et l'avait emportée sur l'Astrolabe jusqu'en Australie. A l'arrivée il l'a remise à son propriétaire. Et il me semble , pour avoir repris l'Astrolabe deux années après, qu'elle a été déposée dans le carré du bateau, c'est à dire l'espace collectif de l'équipage.

A contrario, lors de mon second séjour, une jeune médecin me disait que dans sa chambre, toujours attribuée aux médecins, des images religieuses étaient accrochées dans la chambre ainsi qu'un crucifix. Cela l'impressionnait, elle n'était pas pratiquante mais par superstition peut être, n'osait pas les enlever et ne savait pas quoi faire de ce crucifix, le jeter, le rapporter en Australie, l'acte était trop lourd et compliqué alors elle n'y touchait pas.

Bref les questions de religions et d'édification d'églises sont encore loin d'être simples et ces lieux extrêmes les exacerbent encore plus.

 
- CR

Standard et non standard

Image complémentaire

C'est quoi un logement social de chasseur exactement ?

eric poitevin

Standard et non standard

Combien de bidons de gazoline aura-t-il fallu aux inuits pour que ces trophées de chasse triomphent parmi cet assemblage hétéroclite?