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Sols d'Igloolik

Le sol le plus familier est pour moi d'une façon surprenante la mer, le dessus de l'eau. Où en recadrant mon regard sur une partie de l'océan, en observant les petites vaguelettes, les risées à la surface de l'eau je peux me retrouver dans la baie de Morlaix, dans l'océan austral ou ailleurs. Je ressens la mer comme un matériau universel qui donne l'impression d'être familier. La terre finalement m'est plus étrangère. Mais la mer est elle un sol? Est-ce une question de vue en coupe?

Mes pas à l'aéroport font résonner les structures métalliques des pilotis, des grilles des coursives extérieures. Bruit familier de toute base ou station hors sol. Les stations spatiales doivent probablement "raisonner" aussi de cette façon.

Puis marcher entre les maisons préfabriquées en bois, dans une sorte de poudre de couleur crème soulevée par les quelques voitures ou camions qui circulent. Elle devient collante et visqueuse par temps de pluie.

Marcher sur la plage, le long des cabines de chasseurs. Impression de marcher sur le bord d'une rivière plutôt que sur une plage de bord de mer. Le rivage est formé de graviers, voire des cailloux mélangés de différentes couleurs et matières. Cela me fait penser au "délestage" qui était une île constituée de roches très différentes, à l'embouchure de la rivière de Pont l'Abbé en Bretagne. Elle s'était formée à partir des cailloux de lestage que les bateaux emportaient avec eux lorsqu'ils n'avaient pas de marchandises. Puis, pour entrer dans la rivière, ils vidaient ce chargement à tribord pour ensuite se remplir de denrées diverses et repartir en mer.

En s'éloignant du village vers le nord, une impression de marcher sur un tas de pierres gigantesque, un sol complètement désarticulé où se mélangent des pierre blanches plates de toutes tailles, stabilisées par endroit par des lichens ou des mousses ou graminées. Un champ de lauses pour une région maintenant sans constructions de pierres. Ces pierres plates si bien clivées me donnent envie de construire une borie là, maintenant, tout de suite. Le cimetière est installé dans ce tas de pierres un peu au-dessus du village. Seul ce coteau est encore couvert de glace. Croix et caïrns en forme d'humains appelés Inuksuk dominent le village. Les croix sont en bois alors que c'est une région sans arbres, les Inuksuk sont en lauses.

Plus au nord, traversées de marais et de mousses épaisses, plus elles sont rouges plus elles sont humides. Des pierres rondes sont disposées là, comme si elles avaient été lancées de haut. Les grosses semblent rester à la surface, les petites s'enfoncer et s'effacer sous le sol spongieux. Les pierres sont rouges, marron, certaines sont coupées en deux, en tranches.

Sols d'Igloolik

Cela me fait penser au "délestage" qui était une île constituée de roches très différentes à l'embouchure de la rivière de Pont l'Abbé en Bretagne.
Tu parles au passé, cette île n'existe plus ?

Près de Palekastro, à l'est de la Crète, se trouve le site abandonné (les fouilles ont été interrompues faute d'argent) de Roussolakos - des pierres, la mer, des sacs en plastiques volant au vent, des oliviers - certains disent que c'était le plus grand palais après Cnossos, mais beaucoup plus dévasté à cause de la proximité de la mer. Que se passait-il sur les sols arctiques quand, il y a à peu près 3700 ans, un mystérieux cataclysme mit par terre tout ces premiers palais ?

Sols d'Igloolik

En passant par le château d'Oiron pour visiter son étonnant cabinet de curiosités, je me suis longuement attardée devant une installation de Gloria Friedmann qui me revient en mémoire en observant ces amoncellements de pierres plates....un memento mori contemporain.

Gloria Friedmann La vanité des bâtisseurs
Gloria Friedmann, La vanité des bâtisseurs, 1993
Installation avec un disque de terre (diam. 260 cm), un tas d'os (120 X150 cm), un tas de pierres (130 x 150 cm)
Coll. FNAC, Inv. FNAC:94058

"Devant un grand tondo de terre représentant la planète deux tumulus: l'un de pierre pour les infatigables bâtisseurs, l'autre d'os pour ce qui subsiste après la mort. Son oeuvre est une réflexion sans cesse renouvelée sur la nature et sur les relations en constante évolution que l'homme noue avec elle. Son spectre s'étend du combat écologique à la prise en compte des mutations les plus artificielles de la société industrielle." Le château d'Oiron et son cabinet de curiosités, centre des monuments nationaux/Éditions du patrimoine 2000, p.214

Ciels vus du sol

En regardant là-haut depuis ma chaise longue citadine du déjeuner, je me suis demandé si j'étais encore plongée dans la consultation des pièces jointes aux mails IGLOOLIK.

Comme la réponse semble être non, je vous adresse ces captures d'écran de la toute dernière version de GOOGLE SKY (low tech version).

3 ciels

La gazette

"les bourses chutent, les bons du Trésor Américain, étalon sur lequel s'échelonnent les valeurs des dettes souveraines, se déprécient, Londres craint une troisième nuit d'émeute dans le quartier de Tottenham , la troïka de la finance (FMI, Commission européenne et Banque Européenne) prend la tutelle de la gouvernance grecque pour les trente années à venir, afin de garantir le remboursement de ses prêts, la production du Round Up de Monsanto dont la toxicité entraîne malformations fœtales et dégénérescence cellulaires, ce que viennent de confirmer plusieurs études épidémiologiques indépendantes, a été autorisée à être poursuivie en Europe jusqu'en 2030 avant sa ré-évaluation et sans limitation en Amérique du Sud, le tourisme religieux de la communauté catholique d'Emmanuel attire des milliers de nouveaux visiteurs…"
Harangue publicitaire pour un nouveau film d'anticipation à scénario de fin du monde?…litanie harassante de désastres des 20 dernières années …non, les titres du journal Le Monde daté du 9 août 2011… une journée ordinaire…
ah, un titre oublié, le gouvernement français lance une nouvelle offensive contre les fraudes sociales, c'est à dire les escrocs bénéficiaires des minima sociaux qui déclarent vivre seul quand ils sont deux ou encore les arrêts de travail injustifiés…
lectures de la "gazette"
il y a dans le dernier mail de CR soit une étourderie de frappe soit un jeu de mots lourd de sens politique…"Les stations spatiales doivent probablement raisonner" mais raisonner à quoi... à l'ailleurs?

Des blancs

« Blanche sur fond blanc, comme une silhouette-trace étrangère qui atteint la limite de l’invisible, dans l’instantané d’un faux paradoxe. Reste que le lieu blanc n’est peut-être que le paysage poncif que mon regard non documenté imagine d’ici. » (11/08/03/TU07h23-RQ- D'AIME CESAIRE A CATHERINE RANNOU)

« Le sol le plus familier est pour moi d'une façon surprenante la mer, le dessus de l'eau. Où en recadrant mon regard sur une partie de l'océan, en observant les petites vaguelettes, les risées à la surface de l'eau je peux me retrouver dans la baie de Morlaix, dans l'océan Austral ou ailleurs. Je ressens la mer comme un matériau universel qui donne l'impression d'être familier. La terre finalement m'est plus étrangère. Mais la mer est elle un sol? Est ce une question de vue en coupe? » (11/08/07/TU22H26-CR- SOLS D'IGLOOLIK)

Il n’y a pas que du blanc au Nord, il n’y en a finalement pas tant que ça, à part la grand tache du Groenland, notre continent arctique à nous. Au Sud, par contre...
Mais surtout il y a plusieurs « blancs », des textures diverses, mousseuses, plissées, ridées, qui me font penser à la sensualité des blancs en neige, des meringues, des draps froissés, mais aussi à la neige et à la glace vues de près. Fascination pour ces textures qui annihilent la notion d’échelle (rappel: le titre des images indique la longitude et la taille du côté)...

9 blancs

Pas que du blanc

« Le rivage est formé de graviers, voir des cailloux mélangés de différentes couleurs et matières. (...) En s'éloignant du village vers le nord, une impression de marcher sur un tas de pierres gigantesque, un sol complètement désarticulé, où se mélangent des pierres blanches plates de toutes tailles, stabilisées par endroit par des lichens ou des mousse ou graminées. (...) Plus au nord, traversées de marais et de mousses épaisses, plus elles sont rouges plus elles sont humides. Des pierres rondes sont disposées là, comme si elles avaient été lancées de haut. Les grosses semblent rester à la surface, les petites s'enfoncer et s'effacer sous le sol spongieux. Les pierres sont rouges, marron, certaines sont coupées en deux, en tranches. » (11/08/07/TU22H26-CR- SOLS D'IGLOOLIK)

« Merci pour la vision des couleurs en réponse au blanc trop blanc du départ qui me glaçait un peu. » (11/08/04/TU08h55-RQ- ET LA TOUNDRA)

Il n’y a pas que du blanc le long du parallèle 69°22’32", il y a plein de textures et de couleurs, comme dans ces pierres dont Roger Caillois a décrit l’écriture, et qui nous troublent également par la confusion des échelles, la tentation d’y voir autre chose que ce qui est, mais aussi, sans chercher une quelconque ressemblance, peuvent nous fasciner comme des tableaux abstraits.

« En Chine, poètes et peintres identifiaient dans une pierre perforée une montagne, avec ses cimes, ses cascades, ses grottes, ses sentiers, ses abîmes. Des collectionneurs se ruinaient pour acquérir des cristaux dans la transparence desquels ils distinguaient des mousses, des herbes ou des branches avec leurs fleurs et leurs fruits. Sur des agates, on peut apercevoir un arbre, des arbres, des bosquets, une forêt, un paysage entier; ou sur un marbre, conjecturer une rivière avec des collines qui en bordent le cours; ou les éclairs et les nuées d’un orage, les neurones de la foudre et les grandes plumes du givre; ou un héros affrontant un dragon; ou une mer immense où s’enfuient des galères, comme celle que le Romain surprit dans les prunelles d’une reine d’Orient déjà décidée à le trahir. » (Roger Caillois, L’écriture des pierres, Champs-Flammarion, p. 12)

10 terres

Du silence radio à la bande son d'igloolik

Le 7 août, Catherine nous a prévenus de son silence radio du 10 au 20 août.

Les images envoyées par Marie-Pascale ont alors commencé à chanter dans mon regard posé sur elles. Chacune si différemment. Leurs textures diverses hier. Ce crissement des pas qui s'enfoncent dans la neige, les semelles qui claquent ou glissent sur la surface glacée des sols, ou simplement les pieds qui arpentent avec aisance ou difficulté, en fonction des espaces parcourus chaque heure.

Parfois tes mains t'aident peut-être un peu à saisir quelque chose plus loin, je ne sais pas.

Aujourd'hui à nouveau, les images de Marie-Pascale émettent un son particulier dans ton silence. La Chine et l'Orient font leur entrée dans cet ensemble. Nous les accueillons !

Couleurs, textures, plats cuisinés (omble chevalier encore frais dans nos mémoires gourmandes), faune et flore, vue, toucher, goût et odorat. Une chose me manque (jamais assez, n'est-ce pas...) : quelles sont les voix d'Igloolik, comment te parlent-elles ? Gutturales, stridentes, douces ou vives, légères et enfantines, adolescentes et fluctuantes, féminines/masculines, fortes ou discrètes... ?

Et comment travaille pour toi le sound designer de l'Arctique, quels sont les bruits émis par ces lieux le temps de ta présence ? Décris-nous cette bande son selon ta manière, s'il te plaît, en strates, en vertige maîtrisé.

Entends-tu quelques chants ? Des musiques ? Locales, importées ? Résistances ou mélanges créatifs ? Les corps se mettent-ils à danser ?

Les mélodies sont-elles des matériaux recyclables l'été...

Si tu as un instant encore, dis-nous enfin la texture, le goût et la couleur des silences arctiques.

La bande son d'Igloolik a, j'ai envie de le croire, quelque chose à raconter de toi et ton travail dans ces moments lointains.

merci

Sols d'Igloolik

Mes pas à l'aéroport font résonner les structures métalliques des pilotis, des grilles des coursives extérieures. Bruit familier de toute base ou station hors sol. Les stations spatiales doivent probablement raisonner aussi de cette façon.

Dans son roman "Je n'ai pas dansé depuis longtemps" (Belfond, 2010), Hugo Boris raconte la vie et le parcours d'un cosmonaute soviétique parti pour une mission de longue durée dans la station spatiale et qui doit y rester encore plus longtemps que prévu pour cause d'effondrement de l'Union Soviétique. Ce roman est librement adapté des conditions de vie réelle de divers cosmonautes russes.
A un moment, dans le livre, le cosmonaute se "propulse" de chaque côté de la cloison d'un des modules de la station, heurte les parois de manière rythmique et répétée, entraînant une résonnance qui pourrait, peut-être, la disloquer.
Peut-on ainsi disloquer un aéroport ou tout autre bâtiment hors sol comme le dit Catherine ? Cela aurait-il le même effet mortifère ?

Pas que du blanc

Dubuffet : l'âme du sous-soul

En route vers…

"...On décèle à l'oreille avec surprise, en montant vers le nord, quelque part au-delà de Söederhamm sur la côte de Bothnie, quelque part après Hänefoss en gravissant les vidda de Hardanger, un certain passage de ligne non plus climatique mais auditif: celui où le bruit discontinu et dilué de la vie qui se raréfie ne refoule plus l'émergence fondamentale: le silence premier, à la fois compact, porteur et nourricier  qui ressurgit et fait surface comme d'un grand fond, aussi concrètement audible que le tic tac de la pendule dans la pièce qui s'assoupit. " (Julien Gracq, Lettrines 2.)

 
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O Canada

Chaque matin les écoliers d'Igloolik chantent l'hymne national sous la photo de la reine d'Angleterre puisque le Nunavut est une province anglophone et le Canada fait partie du Commonwealth:

O Canada !
Terre de nos aïeux,
Ton front est ceint de fleurons glorieux !
Car ton bras sait porter l'épée,
Il sait porter la croix !
Ton histoire est une épopée
Des plus brillants exploits.
Et ta valeur, de foi trempée,
Protégera nos foyers et nos droits.
Protégera nos foyers et nos droits

Lorsque nous regardions ensemble la télévision avec les informations nationales, une des jeunes inuit en voyant des images de guerre, nous demandait "c'est quoi la guerre"? Les inuit n'ont jamais fait la guerre et n'est pas un peuple guerrier.
Aujourd'hui 4 religions divisent le village alors que les inuit avaient des pratiques chamaniques avant l'arrivée des blancs.
Tout nous ramène aux questions de colonisation et d'intégration.

O canada

On évoque alors le concept de naturalisation qui corrobore le fait que chaque inuit est un citoyen de nationalité canadienne. Le principe qui consiste à chanter l'hymne national est le même dans toutes les provinces pour tous les étrangers souhaitant obtenir la nationalité canadienne...quid de l'étranger pour un peuple nomade sous le joug de la sédentarisation ?

O canada

aprèsLongueBataille
etPendantQu'arméeGlorieusePartirPourTuerDernierEnnemi
(quiSeCacherEncoreDansMontagne)
  nousAussiDevoirAgir
  (etNonNousReposer)
      carTravailAttendreNousMaintenant
        carNousDevoirTransformerNotreVieuxPaysEnNouveau
          etModerniserIndustrie
          etAvancerDansProgrès
(Kat(al)i(n) MOLNAR, poèmesIncorrects et chantsTranscrits)

 
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Langues et écritures

Jessica a fait partie de la marche en terre de Baffin. Elle parle une dizaine de langues et est artiste circassienne. Elle vient à Igloolik pour la deuxième fois et apprend l'inuktitut. Terry, un ami inuit, l'a aidée à traduire en Inuktitut mais aussi à décrire ce qui intéresserait les auditeurs du village que ce soit dans la forme et dans le sujet. Les traductions en anglais et en français sont littérales.

L'utilisation de l'écriture syllabique pose question. En effet cet alphabet a été inventé au 19 ème siècle par le révérend Evans afin d'introduire les inuit au christianisme et à la bible. A contrario au Groenland, l'alphabet latin est utilisé.

Cette écriture syllabique isole le Nunavut et est abandonnée au profit de l'écriture utilisant l'alphabet latin. Ce qui permet aux inuit de pouvoir aborder très jeune de nombreuses autres langues.

Extrait de son intervention sur la radio locale d'Igloolik en inuktitut:

ATIRA JESSICA
My name is Jessica
Mon nom est Jessica

INNULAUQTUNGA BRAZILMIT SWITZERLANDMILLU PIRUQ&TUNGA
I was born in Brazil I was raised in Switzerland
Je suis née au Brésil et ai grandi en Suisse

MANNA NUNARAQTUNGA ITALYMIT
Now I live in Italy
Maintenant je vis en Italie

AARCIRQ KUNNI PISUQATAULAUQTUNGA
With Artcirq I work/walk
Avec Artcirq je travaille/je marche

BICIKUKUT KUNGIAQTAUSUUNGUJUNGA
I do a show on bicycle (bicycle show watched by I do)
Je fais un spectacle avec une bicyclette (bicyclette spectacle regardé je fais)

ITTIKARIALAURATA ISUQTUURMIT IQIMUT
We crossed water to water from Isutuurmit to Iqimut
Nos avons traversé d’une eau à l’autre de Isutuurmit à Iqimut

NUNANGA PIUJUMARIALUQ AMMALU INUUSIRMUT PIKUNAQ&UNNI
Land of there very nice and for life very joyful (like catching 1st whale feeling)
La terre là-bas est très agréable/belle et pour la vie nous avions un sentiment très joyeux (comme le sentiment d’attraper une première baleine)

INGIRATIDLUDA TAKULAUQTUGUT AIVIRNIT NATTIRNIT UKJUQNIT AMMALU SIKUMARIALUNIT
On the way (moving) we saw walrus ringed-seals bearded-seals and a lot of ice
Sur le chemin (movement) nous avons vu des morses, phoques annelés, barbus et beaucoup de glace

NUNAMI TUKTU TUMMINGINNI KAAJUURNIQ MITTIRNIQ AMMALU KANGURNIQ
On the land there were caribou tracks, hawks, eider ducks and snow geese
Sur la terre il y avait des traces de caribou, des faucons, des canards eider et des oies blanches

PISUINAQ&UTA TAKANAQLAURALUAQ&UNI KISIANI ALIANAI&UNI
We continued walking. It was tiring but happy
Nous avons continué de marcher. C’était fatiguant mais heureux.

IQALUGAQNIQ NIRIT&ALAUQPUGUT. KANGURTUQ&UTALU
Little fish we ate. White geese we had (ate)
Petits poissons nous avons mangé. Oies blanches nous avons eues (mangées)

QIJURTARNIK IGLIQAQPAK&UTA
Qijurtak beds we made several times
(Qikjurtak = ferns of Baffin Land used to make beds, fire and to cook)
Qijurtak lits nous avons faits plusieurs fois
(Qikjurtak = fougères, bruyères de la Terre de Baffin utilisées pour faire lits, feu et cuisiner)

PAUNGAQTAQ&UTALU
Blueberries we picked eating
Bleuets nous avons ramassé en mangeant

KUNGULIQTUQPAK&UTALUULAUQTUQ
Wild rhubarb we picked and ate
Rhubarbe sauvage nous avons ramassée et mangée

QILAMIULAUQUUJIGALUAQ&UNNI
Short it seemed
Court ça a semblé

KISIANI AJJIUNGNIITUMIK ATULAUQPUGUT
But something different/unique we used/went through
Mais quelquechose de différent/unique nous avons utilisé/vécu

AJJIGIINGITUNIK UQAUSIQAQ&UTA NUNAALU KAJJAQNAMARIALUK&UNI
Different (regarding to more than one) our language the land there very very nice scenery
Différents (référant à plusieurs) notre langage la terre là-bas très très beau paysage
Uqaa = langue (organe) / uqausuq = le langage, idiome

QUJANNAMIK PIVIQAQTITAULAURATTA
Thank you we were let a chance
Merci on nous a donné cette chance

INUKTITURIUQSARAMA
I am learning inuktitut
J’apprends l’inuktitut

KUTAUJARALUAQ&UNGA
I cannot pronounce yet all right
Je n’arrive pas encore à tout prononcer juste

 
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"Gens du sud"

prénoms usuels des marcheurs et chasseurs qui m'ont accompagnée en terre de Baffin. Qui est "du Sud", qui est Inuit?
Daisy, Jimmy, Ryley, Schelden, Jackie, Blake,Jude, Guillaume, Annie, Karina, Felix, Eliam, Janny, Joey, Bryana, Wesley, Nikita, Jessica, Damian, Simon, Tery, Tyson, Wayne.

Les prénoms de la génération précédente venaient de la bible, aujourd'hui ils viennent des séries américaines.
Chaque Inuit a également un prénom inuit mais qu'il n'emploie que très rarement.
Un bébé qui pleure beaucoup peut changer de nom une quinzaine de fois jusqu'à ce qu'il s'apaise. C'est l'âme d'un ancien qui cherche à se "réincarner" dans cet enfant.
C'est l'enfant inuit qui choisit son sexe, il peut être fille dans le ventre de sa mère et décider à la naissance d'être un garçon.

Voir le livre de Bernard SALADIN D’ANGLURE, Naître et renaître inuit, homme, femme ou chamane. Préface de Claude Lévi-Strauss. Paris, Gallimard, collection Le langage des contes, 2006, 429 p.
Guillaume qui m'accueille est le fils de cet ethnologue qui a travaillé principalement sur Igloolik. Il y a une dizaine d'années, Guillaume a choisi de s'installer définitivement à Igloolik dans l'ancienne cabane de son père. (voir photo du mail " j'habite ici", ou "qui alimente quoi?")

"Gens du sud"

Pendant ce temps-là je visitais le musée préhistorique du Grand-Pressigny, au sud de la Loire. Il faisait une chaleur de 42° (sauf à l'intérieur où c'était climatisé) et on était vers -100 000 avant notre ère à tous. Silex, silex, silex, silex... bifaces, poignards, lames, "livres de beurre" ... Aucune information sur les prénoms des gens qui ont taillé ça. (plus récemment, entre la fin du 5ème et la fin du 3ème millénaire, deux à trois millions de hâches en métadolérites ont été produites par ici, à Plussulien, dans les Côtes d'Armor par un certain Charles-Tanguy Le Roux - très solides, certaines sont encore en usage...)

 
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Le gros chantier d'Igloolik

Cet été l'église catholique s'agrandit. C'est le plus gros chantier en cours.
La maison de Guillaume a du être déplacée car elle se situait à l'arrière de l'ancienne église, entre la COOP et le supermarché Northern. La maisonnette a été tirée sur des traîneaux et installée vers la sortie du village, zone en pleine mutation. Les habitants ne sont pas propriétaires des terrains et la plupart du temps sont locataires de leurs logements.
Igloolik compte environ 1700 habitants et 4 religions différentes: catholique, anglicane, baptiste et adventiste. Trois bâtiments font office de lieu de culte, les adventistes se réunissant chez eux. Les catholiques ont été les premiers à s'installer à Igloolik avec un prêtre français, le frère Bazin en 1937. Actuellement les prêtres, les pasteurs sont inuit. Il y a de l'argent pour les églises mais pas à titre d'exemple, de lieux et de professionnels pour permettre aux femmes d'accoucher à Igloolik. Elles doivent se rendre un mois avant la date prévue à Iqualuit. Il y a peu de lieux pour des réunions collectives, en dehors des lieux de culte. Une salle est toujours en projet. Cela me fait penser à mon séjour à Sarajevo, juste après la guerre en 1996 où nous avions du mal à avoir l'eau courante et le chauffage pendant que des mosquées rutilantes se reconstruisaient rapidement à grands frais.

D'autre part la pratique de certaines de ces religions induit des habitudes alimentaires différentes en opposition avec les pratiques alimentaires traditionnelles. Le samedi, les adventistes ne peuvent travailler, ni partir à la chasse alors que c'est souvent le week end qui permet de partir plusieurs jours chasser, de trouver une alternative à la "junk food" des deux supermarchés. Ils ne peuvent manger de viande de phoque.

La contraception est proscrite. La plupart des jeunes inuit sont parents dès 16 ans. Hier Tyson, un inuit qui m'accompagnait était grand-père, il avait 33 ans, père de 4 enfants. A ce rythme je serais arrière grand-mère...

Les seuls athées du village sont ceux qui ont subi des humiliations enfants par les religieux. Les inuit commencent à parler et les intstitutions à s'en préoccuper. Ces adultes aujourd'hui refusent tout contact avec la religion.
Quant au chamanisme c'est un sujet plutôt tabou même si chacun sait qui serait chamane si la religion n'était pas présente.

Le gros chantier d'Igloolik

Illustrations tirées de l'ouvrage du père oblat Roger Buliard,(Mission du Christ - Roi sur la terre de Victoria ,1948), Inuk, Au dos de la terre, Éditions O.P.E.R.A., Paris,1972.

Missionnaire dans l'Arctique, ce curé décrit dans le menu son quotidien avec les inuit (qu'il nomme esquimaux) en proie aux esprits malveillants, aux traditions cruelles et aux sorciers sans pitié.
Durant quinze années il va tenter de libérer ces habitants du dos de la terre de leurs servitudes morales en prêchant la bonne parole…

Inuit et spinoziste

CR a mis en place un dispositif pour une cartographie de son exploration arctique lequel accorde moins d’importance aux sens des propositions (ce qui s’y dit) qu’à leur organisation- …dispositif qui plus est, mis en scène, explicité dans un lieu d’exposition le centre d’art passerelle à Brest dans une scénographie précisément réglée.
C’est une organisation pratique des textes et des images qui s’attache à l’endroit d’où se tiennent les discours plutôt qu’aux discours eux-mêmes … « …un topos défini dans ses positions plutôt que dans ses grandeurs ». De surcroît la place depuis laquelle ces paroles se tiennent bougent, bougent à partir du moment où leurs auteurs sont parties prenantes du dispositif. Ils bougent à l’intérieur du dispositif en relation avec les envois de données depuis Igloolik en même temps qu’en relation avec les notes adressées en périphérie. La scénographie de l’installation proposée par CR au Centre d’Art Passerelle rend compte plus d’une « topologie des articulations » que de témoignages. Ainsi, il n’y a pas d’observations ou d’assertions justes/vraies mais un sens relatif à la position du locuteur. Ou dit encore, l’assignation des rôles de chacun des locuteurs désignés par CR est fonction du lieu qu’ils occupent, c’est le lieu d’où ils parlent qui les désigne et les commande à leur figuration ; pas lieu géographique mais lieu de leur figuration dans les « dits ».
Cette topographie particulière mise en place par le dispositif repère les positions comme les points du cercle sont définis par rapport à un centre/foyer qui n’appartient pas à la ligne circulaire autour duquel s’organise la variation que constitue le cercle. (…les inuits et autres occupants d’Igloolik, les hommes, animaux…nommés et/ou photographiés par CR peuvent se trouver au moment où ils sont repris ou cités en notes, acteurs à leur tour en variation sur le cercle. La périphérie du dispositif n’est pas constituée des acteurs physiques du processus mais de « dires », discours, images ou textes…)

Le savait-elle ?...CR dans la mise en place de son protocole rejoint, en une singulière homonymie, la pratique par les Inuit de leur territoire. Je cite de la lecture de Béatrice Collignon, géographe qui a travaillé sur les Inuit canadiens son article « L’igloo et la banquise / le lieu et l’espace arctique » :
« […] le territoire, c’est d’abord un espace de relations. […] Ce qui importe, c’est moins le lieu lui-même que son appartenance au réseau dans lequel il est « compris » […] Aussi, la qualité d’un lieu dépend-elle de l’interaction du moment, de l’articulation d’une série de facteurs physiques et humains dont la conjugaison engendre des situations chaque fois différentes… […]…la lecture inuit du territoire ne peut pas faire l’objet d’une connaissance objective. Les relations qui ordonnent l’espace ne sont qu’une construction intellectuelle dont l’appréciation dépend du regard de chacun. […] Le territoire est compris et qualifié en fonction de l’évaluation personnelle (ou collective) de celui qui le perçoit et produit un discours ou des pratiques adaptées : il n’est rien d’autre qu’un espace subjectif. […] Il n’y a pas d’autre discours possible sur le territoire qu’un propos personnalisé, spécifique et contingent. […]. Il est impossible à un Inuk d’évoquer un lieu de façon neutre, objective : il prendra soin de préciser son point de vue. La saison est presque toujours spécifiée mais aussi l’endroit où se place celui qui parle : est-il plus haut, plus bas, vient-il de la terre ferme, de la mer, d’un lac gelé qu’il traverse à pied, à motoneige, en traîneau à chiens ? Est-il seul ou en groupe ? Pourquoi se trouve-t-il là ? […] il n’existe pas de point de vue privilégié, de physionomie absolue du lieu : du contexte dépend la représentation qu’on en fera […] D’ailleurs, la structuration de la langue ne le permet pas. Le « je » qui parle n’a rien d’une référence absolue. »
On comprend alors la violence d’une sédentarisation qui annihile la structuration même de la cosmogonie inuit.

Le travail (en cours) de CR réussit donc une juste adéquation entre moyens et fins, par la mise en place d’outils adaptés à la conformation des descriptions…cette conformation particulière de la structuration du monde par les Inuit.

…à relire cette note d’un lundi caniculaire propre à griller cheveux et tout ce qu’il y a dessous, tombe le dernier envoi de CR qui parle des églises en construction à Igloolik…çà m’a fait ‘tilt’…y’en a un qui s’est fait exclure des églises tout comme ces Inuit malmenés par elles (banni même de tout commerce avec ses semblables mais sans doute pas pour les mêmes raisons / je lis en sous mains des mots de Catherine, allez savoir pourquoi d’Inuits violentés sexuellement…une habitude d’église certainement…)…celui-là, c’est Spinoza- Son Ethique est écrite dans la forme géométrique, celle d’Euclide qui aligne propositions et démonstrations. A la suite de chacune de ses démonstrations, Spinoza ajoute des scolies ou commentaires venant informer, compléter ou discuter les propositions et démonstrations principales…tout comme aux « Eléments » d’Euclide ont été insérées des commentaires –ou scolies- par d’autres mathématiciens au fur et à mesure de leur diffusion. L’Ethique de Spinoza c’est donc 2 livres en 1, un premier livre des propositions et démonstrations et un deuxième, discontinu, des chaînes des scolies (ça ne vous rappelle rien ?). Cette organisation du texte de l’Ethique est constitutive de la pensée de Spinoza, elle est raison pratique. En effet, il ne s’agit plus de valider/infirmer une vérité mais de juger de son efficacité pratique, son utilité à la démonstration laquelle est toujours relative.
Ca relativise sérieusement l’omniscience de Dieu pour y opposer une liberté de mouvement ou de raisonnement proprement humaine hors de toute prédestination. On comprend la violence de l’exclusion du philosophe par les églises…Cette organisation du texte de l’Ethique –une variation relative du cercle avec Dieu tout de même toujours au centre chez Spinoza- se rapproche beaucoup de la forme contingente par laquelle la société Inuit comprend son territoire…En conclusion et si on en croit CR, Spinoza est inuit !....

Apoutsiak

Sans doute connaissez vous tous Apoutsiak, le petit flocon de neige.
Pour ma part, ma mère me le lisait avant de me coucher quand j'étais petit; et Paul-Émile Victor le lui lisait lorsqu'elle était petite, pendant la guerre, en Suède (elle m'a raconté qu'il avait même écrit et dessiné cette histoire pour elle… l'intimité, la proximité de ces personnages sont tels que chaque enfant peut y croire volontiers).
C'est le voyage de Catherine qui me rappelle à cette fable inspirée de faits réels, d'observations de PEV sur le continent Arctique (est-ce considéré comme un continent d'ailleurs ?).
Une plongée dans l'enfance, dans le rêve d'une civilisation d'antan, que l'homme blanc a visiblement bouleversé…
Me reste les dessins et les aventures de ce petit inuit, madeleine fabuleuse qui était restée dans un repli de mon cerveau. Une belle approche anthropologique au pays des Inuit, un pan de leur mémoire aujourd'hui disparu.
Merci.

Apoutsiak

Crèche Inuit

et je me rappelle aussi que la crèche chez mes parents quand j'étais enfant, était constituée de personnages en porcelaine inuit aussi.
Incroyable. Il faut que je vérifie auprès de ma mère si elle les a conservé. Des pièces rares alors.
C'est l'image de la crèche de Catherine Voison qui a réveillé cet autre image enfouie.
Merci, bis.

Nos territoires

Dans un article publié dans Le monde polaire,( éd. Ellipses, sous la dir. de Marie-Françoise André), Michèle Therrien (inalco/cerlom) montre la parenté entre les mots inuit pour dire le paysage, la nature et les mots pour désigner les parties du corps humain. Voici quelques exemples:

niuluk:
tige d'un arbuste / niu jambe
nukiruaq:
tige courte / nuki tendon
tikiraq:
pointe de terre / tikiq index
timia:
continent opposé à la mer / timi corps
anniq:
terrain plat de peu d'étendue / surface usée des dents
qimirlugaaq:
tige d'une plante / colonne vertébrale