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Aéroports ?

Aéroports ?

C'est dans mon prochain livre (!) - le personnage un peu neurasthénique, ressassant, d'Anne-Marie qui parle:

Quel est exactement, reprend Anne-Marie, l’effet d’un long trajet sur le corps passif, emmailloté de couvertures, pourvu en vivres et en alcools, soigneusement attaché face à un écran proposant toutes sortes de distractions, - comment formuler la brutalité de cet environnement protecteur ? Tout nous invite à minimiser le fait même du voyage. D’abord parce qu’il faut éviter les paniques collectives toujours prêtes à s’installer dans un groupe désoeuvré à 10 000 mètres au-dessus du sol. Aussi parce que dans notre manière de voyager néo mondialisée, nous ne sommes invités à porter au voyage lui-même qu’un intérêt lié à son efficacité – comme si le temps du voyage ne se déroulait nulle part: toutes les traversées du ciel ont le même goût de nourriture aseptisée. L’océan qu’on survole n’existe pas, il est aussi invisible que Dieu. On peut juste en voir une représentation graphique sur le petit écran qui fait face au siège sur lequel on est assis. Comme sur les machines de l’hôpital s’inscrivent les rythmes de notre cœur et de notre cerveau.

 

 
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Mon voisin de fauteuil

Je lui proposais d'échanger son yaourt aux fruits qu'il avait laissé sur son plateau repas contre mon gâteau de carottes. Ce fût l'occasion d'une conversation aérienne de plus de deux heures.
Jeune canadien, avec un embonpoint impressionnant, il demande la rallonge pour la ceinture de sécurité. Mon voisin dans le vol précédent l'avait également demandée... Ce voisin, au yaourt aux fruits donc, est l'employé d'un bureau de contrôle, type Véritas. ll m'explique qu'il est en mission dans le Nunavut en tant qu'inspecteur et qu'il vérifie les réservoirs de pétrole des stations militaires qui longent le 69ème parallèle. Cette DEW ligne (the Distant Early Warning) a été édifiée pendant la guerre froide en 1950 par les américains. Elle comporte, entre autres, d'immenses antennes de communication qui nécessitent pas mal d'énergie d'où les réservoirs de pétrole. Mais nombre de ces stations ne sont plus en activité et n'ont jamais été démantelées. Elles ont pollué les sites et les rivières alentours dont certains produits sont radioactifs.
Depuis peu les américains financent des sociétés canadiennes pour démonter et traiter par confinement directement sur place l'ensemble des déchets.
Entre temps par le hublot, les arbres ont soudainement disparu faisant place à la roche et la toundra et nous avons franchi le cercle polaire.

Mon voisin de fauteuil / Mon voisinage du moment dans le Cap Sizun

Tandis que tu volais vers le cercle polaire, je partageais sur la plage de Primelin, ici, tout à l'ouest presque à la Pointe du Raz, un pique-nique du soir avec des amis dont l'un nous racontait sa rencontre avec le ministre de la culture du Groenland en visite à l'Université de Caen où on étudie les langues du Grand Nord. Je n'ai pas retenu les détails des accords passés, seulement que notre ami se disant qu'il allait rencontrer un ministre, avait mis sa plus convenable cravate. Et que le ministre, lui, n'en avait pas.

Le même jour j'apprends que l'équipe de muséographes de mon amie Martine, elle aussi capiste à ses heures, vient d'être retenue pour l'aménagement du nouveau musée du centre polaire Paul-Emile Victor, aux Rousses, dans le Jura.

Et j'ajoute que, sans avoir encore eu vent de ton expédition et de ta proposition d'échange, je m'étais engagée dans deux lectures dont je ferai peut-être écho ici: Le journal intime d'une prédatrice de Philippe Vasset qui suit à la trace les évolutions d'une femme d'affaires qui créé un fond d'investissement dans les sociétés appelées à bénéficier de la fonte des glaces de l'Arctique ; et - autre approche - L'essai sur les variations saisonnières des sociétés Eskimos publié par Marcel Mauss en 1905.

Voilà pour les échos locaux.

Je t'embrasse

Xine

Et la toundra

(…) et la toundra[1] (…)

[1] Merci pour la vision des couleurs en réponse au blanc trop blanc du départ qui me glaçait un peu. "Mousses, lichens, bruyères et plantes herbacées", décrivent-ils ; on se croirait presque à Beg-An-Fry. Changement de focales, incessant avec toi.

et j'ajoute en pièce jointe, au risque d'enfreindre le protocole et au risque qu'elle ne parvienne pas jusqu'à toi, un sourire depuis mes lectures actuelles.

utiles statistiques

Mon voisin de "Notes"

"Mon voisin de fauteuil" (N3)

De la même façon que Catherine, grâce au yaourth au fruit, peut engager l'enbompoint de son voisin et obtenir des informations sur l'histoire militaire de pollutions arctiques, je me demandais si on pouvait engager dans nos notes, nos voisins "en commentaires"?...ce qui sera toujours -somme toute- une réaction aux envois de Catherine puisque la note de la note en réfèrera toujours aux messages qu'elle nous adresse...CR arbitrage protocolaire...

Bricolage post-catastrophe

"Elle comporte entre autres d'immenses antennes de communications qui nécessitent pas mal d'énergie d'où les réservoirs de pétrole. Mais nombres de ces stations ne sont plus en activité et n'ont jamais été démantelées." (JG N5)

"OSE (Open Source Ecology) est un réseau de "fermiers-scientifiques" basé au Kansas et réunissant des ingénieurs, designers et d'autres oeuvrant pour un modèle alternatif de civilisation auto-suffisante"

Ils proposent sur leur site un catalogue de 50 produits –modélisés en maquette informatique 3D accompagnés des manuels de fabrication, notices de montage avec schémas sur support vidéo, coûts etc…un do-it yourself de haute technicité dont ils donnent –en open sources- tous les codes.
Ces 50 produits – "utiles" (tracteurs, éolienne, bras robotisé, scanner 3D, combiné, pulvérisateur à semences, foreuse pour puits, échangeurs, générateur électrique….) sont constitués des mêmes pièces interchangeables d'un modèle à l'autre, associant ou dissociant leurs spécificités fonctionnelles. Chaque transformation, amélioration, nouveau modèle ou fonctionnalité à l'initiative de l'utilisateur est bien sûr encouragée et mise à disposition sur le site d'échange ouvert. La majorité des composants sont en acier, recyclés et provenant pour l'essentiel d'une usine de cycles avec laquelle a été conclu un partenariat du "donant-donnant". L'adéquation de la machine à l'échelle des besoins de chaque utilisateur –à l'échelle appropriée de sa production- constitue une alternative viable à une production centralisée
Du bricolage en somme comme valeur de démocratie…un bricolage nourrie d’inventions investissant une « nouvelle culture populaire »…
…des productions "designées" par des fermiers-ingénieurs du Kansas…aux constituants des décharges, matériaux de constructions du projet de CR à Igloolik…le bricolage sera entendu ici comme adaptation, promesse, pari même, de beautés et d'intelligences imprévisibles…

 

 
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Hall Beach re-fueling

Hall Beach re-fueling

....Tandis que je longeais la route qui longe la BAN ( base d'aéronautique navale de Lanvéoc-Poulmic) un des maillons essentiels du dispositif de défense et d'alerte de la Marine nationale en région Atlantique, pour me rendre au festival du Bout du Monde sur la presqu'île de Crozon....même vision d'une piste d'avion, de radars, j'y ajoute barbelés, grillages et de multiples panneaux d'interdiction de pénétrer le site....

 
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Plus précis et moins poétique que Google Earth

Depuis deux jours en attendant que la météo se stabilise, je commence le travail de recensement des déchets dans la décharge.
Il est surprenant de voir combien la notion de tri ou de réutilisation des déchets modernes n'est pas dans les habitudes contemporaines des inuit. Alors que dans leur culture ancestrale tout est récupéré, transformé, chaque os, chaque peau d'animal a une fonction particulière, aucune partie des animaux chassés n'est gaspillée. Chaque plante est utilisée pour quelque chose de particulier, a son histoire poétique et ses prolongements chamaniques.
Comme si aucun attachement n'était possible avec les objets créés par les blancs, aucun entretien, juste les utiliser et les jeter. Ils prennent soin de leurs traineaux de bois, pour qu'ils durent le plus longtemps possible mais pas des skydoos, (scooter des neiges) qui au bout de deux ans, sont difficilement utilisables et réparables.

Plus précis et moins poétique que Google Earth

Il s'agit toutefois d'une poésie contemporaine de la ruine... À l'échelle planétaire comme tant d'autres paysages pathétiques gangrénés par un consumérisme sans borne; l'homme vomit en flot continu les restes des produits dont il se gave et ce pour ne pas perdre une miette de cette jouissance matérielle et immédiate qui déjoue l'ennui....du confort moderne.

"Il est surprenant de voir combien la notion de tri ou de réutilisation de déchets modernes n'est pas dans les habitudes contemporaines des inuit. Alors que dans leur culture ancestrale tout est récupéré, transformé, chaque os, chaque peau d'animal a une fonction particulière aucune partie des animaux chassés n'est gaspillé. "

La faim , le froid ont naturellement développé les activités de chasse et de pêche et pour survivre ne rien perdre de ce qu'offre la terre. Seule l'idée de manque dynamisait ces activités ancestrales. Aujourd'hui le manque est une notion de trop..et l'atavisme occidental l'a troqué pour une culture de l'excès.... L'hybridation de ces deux modes culturels ne suffirait-elle pas à définir la mondialisation?

Plus précis et moins poétique que Google Earth

Oui, c'est vraiment un phénomène digestif, il y a ce que l'organisme assimile, transforme. Et puis ce qu'on recrache, ce qu'on vomit parce qu'on ne peut rien en faire, c'est plus fort que nous. Je pense à Pinocchio et à l'intérieur du ventre de la baleine, à Leviathan... Je ne crois pas que dans la Bible il soit dit ce qu'il y a à l'intérieur du Leviathan..

Epaves

Parmi les « déchets », il y a les épaves…
« Epave n. f. (du lat. expavidus, épouvanté). 1. Navire, marchandise, objet abandonné à la mer ou rejeté sur le rivage. 2. Chose dont on ne connaît pas le propriétaire. 3. Voiture accidentée irréparable ou vieille voiture hors d’usage. 4. Fig. Personne qui, à la suite de malheurs, de revers, est tombée dans un état extrême de misère ou de laisser-aller. » (Petit Larousse Illustré, 2002)

Relativité du statut d’épave
J’ai voyagé en Afrique autrefois dans des voitures, des cars qui auraient été chez nous des « épaves » (et qui d’ailleurs seraient interdits de circulation), mais qui étaient réparés et re-réparés et qui roulaient, surchargés, sans garantie d’arriver à bon port mais qui roulaient, vaille que vaille..

Relativité des usages concernant les épaves
On peut étendre la notion d’épave aux meubles, appareils électroménagers, etc., « irréparables ou hors d’usage ». Nos autorités les appellent (dans un jargon dont on notera la précision...) déchets « encombrants » ou « volumineux »... Il y a sur les camions de collecte des déchets de Rennes une photo qui montre un canapé un peu fatigué dans la rue, avec le titre « Banc public? ». Ayant juste aperçu cette affiche, je me dis, eh bien oui, bonne idée, ce serait chouette d’avoir ça dans les rues, mieux que le « mobilier urbain » dessiné si habilement pour empêcher les SDF de s’y installer qui n’est confortable pour personne... Mais non bien sûr, c’est pour rappeler qu’il est interdit de déposer des « déchets volumineux » sur la voie publique, sous peine d’une amende de 185 euros, que l’on est prié d’aller déposer ses « déchets volumineux » à la « déchèterie » ad hoc (ce qui suppose d’avoir un véhicule de taille suffisante, des bras de déménageurs et de la patience pour la file d’attente à l’entrée de la dite déchèterie... Oui je sais, il y a Emmaüs aussi!). A Montréal (du moins il y a trente ans c’était le cas), on peut déposer les meubles ou appareils dont on ne veut plus sur le trottoir et se sert qui veut (mon ami à son retour à Montréal à l’époque s’est entièrement équipé ainsi, ce qui correspondait à son budget...).

banc public

Epaves

Peut-être que je débarque et que vous connaissez ça par coeur mais je viens de lire l'intéressant article de wikipedia sur la "rudologie", (de rusus = décombres et logos = discours : science des déchets et de façon plus large Etude des Déchets, des Rejets et des Marges de tout système technique , économique et social) - concept mis au point par le géographe Jean Gouhier en 1985. Ce qui m'y a amené est cette lecture et un autre texte intéressant publié par Jérémie Cavé dans Le Tigre du 10-23 avril 2010, sur les décharges de Coimbatore en Inde. Ces documents ont accessibles sur internet mais si vous voulez des résumés, dites-le !

 
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Qui alimente quoi ?