- CR

Cabanes de chasseurs-pêcheurs

Fils et filles de...

"Soulignons les signes de propriété, c'est-à-dire de légitimité d'occupation..."

J’ai plusieurs fois évoqué avec CR un livre qui ne serait constitué que de son appareil critique, ses notes, préfaces, postfaces et avant-propos et dont le corps serait absent…ce qui –soit dit en passant- est déjà le projet de l’Encyclopédie (d’Alembert) qui cherche à annoter le monde tout entier dans un livre qui en serait le commentaire (…les esquimaux et leurs igloos y figurent déjà je crois..). Ca se rapproche également du projet de W.Benjamin dont « (…) l’idéal ou l’utopie du livre (serait) : un livre fait uniquement d’un montage calculé de citations. » (rapporté par P.Lacoue Labarthe )…c’est bien sûr, déjà le travail de CR « hautement politique » c’est à dire la mise en place, travaux après travaux, d’un style.
Entendre par « style » :… de ne plus considérer ce qui peut apparaître un peu partout comme une évidence, à savoir que les mots (…et par extension le projet artistique et travail intellectuel et/ou d’écriture) soit un préalable à l’action des hommes, en en fournissant les motifs, un moyen en somme…mais et j’emprunte encore à Benjamin « Ma notion d’un style et d’une écriture objective, par là même hautement politique, est celle-ci : (…) si variées que soient les formes selon lesquelles le langage peut se montrer efficace, il ne l’est pas en communiquant des contenus, mais en produisant au jour de la manière la plus limpide sa dignité et son essence. (je mets la citation à l’envers)(…) Du point de vue de la production d’un effet qu’il s’agisse de littérature poétique, prophétique, objective, je ne puis la concevoir que comme magique c’est à dire non médiatisable. » (lettre à Martin Buber)

C’est bien ce que je crois, arrive à faire CR dans son travail. Dans les multiples souvenirs, commentaires, avis, dissertations, savoirs et histoires spécifiques de chacune des correspondances qu’elle convoque, elle convie un indicible magique à se constituer en style objectif…
pour moi, un tour de force -…ses correspondances d'ici mais aussi d’antarctique ou pour chacun de ses projets d’architectures qui sont des récits autant que des constructions ou plus précisément et à proprement parler des « constructions d’histoires ».
En effet, elle ne s’intéresse pas tant au matériel -« pour faire avec » - « …je prends ce qui est là, devant moi et je fais avec… » dit-elle souvent et on pourrait à ne pas bien y regarder se satisfaire de son « arte povera»-, qu'au contraire chercher toujours l’origine des récits qui est dans le matériel disponible. Elle dit encore « il s’agit toujours pour moi de construire à partir d’une histoire ».
C'est bien ce que se dit dans les commentaires de ses photographies et que souligne CVoison
"(…) l'ultime rempart susceptible d'accueillir les vestiges d'une activité ancestrale mise à mal?
Soulignons les signes de propriété, c'est-à-dire de légitimité d'occupation de cet espace de récupération où sont imbriqués symboles temporels et culturels. "

"....De toute façon tout était fichu et il s’agissait de construire des choses nouvelles à partir de débris."
Kurt Schwitters cité par Jacques Rancière "Sens et figures de l'histoire", in Face à l'histoire,Paris, Centre Georges Pompidou, 1996, p. 20….fils et filles des catéchismes disais-je j'avais oublié de Schwitters aussi…

Cabanes de chasseurs

En observant cette cabane m'est venu à l'esprit le postulat d'une de nos célèbres lumières...
"Toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes, médiates et immédiates, et toutes s'entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties." (Blaise Pascal) -Pensées XVIIe Siècle.
Cet assemblage hétéroclite ne forme-t-il pas un Tout supérieur à la somme de ses parties?

Cabanes de chasseurs

Constructions chaotiques et singulières qui flirtent avec le schéma rigide des habitations, expression autoritaire d’une sédentarisation forcée.
Le déchet comme élément d'une construction tangible qui a valeur de refuge, d'écran, serait-ce l'ultime rempart susceptible d'accueillir les vestiges d'une activité ancestrale mise à mal?
Soulignons les signes de propriété, c'est-à-dire de légitimité d'occupation de cet espace de récupération où sont imbriqués symboles temporels et culturels.

"....De toute façon tout était fichu et il s’agissait de construire des choses nouvelles à partir de débris."
Kurt Schwitters cité par Jacques Rancière "Sens et figures de l'histoire", in Face à l'histoire,Paris, Centre Georges Pompidou, 1996, p. 20.

Cabanes de chasseurs

Baril de récupération ?

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Détails
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SERVANT À LA RÉCUPÉRATIONS DE CONTENANT DÉFECTUEUX.

L'Ouest sauvage, lecture du soir

"- ....moi aussi MacCoy, la présence d'un vieux sergent comme vous pour pister CR dans les monts du Nunavut me sera plus utile que la compagnie d'un professeur de philosophie !
- Oh ! ça je vous crois sans peine. un professeur n'aurait aucune chance contre les Inuit. Même son baratin ne le sauverait pas s'il tombait vivant entre leurs mains."
Extrait de la bd "MacCoy, le canyon du diable" texte:Gourmelen Dessins: Palacios
* seuls les mots en italiques ont été modifiés

 
- GP

J'habite ici

Je ne me souviens pas avoir ressenti cette impression d'habiter en Antarctique, que ce soit la première ou la deuxième fois. 
Ici, à Igloolik, on habite, on construit pour soi, on chasse, on pêche, on édifie des lieux de culte, on a des enfants, on vit et on meurt.

J'habite ici

Animaux domestiques ? insectes ? petits rongeurs ???

Curiosité généalogique

"Je ne me souviens pas avoir ressenti cette impression d'habiter en Antarctique"

Ce qui nous fascine nous, fils et filles des catéchismes et qui nous fait vouloir ethnologues c'est cette curiosité généalogique de "l'avant", l'avant de l'histoire -laquelle histoire se fonde a-posteriori à partir des églises- Une pré-histoire du monde alors dont l'Inuit pourrait figurer l'écart. Non pas pré-histoire comme avant de l'histoire mais comme sa condition d'existence, immanente. CR peut dire qu'elle n'a pas habitée en antarctique -monde sans connaissances autres que la mémoire des pierres- et qu'à peine débarquée à Igloolik se sentir habiter là...

J'habite ici & il habitera toujours là-bas

Ici, à Igloolik, on habite (…) on édifie des lieux de culte, on a des enfants, on vit et on meurt[1].

[1] Lorsque nous nous sommes arrêtés tous les quatre dans le petit café du bourg il y a quelques semaines, nous étions Place Père Robert Le Meur (29). En lisant tes mots Catherine, puis la note de Jérôme, tout à coup le souvenir fantôme de cet homme d’église qui habite ma pré-histoire sensible s’est manifesté. J’ai sollicité l’aide de mes documentalistes familiaux pour qu’ils m’éclairent et je vous adresse à tous leurs archives.

Igloolik et Tuktoyaktuk. Nord Est et Nord Ouest. Continuons. J’oublie Flaherty et Nanouk quand tes photographies nous racontent ton arpentage dans un film en plans fixes aussi dépeuplés qu’habités.

J'habite ici et nous te suivrons ?

Je suis resté dans le sud (relatif) mais je pense que Catherine est notre éclaireur à tous, du moins, si j'en crois J.-G. Ballard dans un de ses anciens romans lu dans la moiteur estivale :

« Soixante ou soixante-dix ans plus tôt, le premier choc s’était produit : une succession de gigantesques soulèvements géophysiques avait transformé le climat de la planète (…). Dans le monde entier la moyenne des températures s’éleva de quelques degrés chaque année. La plupart des zones tropicales devinrent inhabitables ; des populations entières émigrèrent vers le nord ou vers le sud, fuyant des températures de cinquante degrés et plus. Les zones tempérées devinrent tropicales ; l’Europe et l’Amérique du Nord subissaient de perpétuelles vagues de chaleur ; les températures descendaient rarement en dessous de trente-huit degrés. Les Nations unies organisèrent la colonisation du plateau antarctique et des côtes nordiques des continents canadien et russe. » (p.24)

J.G. Ballard, Le monde englouti, Denoël, coll. Présence du futur, (1962) 1964.

Arctique et Antarctique

« Je ne me souviens pas avoir ressenti cette impression d'habiter en Antarctique, que ce soit la première ou la deuxième fois. Ici, à Igloolik, on habite, on construit pour soit, on chasse, on pêche, on édifie des lieux de culte, on a des enfants, on vit et on meurt. » (11/08/05/TU14H44-CR- J'habite ici)

D’abord, une évidence: l’Arctique est un Océan (certes recouvert de glace pour la plupart, mais quand même), l’Antarctique un continent...

pole nord et pole sud

L’Arctique et l’Antarctique ne s’opposent pas seulement comme le Nord et le Sud, le haut et le bas (pile ou face, recto-verso), mais aussi topologiquement comme le creux et le plein, le concave et le convexe (femelle-mâle, goulot-bouchon, ...). Et, plus important, les terres arctiques sont pour la plupart le prolongement de terres tempérées et habitées, l’Antarctique est une île (isolée) qu’on n’atteint qu’après avoir franchi des océans peu engageants (les terres tempérées et habitées sont loin...). Normal donc que l’Arctique soit habité, mais pas l’Antarctique...

On trouve donc un certain nombre d’installations humaines le long du parallèle Nord (cf images jointes: chaque titre indique s’il s’agit du parallèle Nord ou Sud (la latitude étant toujours 69°22’32"), la longitude, et la taille du côté du carré-échantillon), et même certaines semblent assez « habitables ». En Antarctique, par contre, c’est le désert... Mais, surprise, j’ai trouvé un campement juste sur le parallèle exploré: est-ce là que Cath avait résidé, par pure coïncidence?

5 vues google earth

 
- CR

Sténopé

Premiers sténopés sur cibachrome.
Chaque prise me prend environ une heure. Je fais trois temps de pause différents.
Aucune cellule pour mesurer la lumière. C'est à l'oeil. Regarder l'ombre, est-elle nette ou floue. Les nuages sont-ils denses ou pas. Aucune mesure numérique.
Fixer ainsi ce qui ne bouge pas. Ce qui est mobile devient flou voir inexistant.

Le rituel:

  1. regarder les ombres et le ciel
  2. enclencher le sténopé chargé sur le trépied et régler le niveau à bulle pour avoir l'horizon horizontal
  3. mettre en place le chrono réglé sur (48", 4', 7' 15' 22' 30' ou 45' suivant lumière)
  4. enlever le bouchon du sténopé en tournant pour défaire les aimants
  5. déclencher le chrono
  6. suivant le temps, dessiner, repérer, pêcher, écrire, cuisiner
  7. noter dans le carnet le sujet du sténopé, le temps de prise et décrire le ciel et la lumière
  8. quand le chrono sonne remettre le bouchon délicatement sans bouger le tré-pied et régler le chrono pour la prise suivante
  9. enlever le sténopé du pied et le mettre dans le manchon de chargement (sorte de sac noir pour charger le papier à l'abri de la lumière du jour qui a deux manchons pour passer les mains et manipuler à l'aveugle le papier photo sensible)
  10. veiller a enlever sa montre pour éviter toute lumière dans le manchon de chargement
  11. refermer les doubles fermetures éclair du manchon et faire toutes les manips qui suivent en aveugle
  12. glisser les mains dans chaque manchon jusqu'aux coudes pour éviter toute fuite de lumière sur le papier
  13. positionner de gauche à droite: le sac de papier cibachrome vierge, le sténopé, les sacs de ciba impressionnés (marque faite au papier de verre sur le dessus).
  14. ouvrir le sténopé (composé de deux boîtes emboitées comme deux poupées russes)
  15. ouvrir le sac de droite, faire tomber le papier du sténopé dans le sac, émulsion sur le dessus, puis refermer le sac
  16. ouvrir le sac de papiers vierges, prendre une feuille, trouver en touchant la face émulsionnée, déposer le papier dans le fond du sténopé, refermer le sac
  17. refermer le sténopé soigneusement, sortir les bras des manchons, ouvrir les fermetures éclair et sortir le sténopé du manchon de chargement, refermer le manchon
  18. poser le stenopé sur le trépied.

…fantômes

« (…), le flou le net, les fantômes... »

-…les fantômes que les machines enregistrent et que l’œil ne voit pas…c’est pas la première fois il me semble que CR chasse des fantômes et c’est une affaire bien compliquée, pas simplement affaire de temps de pose…
…et c’est quoi cet objet absent que seule la machine peut voir (sténopé mais ordinateur, lunette, astronef, microscope…tout autant)… ?
- Hypothèse, ce serait cette tentative par CR de lier un indicible de la poésie à l’objectivité d’une vérité dicible en en cherchant la représentation (–ses observations d’ailleurs et les notes qui s’y rapportent font état autant de poésies que de connaissances…).
Il y a dans notre culture occidentale une séparation, une scission entre parole poétique et parole pensante qui va tellement de soi qu’on oublie de s’y arrêter. Platon parlait déjà de « vieille inimité »…cette idée platonicienne que « la poésie possède son objet sans le connaître et que la philosophie le connaît sans le posséder » (Agamben). Le discours occidental serait ainsi coupé en deux, une parole jouissant de connaissance représentée sous une forme belle et la parole sérieuse de la conscience ne pouvant jouir de son objet faute de savoir le représenter…
(Hölderlin et Nietzsche sont sans doute deux, pour lesquels cette scission est problématique).
CR répète souvent qu’elle se situe entre art et architecture et sans trop tirer la référence on pourrait dire entre poésie et ‘tecture –en supprimant l’ar(t) du mot pour n’en conserver que l’étymologie grecque de tekton /ouvrier- elle serait bien placée donc pour aller chercher de la poésie dans sa raison de constructeur…
…alors son travail serait bien un travail critique laquelle –de critique- par définition sans représenter (c’est dévolu à la poésie) ni connaître (dévolu à la raison philosophique ou raison scientifique) connaît la représentation, en fait part –en en défendant le statut unitaire ; un dire.
CR cherche donc et construit des modèles de représentation (utiles à son travail, les protocoles des correspondances en sont) dans les conduites de ceux qu’elle approche –« elle construit avec des histoires »- son travail ne se fait pas dans le silence de l’atelier ou « à l’agence », son travail se fait dans les histoires par lesquelles elle s’approprie ce qui doit en tout état de cause échapper à l’appropriation…elle rend compte d’une topologie de l’irréel qui pense les lieux non comme quelque chose de spatial mais comme rempli de quelque chose de plus originel que l’espace ; un « topos » (lieu) défini dans ses positions plutôt que dans ses grandeurs.. « Chaque (plante) est utilisée pour quelque chose de particulier, a son histoire poétique et ses prolongements chamaniques »… ou dit encore, ce dont rend compte CR ce sont les dispositifs qui avaient séparés du magique, des institutions sacralisées, d’avant, de l’immémorium sacré etc…les usages de l’habiter pour les précipiter dans le continuum de la consommation, vide de sens dans son absence de relation à une fin …sans transition en ce qui concerne les inuit du chamanisme au capitalisme…

Sténopé

Je pense à ce fragment d'Héraclite que le magazine Le Tigre a choisi comme exergue: Un tas de gravats déversé au hasard: le plus bel ordre du monde

Imagerie numérique et fantômes

L’essor formidable de l’imagerie numérique qui a permis la résolution des calculs pour les structures gauches et irrégulières, « non standard », s’est basée sur la réduction des formes complexes à un toujours même emboîtement et assemblage d’une forme géométriquement simple, un triangle. Le calcul aisé des efforts et contraintes agissant sur une forme simple a pu alors être extrapolé empiriquement par addition. Les techniques d’imagerie numérique à l’origine pensées et développées pour le mouvement spectaculaire (cinéma, publicité…) se sont imposées dans tous les domaines de l’ingénierie mécanique (machines outils, automobile, aéronautique…) et bien sûr en architecture qui a vue ces dernières années, une inflation de formes gauches, « blubs » et « patatoïdes » gigantesques que les seules équations de la statique et résistance des matériaux étaient jusqu’à lors incapables de projeter.
Les techniques contemporaines se caractérisent, entre autres, par les constants changements d’échelle que leur autorisent instruments d’observation et de mesures puis de manipulations. Si l’intérêt pour les corps célestes est fort ancien et fut certainement à l’origine des premiers questionnements cognitifs, il relève néanmoins d’une démarche « contemplative » liée à la vision humaine. La mise en place d’instruments optiques grossissants allait révéler, en quelques siècles, des champs d’études et d’investigation puis d’expérimentation bien plus important que ce que les seuls sens permettaient. Dans l’œil des machines, le rationaliste cartésien peut décomposer toujours plus loin les complexités du monde naturel en éléments simples dans un élan de « forage analytique » (M.Tibon-Cornillot) caractéristique de la raison observante. Ce réductionnisme analytique permet une décomposition de l’inerte (notre triangle constitutif de formes complexes) autant que du vivant (de l’organisme on passe aux organes puis aux tissus, aux cellules, aux composants cellulaires, aux macromolécules, aux molécules etc…). Le réductionnisme scientifique se justifie à partir des pères fondateurs (Galilée, Cassenti, Descartes…) instituant le statut fondamental des mathématiques constituant pour eux non seulement le langage de la connaissance mais le substrat même de la Nature, du réel.

A l’écart, dans « l’à côté » de cette pulsion progressiste d’une raison analytique, le projet de CR revendique, à mon sens, des filiations critiques pré-modernes…et dans la pioche de ce jeu de familles, Aristote plutôt que Platon… à se le dire, je crois que contre l’appauvrissement de la notion de causalité dans l’édification des sciences modernes, son projet se réfère plutôt, pour emprunter à René Thom, à la richesse de la « conception aristotélicienne des quatre causes, matérielle, formelle, finale et efficiente » (René Thom, esquisse d’une sémiophysique – Physique aristotélicienne et théorie des catastrophes)…la question que CR peut poser alors à Galilée, au sujet des mathématiques comme constitutif du réel ; les phénomènes fantômes du monde infra-lunaire ou encore « …l’histoire poétique et les prolongements chamaniques (des plantes) » peuvent-ils être mathématisés ?...sinon à être sortis du monde…
Son entreprise peut s’entendre comme prémisse ou indication à la constitution d’une histoire des techniques futures reconstruite sur ses décombres…et pour laquelle les fantômes que la poésie seule s’autorise à invoquer, seraient reconduits pour nous instruire de la complexité de la Nature…une complexité convoquée dans la petite échelle du domestique plutôt qu’investie dans les mécaniques du gigantisme mégastructurel…des histoires, en somme, des récits qui se rajoutent en chairs complexes par-dessus les squelettes des superstructures des gratte-ciels…non pas des structures vides qu’on remplit d’histoires mais des histoires qui commandent les structures…Prise d’image par sténopés au temps de pose long superposant l’itérations de mouvements plutôt que l’instantané du 1/1000è, protocoles d’échanges des expériences et des discours… sont alors les outils adéquats à son entreprise.

Imagerie numérique et fantômes, heureusement que c'est pas tout à fait comme ça !

heureusement qu'on ne fait pas de la climato avec des triangles! ni de la géomorpho!!

les modèles connaissent les courbes et ne cherchent pas à réduire le complexe pour le simplifier sur deux trois formes de bases répétées. la science ou du moins la géographie, (comme celle de Marie Françoise André ou Béatrice Collignon, qui sont deux personnes trés sympas et trés savantes, faudrait les associer à la démarche?? ) étudie des structures avec d'autres idées que de les réduire à une forme stable. la science travaille essentiellement sur du non stable et du non stabilisable. Exit l'idée même de forme stable... pour longtemps.
C R travaille sur du vivant, du mouvement, du changement... Elle pourrait être très scientifique si ca lui plaisait.. Curieusement son souci est assez proche de celui des géographes (MFA et BC) Elle cherche à comprendre sans passer par le simplisme de formes toutes pensées à l'avance. Elle réfléchit en même temps qu'elle regarde et elle pense après avoir vue plein de choses irréductibles à ce qu'elle savait déjà.

On ne sait jamais tout du monde, il change toujours comme on ne le pensait pas! on a toujours à en apprendre : c'est pour cela que toute représentation est fausse : elle immobilise. C'est pour cela que tout savoir est une exploration, un devenir.
Catherine ne décrit pas avec des symboles tout prêts, ne fait pas une carte, elle subvertit la carte parce qu'elle arpente et construit du nouveau. Elle sera peut être réincarnée en géographe?

 
- CR

Autonomies arctiques estivales

Récolte d'eau douce. Terre de Baffin 2011

De retour d'une marche en terre de Baffin d'une semaine avec 15 adultes (6 blancs et 9 inuits ou 7 femmes et 8 hommes) et 6 enfants dont trois encore allaités par leur mères (1 enfant blanc et 5 enfants inuit).
4 bateaux de 4 m à moteur utilisés de Igloolik jusqu'en terre de Baffin, 10 heures de traversée, avec deux étapes sur des îlots, navigation dans les glaces près de l'île de Baffin.

Matériel de chasse et de pêche: 1 harpon, 1 trident, 2 cannes à pêche, 1 filet, 2 fusils, 2 paires de jumelles, 1 gps
Matériel de cuisson: four inuit construit sur place en pierres rondes pour le foyer et pierres plates pour mettre viandes et poissons, deux petits réchauds primus au gaz
naphta, briquets, bougies.
Nourriture de survie déshydratée par sécurité (5 sacs par personne), amandes et fruits secs pour la journée
7 tentes

Animaux vus ou croisés:
Caribou, ours polaires, loups, chien, oie blanche, morse, phoque annelé, phoque barbu, baleine à bosse, canards Eider, goélands, moustiques, araignées, bourdons, faucon pèlerin, omble arctique, truite des lacs, renard arctique, lagopède, huard, bernache du canada, hérons, bruant des neiges, sternes arctiques, clams...

Animaux chassés, pêchés et mangés
Caribous, oies blanches, morse, phoque annelé, moustiques, ombles arctiques, truites de lac,

Plantes mangées:
airelles des marais, racines crues d'oxytrope de Mandell, petit thé du Labrador (en tisane), oxyrie des montagnes (feuilles et fleurs mangées crues à forte teneur en vitamine C et désaltérante)

Plantes utilisées:
cassiope tétragone: pour faire du feu et des matelas sous le tapis de sol des tentes dans les sols rocheux
linaigrette de scheuchzen: fleurs de coton arctique pour faire les mèches des lampes à huile

Boissons:
eau récupérée dans les mares de glace fondue des tabulaires rencontrés lors de la traversée entre Igloolik et terre de Baffin, eau douce des lacs, glace de glacier fondue sur le feu, jus d'airelles pressées, thé du Labrador

Autonomies arctiques estivales

J'essaie de trier parmi ces informations ce qui peut encore relever du concept d'autonomie..et au passage si tu peux collecter quelques restes alimentaires issus de la faune in situ je les ajouterai volontiers à mon cabinet de "sériosités"...

Autonomies arctiques estivales

Plaisir d'ethnographe , préliminaire à la jouissance réflexive de l'éthnologue et de l'anthropologue…
Récolte ou collecte d'eau douce, un rituel ou une activité à des fins déterminées préalablement? Le caribou dégusté en un autre temps me donne l'eau à la bouche…

 
- CR

Des voix dans la toundra désertique

Enregistrement de Joe s'occupant des enfants dans une tente. Il imite l'ours polaire endormi qui ronfle et se réveille terre de Baffin 2011