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Exposition en temps réel

"Bonjour Ulrike, bien sûr suis enthousiaste pour cette exposition et suis déjà engagée d'ailleurs dans cette installation "par correspondance". Pour l'installation je souhaiterai comme support, si tu en es d'accord, un pignon de maison en liège, comme une empreinte, comme une maison qui aurait disparu ou qui apparaîtrait. De plus l'espace que tu me proposes a un profil de maison (cela ne doit pas être par hasard...) il y a un puits de lumière, très intéressant et une soupente. Cet espace correspond en gros à la maison type HLM du nord canadien, imposée aux inuit après l'igloo. Un livre connu sur ce sujet s'appelle d'ailleurs "de l'igloo au HLM"*

Voici donc ma proposition qui permettrait un accrochage assez simple, au départ avec des punaises (comme les punaises google earth, tu vois?), où le pignon est un intérieur sur lequel seront accrochés les premiers envois mails... après je verrai comment cela évoluera, avec certainement l'installation de vidéos à mon retour en septembre (septembre car le maximum de chaque mail depuis Igloolik est de 400 Ko)

J'attends tes suggestions. Je pars le 1er aôut de Paris et serait de retour le 15 septembre.

A bientôt

Catherine"

extrait de mes échanges avec Ulrike Kremeier,  directrice du centre d'art passerelle à Brest qui exposera les échanges du protocole Igloolik au fur et à mesure de mes déplacements en Arctique

 

* De l'igloo au H.L.M:les Inuit sédentaires et l'État-providence de Gérard Duhaime Centre d'études nordiques, 1985

 
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Sténopé

Premiers sténopés sur cibachrome.
Chaque prise me prend environ une heure. Je fais trois temps de pause différents.
Aucune cellule pour mesurer la lumière. C'est à l'oeil. Regarder l'ombre, est-elle nette ou floue. Les nuages sont-ils denses ou pas. Aucune mesure numérique.
Fixer ainsi ce qui ne bouge pas. Ce qui est mobile devient flou voir inexistant.

Le rituel:

  1. regarder les ombres et le ciel
  2. enclencher le sténopé chargé sur le trépied et régler le niveau à bulle pour avoir l'horizon horizontal
  3. mettre en place le chrono réglé sur (48", 4', 7' 15' 22' 30' ou 45' suivant lumière)
  4. enlever le bouchon du sténopé en tournant pour défaire les aimants
  5. déclencher le chrono
  6. suivant le temps, dessiner, repérer, pêcher, écrire, cuisiner
  7. noter dans le carnet le sujet du sténopé, le temps de prise et décrire le ciel et la lumière
  8. quand le chrono sonne remettre le bouchon délicatement sans bouger le tré-pied et régler le chrono pour la prise suivante
  9. enlever le sténopé du pied et le mettre dans le manchon de chargement (sorte de sac noir pour charger le papier à l'abri de la lumière du jour qui a deux manchons pour passer les mains et manipuler à l'aveugle le papier photo sensible)
  10. veiller a enlever sa montre pour éviter toute lumière dans le manchon de chargement
  11. refermer les doubles fermetures éclair du manchon et faire toutes les manips qui suivent en aveugle
  12. glisser les mains dans chaque manchon jusqu'aux coudes pour éviter toute fuite de lumière sur le papier
  13. positionner de gauche à droite: le sac de papier cibachrome vierge, le sténopé, les sacs de ciba impressionnés (marque faite au papier de verre sur le dessus).
  14. ouvrir le sténopé (composé de deux boîtes emboitées comme deux poupées russes)
  15. ouvrir le sac de droite, faire tomber le papier du sténopé dans le sac, émulsion sur le dessus, puis refermer le sac
  16. ouvrir le sac de papiers vierges, prendre une feuille, trouver en touchant la face émulsionnée, déposer le papier dans le fond du sténopé, refermer le sac
  17. refermer le sténopé soigneusement, sortir les bras des manchons, ouvrir les fermetures éclair et sortir le sténopé du manchon de chargement, refermer le manchon
  18. poser le stenopé sur le trépied.

…fantômes

« (…), le flou le net, les fantômes... »

-…les fantômes que les machines enregistrent et que l’œil ne voit pas…c’est pas la première fois il me semble que CR chasse des fantômes et c’est une affaire bien compliquée, pas simplement affaire de temps de pose…
…et c’est quoi cet objet absent que seule la machine peut voir (sténopé mais ordinateur, lunette, astronef, microscope…tout autant)… ?
- Hypothèse, ce serait cette tentative par CR de lier un indicible de la poésie à l’objectivité d’une vérité dicible en en cherchant la représentation (–ses observations d’ailleurs et les notes qui s’y rapportent font état autant de poésies que de connaissances…).
Il y a dans notre culture occidentale une séparation, une scission entre parole poétique et parole pensante qui va tellement de soi qu’on oublie de s’y arrêter. Platon parlait déjà de « vieille inimité »…cette idée platonicienne que « la poésie possède son objet sans le connaître et que la philosophie le connaît sans le posséder » (Agamben). Le discours occidental serait ainsi coupé en deux, une parole jouissant de connaissance représentée sous une forme belle et la parole sérieuse de la conscience ne pouvant jouir de son objet faute de savoir le représenter…
(Hölderlin et Nietzsche sont sans doute deux, pour lesquels cette scission est problématique).
CR répète souvent qu’elle se situe entre art et architecture et sans trop tirer la référence on pourrait dire entre poésie et ‘tecture –en supprimant l’ar(t) du mot pour n’en conserver que l’étymologie grecque de tekton /ouvrier- elle serait bien placée donc pour aller chercher de la poésie dans sa raison de constructeur…
…alors son travail serait bien un travail critique laquelle –de critique- par définition sans représenter (c’est dévolu à la poésie) ni connaître (dévolu à la raison philosophique ou raison scientifique) connaît la représentation, en fait part –en en défendant le statut unitaire ; un dire.
CR cherche donc et construit des modèles de représentation (utiles à son travail, les protocoles des correspondances en sont) dans les conduites de ceux qu’elle approche –« elle construit avec des histoires »- son travail ne se fait pas dans le silence de l’atelier ou « à l’agence », son travail se fait dans les histoires par lesquelles elle s’approprie ce qui doit en tout état de cause échapper à l’appropriation…elle rend compte d’une topologie de l’irréel qui pense les lieux non comme quelque chose de spatial mais comme rempli de quelque chose de plus originel que l’espace ; un « topos » (lieu) défini dans ses positions plutôt que dans ses grandeurs.. « Chaque (plante) est utilisée pour quelque chose de particulier, a son histoire poétique et ses prolongements chamaniques »… ou dit encore, ce dont rend compte CR ce sont les dispositifs qui avaient séparés du magique, des institutions sacralisées, d’avant, de l’immémorium sacré etc…les usages de l’habiter pour les précipiter dans le continuum de la consommation, vide de sens dans son absence de relation à une fin …sans transition en ce qui concerne les inuit du chamanisme au capitalisme…

Sténopé

Je pense à ce fragment d'Héraclite que le magazine Le Tigre a choisi comme exergue: Un tas de gravats déversé au hasard: le plus bel ordre du monde

Imagerie numérique et fantômes

L’essor formidable de l’imagerie numérique qui a permis la résolution des calculs pour les structures gauches et irrégulières, « non standard », s’est basée sur la réduction des formes complexes à un toujours même emboîtement et assemblage d’une forme géométriquement simple, un triangle. Le calcul aisé des efforts et contraintes agissant sur une forme simple a pu alors être extrapolé empiriquement par addition. Les techniques d’imagerie numérique à l’origine pensées et développées pour le mouvement spectaculaire (cinéma, publicité…) se sont imposées dans tous les domaines de l’ingénierie mécanique (machines outils, automobile, aéronautique…) et bien sûr en architecture qui a vue ces dernières années, une inflation de formes gauches, « blubs » et « patatoïdes » gigantesques que les seules équations de la statique et résistance des matériaux étaient jusqu’à lors incapables de projeter.
Les techniques contemporaines se caractérisent, entre autres, par les constants changements d’échelle que leur autorisent instruments d’observation et de mesures puis de manipulations. Si l’intérêt pour les corps célestes est fort ancien et fut certainement à l’origine des premiers questionnements cognitifs, il relève néanmoins d’une démarche « contemplative » liée à la vision humaine. La mise en place d’instruments optiques grossissants allait révéler, en quelques siècles, des champs d’études et d’investigation puis d’expérimentation bien plus important que ce que les seuls sens permettaient. Dans l’œil des machines, le rationaliste cartésien peut décomposer toujours plus loin les complexités du monde naturel en éléments simples dans un élan de « forage analytique » (M.Tibon-Cornillot) caractéristique de la raison observante. Ce réductionnisme analytique permet une décomposition de l’inerte (notre triangle constitutif de formes complexes) autant que du vivant (de l’organisme on passe aux organes puis aux tissus, aux cellules, aux composants cellulaires, aux macromolécules, aux molécules etc…). Le réductionnisme scientifique se justifie à partir des pères fondateurs (Galilée, Cassenti, Descartes…) instituant le statut fondamental des mathématiques constituant pour eux non seulement le langage de la connaissance mais le substrat même de la Nature, du réel.

A l’écart, dans « l’à côté » de cette pulsion progressiste d’une raison analytique, le projet de CR revendique, à mon sens, des filiations critiques pré-modernes…et dans la pioche de ce jeu de familles, Aristote plutôt que Platon… à se le dire, je crois que contre l’appauvrissement de la notion de causalité dans l’édification des sciences modernes, son projet se réfère plutôt, pour emprunter à René Thom, à la richesse de la « conception aristotélicienne des quatre causes, matérielle, formelle, finale et efficiente » (René Thom, esquisse d’une sémiophysique – Physique aristotélicienne et théorie des catastrophes)…la question que CR peut poser alors à Galilée, au sujet des mathématiques comme constitutif du réel ; les phénomènes fantômes du monde infra-lunaire ou encore « …l’histoire poétique et les prolongements chamaniques (des plantes) » peuvent-ils être mathématisés ?...sinon à être sortis du monde…
Son entreprise peut s’entendre comme prémisse ou indication à la constitution d’une histoire des techniques futures reconstruite sur ses décombres…et pour laquelle les fantômes que la poésie seule s’autorise à invoquer, seraient reconduits pour nous instruire de la complexité de la Nature…une complexité convoquée dans la petite échelle du domestique plutôt qu’investie dans les mécaniques du gigantisme mégastructurel…des histoires, en somme, des récits qui se rajoutent en chairs complexes par-dessus les squelettes des superstructures des gratte-ciels…non pas des structures vides qu’on remplit d’histoires mais des histoires qui commandent les structures…Prise d’image par sténopés au temps de pose long superposant l’itérations de mouvements plutôt que l’instantané du 1/1000è, protocoles d’échanges des expériences et des discours… sont alors les outils adéquats à son entreprise.

Imagerie numérique et fantômes, heureusement que c'est pas tout à fait comme ça !

heureusement qu'on ne fait pas de la climato avec des triangles! ni de la géomorpho!!

les modèles connaissent les courbes et ne cherchent pas à réduire le complexe pour le simplifier sur deux trois formes de bases répétées. la science ou du moins la géographie, (comme celle de Marie Françoise André ou Béatrice Collignon, qui sont deux personnes trés sympas et trés savantes, faudrait les associer à la démarche?? ) étudie des structures avec d'autres idées que de les réduire à une forme stable. la science travaille essentiellement sur du non stable et du non stabilisable. Exit l'idée même de forme stable... pour longtemps.
C R travaille sur du vivant, du mouvement, du changement... Elle pourrait être très scientifique si ca lui plaisait.. Curieusement son souci est assez proche de celui des géographes (MFA et BC) Elle cherche à comprendre sans passer par le simplisme de formes toutes pensées à l'avance. Elle réfléchit en même temps qu'elle regarde et elle pense après avoir vue plein de choses irréductibles à ce qu'elle savait déjà.

On ne sait jamais tout du monde, il change toujours comme on ne le pensait pas! on a toujours à en apprendre : c'est pour cela que toute représentation est fausse : elle immobilise. C'est pour cela que tout savoir est une exploration, un devenir.
Catherine ne décrit pas avec des symboles tout prêts, ne fait pas une carte, elle subvertit la carte parce qu'elle arpente et construit du nouveau. Elle sera peut être réincarnée en géographe?

 
- CR

vue aérienne Igloolik

photos aériennes (altitude 200m) réalisées par les artistes Marko Peilhan et Matthiew Biederman de Igloolik en 2010 avec un drone qu'ils ont créé. Ils exposent leur travail à la biennale de Lyon cette année. Ils ont créé API (Artic Perspective Initiative). Ils viennent d'arriver à Igloolik pour tester de nouveaux matériels qui permettront aux chasseurs et pêcheurs inuit d'être autonomes au niveau des technologies et de l'énergie.

 
- CR

Accrochage par correspondance

exposition en temps réel du protocole de correspondance Igloolik centre d'art passerelle Brest 2011

 
- AB

Mode d'emploi adressé

J'ai retrouvé ce mail que m'a envoyé l'artisan Thierry Godinec qui fabrique vers Brest des sténopés, J'aime particulièrement ce type de mode d'emploi très précis, consciencieux et adressé. Exprimer sans dessin l'usage d'un objet sans électronique. En expliquant aux inuits qui m'accompagnaient comment ils pouvaient se servir du sténopé, je me rendais compte combien c'était proche de la pêche et du temps à y consacrer avec art et patience.

"Bonsoir Catherine,
Je vous ai fait partir le boîtier 4x10 avec le courrier de ce jour, vous devriez le recevoir lundi ou mardi, comme convenu. Voici le numéro de suivi du Colissimo R3 : 8U01008148251.
J'ai fait en sorte de vous simplifier la vie au maximum, le boîtier est composé de deux parties qui s'emboitent l'une dans l'autre, comme des poupées russes.

L'assemblage est maintenu par des aimants néodymes (je n'ai pas retenu l'idée des mollettes, vous auriez eu à les visser/dévisser à l'aveugle, ça prendrait trop de temps.
L'obturation va se faire au bouchon : là aussi j'ai utilisé des aimants néodyme, vous ne pouvez pratiquement pas retirer le bouchon si vous le tirez vers vous (ces aimants sont très puissants) par contre, si vous tournez le bouchon d'1/8ème de tour sur lui même, les aimants ne seront plus en prise et le bouchon viendra tout seul, sans imprimer le moindre mouvement au boîtier.

Procédure de chargement :

Dans le sac noir ou dans une chambre noire, ouvrez le boîtier en plaçant l'avant vers le haut (le bouchon vers le haut), sur le côté de la partie avant du boîtier (qui se trouve maintenant vers le haut) vous trouverez deux encoches, une de chaque côté du boîtier : avec le bout des doigts, prenez appui sur ces encoches pour soulever la partie avant du boîtier vers le haut et ouvrez le boîtier. Ceci va se faire lentement non pas du fait de la résistance des aimants néodymes qui le ferme, (j'ai placé des aimants pas trop puissants pour que vous puissiez l'ouvrir sans difficulté), vous allez cependant sentir une certaine résistance, ceci est provoqué par la dépression d'air qui se produit à l'ouverture du boîtier jusqu'à ce que la partie interne, qui sert à maintenir le papier à plat, soit sortie du boîtier.

Une fois que vous avez retiré la partie avant, placez là devant le boîtier et introduisez une feuille de papier (ou un film au format) dans l'appareil, surface sensible vers le haut, vous avez une marge de près d'1 mm dans chaque direction, vous ne devriez donc pas avoir de problème. Laissez simplement tomber la feuille dans le boîtier, puis replacez la partie avant en mettant la partie cadre qui sert à plaquer le papier juste à l'entrée de la boîte, en coïncidence avec l'ouverture de la boîte, vous y arriverez très facilement en vous guidant avec le bout des doigts, laissez alors la partie avant retomber toute seule vers le bas, au fur et à mesure que l'air va s'échapper de la boîte, la partie avant va descendre et finir par se fixer sur les aimants néodymes, assurant la parfaite étanchéité du boîtier à la lumière, il ne s'ouvrira que si vous décidez de l'ouvrir, il n'y a pas de risque que cela se produise tout seul.

Pour exposer l'image : montez la plaque du trépied sur le boîtier, placez le boîtier sur le trépied photo et orientez le vers votre sujet, aidez vous du niveau à bulle pour mettre le boîtier à l'horizontale, si vous laissez le boîtier à niveau, la ligne d'horizon va passer au centre, n'hésitez donc pas, une fois le boîtier à niveau, à basculer vers le bas ou vers le haut pour sortir la ligne d'horizon du centre de l'image.

Une fois que tout est prêt et que la photo peu être prise, tournez le bouchon sur lui-même d'1/8 de tour (c'est très peu), les aimants qui le maintiennent en place ne seront plus en face les uns des autres, il va donc venir tout seul, sans imprimer de mouvement au boîtier, pour terminer l'exposition, ramenez le bouchon près du trou du sténopé, le bouchon va se placer de lui même dans la bonne position.

Pour décharger le boîtier, retournez au sac noir ou à la chambre noire et procédez à l'ouverture comme indiquée plus haut. Pour récupérer la feuille exposé, le plus simple et de placer le boîtier ouvert à la verticale et de mettre la main à l'entré de la boîte pour recueillir la feuille exposé qui va tomber toute seule par gravité.

Le sténopé est accessible de l'intérieur du boîtier, une fois celui-ci ouvert, le disque à sténopé est retenu par un anneau en caoutchouc qu'il suffit de retirer pour changer de sténopé. La procédure est très simple, vous n'avez besoin d'aucun outil.

J'ai fait une finition huilé très discrète à l'extérieur, l'intérieur est teinté/huilé noir pour la boite, la chambre noire interne est intégralement recouverte de velours noir ce qui devrait vous apporter un meilleur contraste sur l'image.

Il n'y a pas d'entretien particulier à prévoir, un simple essuyage de temps à autre suffira. Ne laissez pas d'eau en contact avec le boîtier pour éviter tout mouvement des bois, munissez vous d'un pinceau propre de 4-5 cm de large pour retirer les poussières qui pourraient entrer dans le boîtier.

N'hésitez pas à me contacter si vous avez besoin d'aide pour utiliser ce matériel, vous pouvez d'ailleurs m'appeler quand vous le recevrez si vous voulez que l'on en discute avec le boîtier sous les yeux, ce sera peut être plus simple.
Merci encore pour votre commande, je vous souhaite un très bon week-end, à bientôt,

précision dans le flou - pour répondre à la précision de Thierry Gonidec

En mai 1816, Nicéphore Niepce, déjà plongé dans les recherches qui conduiront à l'invention brevetée de la photographie, envoie à son frère Paul cette description d'une image du paysage champêtre et familier depuis leur maison de St Loup de Varenne obtenue à la chambre obscure "à l'aide d'un procédé très simple, qui consiste à rétrécir avec un disque de carton percé, le diamètre de l'objectif"…
L'intérieur de la boîte étant moins éclairé, l'image en devient plus vive et ses contours ainsi que les ombres et les jours sont bien mieux marqués. Tu en jugeras par le toit de la volière, par les angles de ses murs ; par les croisées dont on aperçoit les croisillons: les vitres même paraissent transparentes en certains endroits, enfin le papier retient exactement l'empreinte de l'image colorée ; et si l'on n'aperçoit pas tout distinctement, c'est que l'image de l'objet représenté étant très petite, cet objet paraît tel qu'il serait s'il était vu de loin...La volière étant peinte renversée, la grange ou plutôt le toit de la grange est à gauche au lieu d'être à droite. Cette masse blanche qui est à droite de la volière au-dessus de la claire-voie qu'on ne voit que confusément...c'est le poirier de beurrés blancs qui se trouve beaucoup plus éloigné ; et cette tache noire en haut de la cime, c'est un éclairci qu'on aperçoit entre les branches. Cette ombre à droite indique le toit du four qui paraît plus bas qu'il ne doit être parce que les boîtes sont placées à cinq pieds environ au-dessus du plancher. Enfin, mon cher ami, ces petits traits blancs marqués au-dessus du toit de la grange, ce sont quelques branches du verger qu'on entrevoit et qui sont représentés sur la rétine…"