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Plan directeur

Photo du Plan Directeur prise à la mairie d'Igloolik. 2011
La décharge où je travaille est au nord (en orange) en face du cimetière (en bleu)

 
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vue aérienne Igloolik

photos aériennes (altitude 200m) réalisées par les artistes Marko Peilhan et Matthiew Biederman de Igloolik en 2010 avec un drone qu'ils ont créé. Ils exposent leur travail à la biennale de Lyon cette année. Ils ont créé API (Artic Perspective Initiative). Ils viennent d'arriver à Igloolik pour tester de nouveaux matériels qui permettront aux chasseurs et pêcheurs inuit d'être autonomes au niveau des technologies et de l'énergie.

 
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Relevé

croquis de relevé de la décharge d'Igloolik 2011

Comment le papier blanc, le feutre noir et le texte descriptif enlèvent le côté spectaculaire, voire dramatiquement photogénique d'un lieu?

Relevé et représentation

tu fais voir comment le croquis voit mieux que la photo et invente déjà la distance à ce qu'on voit…
Tout ce que la représentation a habituellement de redondant et de répétitif est ici légèrement illustré : tu écris ta vision du paysage et, ce faisant tu travailles! Pour "dire" la même chose que toi, Deleuze (dans Différence et Répétition ) avait besoin de plus que de deux pages!!

faudra que tu viennes en causer aux étudiants de géo!

je t'embrasse

…enfin, ça bricole…

J’avais mis de côté pour les relire trois articles de journaux que je ne pensais pas, à priori, réunir en un seul commentaire, même s’il y est question pour deux d’entre eux de technique et pour le troisième d’architecture.
Le premier (art. Libération du 17/8/11), en cahier d’été et de promenade, recommande la visite de la « Citta Idéale » de Piezza en Toscane, édifiée par Pie II suivant les préceptes et théories de Léon Battista Alberti…un manifeste construit. Une composition spatiale –une représentation donc- d’un cadre d’utopie c'est-à-dire un discours mis en pierres. Un discours qui place la raison humaniste et une ambition politique celle du Prince de Machiavel fédérateur de l’unité italienne, au centre du pavement de la place principale de Piezza dans un savant jeu d’ordonnancement des ombres, orchestrées par l’architecte, Bernardo Rossellino.
Le second article est publié par le journal Le Monde (du 13/8) et fait part de la mise au point d’une application médicale, des circuits électroniques pris en sandwich dans un film plastique adhérant à la peau à la manière d’une décalcomanie, capables de recueillir et restituer numériquement l’ensemble des paramètres biologiques et électriques d’un sujet humain…une prouesse des techno-sciences comportementalistes anglo-saxonnes lesquelles assimilent le corps et ses manifestations à un ensemble machinique combien même complexe mais toujours fonctionnellement raisonnable.
Le troisième un article (27&28/8) de Libération encore (je n’en fais pas la pub mais ici dans le village c’est Le Télégramme toujours dispo, un exemplaire du Monde ou si vous arrivez trop tard de Libé…) qui titre qu’au Pays du Méné (Cotes d’Armor) 23% des besoins énergétiques sont satisfaits en totale autonomie au moyen entre autres de chaudières à bois collectives, de la méthanisation des lisiers pour produire de l’électricité, de huileries de colza pour l’alimentation du bétail…et l’ensemble de ces moyens de production sont aux mains des agriculteurs producteurs organisés en coopératives.

Hé bien, l’un exemplifie et historicise un discours de la raison humaniste (XVès.) lequel dans une singulière « redistribution des rôles » remplace Dieu par l’homme sécularisé dont la puissance que lui confère la spéciation des outils techniques et politiques, impose au monde l’angle droit…et d’un.
Le second qui s’emboîte au précèdent et qui fait l’actualité de notre contemporain, c’est la continuelle mise au point de notre futur cyborg soit de la machinerie couplée au vivant…de l’antibiotique à l’homme de fer !...deux illustrations d’un même mouvement messianique de la raison mathématique aspirant à l’infini...(lapidaire raccourci en coq à l’âne, Leibniz et Hegel en solution des noirs du mot croisé…).
Le troisième, d’article, rend compte d’un bricolage savant lequel au sein d’une culture populaire laquelle se réapproprie ses moyens de production, sait faire fructifier du « déjà là » fut-il de rebut et de déjections (le lisier)….ça a bien à voir avec le bricolage –sans le discrédit qui s’attache au vocable- si on entend la notion comme la réplication de modèles existants (modèles fournis par l’industrie et la série) détournés en exemplaires uniques détachés d’un échange monétisé. Le bricolage est toujours d’abord un échange symbolique (il faut un destinataire au bricolage) qui échappe à l’échange marchand régulé législativement….S’il n’y a pas sortie à proprement parler, chez les agriculteurs du Pays du Méné de l’échange monétisé, il y a l’annonce d’une autonomie par rapport à la régulation et distribution centralisées de l’énergie et qui plus est avec les ressources locales…le bricolage lui aussi est par définition fortement localisé… …en trois articles, deux visions du futur fortement antagonistes (3=2 c’est une drôle arithmétique…) qui sont au centre du travail de CR à Igloolik…évidemment d’abord son travail sur les rebuts mais aussi ses patientes rencontres d’histoires particulières préalables nécessaires chez elle à toute construction, son approche fortement ethnographique du programme (au sens programme de l’architecte…) et sa réception particulière de l’indicible ou magique si on préfère, qu’elle s’efforce de donner à voir…
en somme une revendication pour un futur savamment bricolé qui pourrait tourner en rond (…après tout les grecs tournaient en rond et c’était pas les plus cons…) et contre la construction des églises même cartésiennes…elle y travaille semble-t-il…

Relevé

Relever c'est prendre la mesure de ce qui relève d'un évènement en utilisant des signes graphiques s'il s'agit d'un croquis. Quand l'appareil prend la relève de ce que notre oeil voit n'y-a-il pas lieu de lâcher prise?

 
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Parfums et odeurs

odeurs des coordonnées GPS: 69,2288 Nord et 81, 4762 Ouest

…thé du labrador écrasé par des pas, pierre mouillée calcaire, omble arctique fumé, séché, viande faisandée de Caribou, sang coagulé sur bâche plastique bleue, fioul et eau de mer, métal rouillé, peau de caribou séchée, coque de bateau aluminium, soupe Lipton instantanée, fumée de thermos rempli de thé "red rose", bouillon d'os, fumée du fumoir, poisson frais vidé, beurre de cacahouètes, gaz de chien de traineau, contre-plaqué mouillé, bois de construction brûlé, ordures ménagères brûlées, gaz de chasseur, eaux usées, tête de morse en décomposition, poudre de fusil, plumes mouillées, naphta qui brûle, baleines et bélouga, embruns, bougie, eau de marécages, boue, résine, gaz d'échappement des "4 roues" (Quads), varech, pain frit, cookies, lessive bon marché, savon d'Alep, dentifrice, bois de cèdre, bouillon de confiture d'airelles, beurre de karité, tarte aux pommes, pain perdu, intérieur de bottes humides…

Parfums et odeurs

Extraits de la thèse de Denis GAUER sur les textes en prose de Samuel Beckett (3ème partie, suite et fin) Université de Lille 3- octobre 1996
MOLLOY, ou LE SUJET IMPROBABLE

Commencer, écrire / l'autre, l'aveu

"Mais alors, puisque dans le fond on est en systématique évitement de soi, de quoi s'agit-il de parler, ici, dans ce premier volet de Molloy ? Il semble simplement que le protagoniste, humble tâcheron, doive noircir, d'une semaine à l'autre, un certain nombre de feuillets. Or, sur ce sujet, revenons à Foucault, dont les lignes suivantes semblent avoir été directement inspirées par Molloy " :

"L'homme, en Occident, est devenu une bête d'aveu.
De là sans doute une métamorphose dans la littérature : d'un plaisir de raconter et d'entendre, qui était centré sur le récit héroïque ou merveilleux des "épreuves" de bravoure ou de sainteté, on est passé à une littérature ordonnée à la tâche infinie de faire lever du fond de soi-même, entre les mots, une vérité que la forme même de l'aveu fait miroiter comme l'inaccessible. De là aussi, cette autre manière de philosopher : chercher le rapport fondamental au vrai, non pas simplement en soi-même -- dans quelque savoir oublié, ou dans une certaine trace originaire -- mais dans l'examen de soi-même qui délivre, à travers tant d'impressions fugitives, les certitudes fondamentales de la conscience" ( [Michel Foucault, La Volonté de savoir, Gallimard, 1976, p. 78 sq.)

 
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Echelles humaines

Echelles humaines

...ton dessin est très beau...

Echelles humaines

Comment le papier blanc, le feutre noir et le texte descriptif enlèvent le côté spectaculaire, voir dramatiquement photogénique d'un lieu?

En fait, moi je trouve ces croquis très beaux! Et quel travail de Romain, de Titan ou alors de fourmi?...

Echelle rhizomatique

Au premier regard, le dessin d'Echelles Humaines évoque un rhizome, cette partie souterraine de certaines plantes (riz, pomme-de-terre, etc.) - peut-être cette classification en flèches courbées dont Catherine a le don (elle en a rapporté quelques-unes d'Antarctique), prises de notes informatives sans y rechercher une quelconque esthétique - et pourtant il en résulte des évocations multiples.

Le trouble n'est qu'optique puisque le rhizome contribue au décolmatage du sol, qu'il nourrit certaines espèces souterraines et lorsqu'il meurt, il enrichit le sol en matière organique.

Visuellement, cela ressemble à cette chaîne électroménagère abandonnée, concrètement, ils sont à l'opposé.

Echelles humaines

On dirait un monstre posthistorique.

…Réseaux sauvages… et "monstre post-historique"

"A Washington, une vingtaine de jeunes finalisent Commotion, un logiciel permettant d'accéder à Internet gratuitement tout en échappant à toute surveillance […] sous l'oeil inquiet des entreprises de Télécom." Le Monde du 31/8

…soit la création de réseaux sans fils, à haut débit, 100% autonomes qui ne s'appuient sur aucune infrastructure existante…l'autonomie totale…un des initiateurs Sasha Meimonth, a commencé ce travail avec des antennes faites de boîtes de conserves…il y aura la possibilité de construire son propre réseau…en zone à risques, zone frontalière par ex., quartiers pauvres des grandes villes, réserves indiennes…etc…pas de redevances, pas de localisations, pas de restrictions administratives…une autonomie pour une culture populaire comme Gramsci l'appelait depuis sa prison…en tout du bricolage, savant mais du bricolage puisque du savoir-faire qui enrichit et détourne pour un usage non planifié des modèles techniques pré-existants…Construire à partir des décharges…un monde entièrement nouveau!…une histoire des techniques futures reconstruite sur ses décombres…ou pour paraphraser N.Goodman, nouvelles "Manières de faire des mondes" (Nelson Goodman. Manière de faire des mondes. Folio Essais 1978… déjà d'intéressants "monstres post-historiques"…

 

Echelles humaines

"... Le lendemain matin ils s'avancèrent dans une glorieuse journée de chaleur et de verdure et les moustiques et les glaces flottantes se mêlaient sur le bras de mer en formant des motifs de bancs de sable ondulé. Dans le lac, les montagnes de glace de l'île de Bylot se reflétaient. L'eau dégoulinait de partout. Ils se dirigèrent vers la décharge et Seth vit un morceau d'isolant qui gisait trempé dans la toundra et dit: dommage. C'était en parfait état.
On pourrait dire ça de toute l'île , dit Subzéro. Mais il se tourna alors vers Seth et dit: C'est encore en bon état ! C'est en bon état !
Un beau renard blanc gisait dans la décharge, mort. On lui avait tiré une balle dans la tête. Sa bouche montrait encore un peu les dents. Sa fourrure était si blanche, si douce, si parfaite. Il était tout léger dans la main de Subzéro. Quelqu'un l'avait tué puis jeté là.
Les deux hommes ne bougeaient pas.
Touche voir comme il est doux, dit Subzéro.
Il est splendide, dit Seth. Mais il commence déjà à pourrir.
Y a-t-il quoi que ce soit qu'on puisse faire avec la peau ? Ca paraît tellement injuste. Avant ils la tannaient avec de l'urine, non ? Non, on ne peut rien faire.
Rien.
Si seulement on pouvait en faire quelque chose…
Je pourrais couper la queue peut-être. - Seth sortit son couteau et appliqua la lame contre la belle et longue touffe blanche puis dit non, ça ne va pas non plus.
Subzéro prit le renard par la queue et alla le déposer sur un tas de pièces automobiles. Les mouches vinrent se poser dessus. Désolé, renard, dit Seth..."

La scène se passe à Resolute, dans Les Fusils, roman de W.T. Vollman, pp 52-53.