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Cabanes de chasseurs-pêcheurs

Fils et filles de...

"Soulignons les signes de propriété, c'est-à-dire de légitimité d'occupation..."

J’ai plusieurs fois évoqué avec CR un livre qui ne serait constitué que de son appareil critique, ses notes, préfaces, postfaces et avant-propos et dont le corps serait absent…ce qui –soit dit en passant- est déjà le projet de l’Encyclopédie (d’Alembert) qui cherche à annoter le monde tout entier dans un livre qui en serait le commentaire (…les esquimaux et leurs igloos y figurent déjà je crois..). Ca se rapproche également du projet de W.Benjamin dont « (…) l’idéal ou l’utopie du livre (serait) : un livre fait uniquement d’un montage calculé de citations. » (rapporté par P.Lacoue Labarthe )…c’est bien sûr, déjà le travail de CR « hautement politique » c’est à dire la mise en place, travaux après travaux, d’un style.
Entendre par « style » :… de ne plus considérer ce qui peut apparaître un peu partout comme une évidence, à savoir que les mots (…et par extension le projet artistique et travail intellectuel et/ou d’écriture) soit un préalable à l’action des hommes, en en fournissant les motifs, un moyen en somme…mais et j’emprunte encore à Benjamin « Ma notion d’un style et d’une écriture objective, par là même hautement politique, est celle-ci : (…) si variées que soient les formes selon lesquelles le langage peut se montrer efficace, il ne l’est pas en communiquant des contenus, mais en produisant au jour de la manière la plus limpide sa dignité et son essence. (je mets la citation à l’envers)(…) Du point de vue de la production d’un effet qu’il s’agisse de littérature poétique, prophétique, objective, je ne puis la concevoir que comme magique c’est à dire non médiatisable. » (lettre à Martin Buber)

C’est bien ce que je crois, arrive à faire CR dans son travail. Dans les multiples souvenirs, commentaires, avis, dissertations, savoirs et histoires spécifiques de chacune des correspondances qu’elle convoque, elle convie un indicible magique à se constituer en style objectif…
pour moi, un tour de force -…ses correspondances d'ici mais aussi d’antarctique ou pour chacun de ses projets d’architectures qui sont des récits autant que des constructions ou plus précisément et à proprement parler des « constructions d’histoires ».
En effet, elle ne s’intéresse pas tant au matériel -« pour faire avec » - « …je prends ce qui est là, devant moi et je fais avec… » dit-elle souvent et on pourrait à ne pas bien y regarder se satisfaire de son « arte povera»-, qu'au contraire chercher toujours l’origine des récits qui est dans le matériel disponible. Elle dit encore « il s’agit toujours pour moi de construire à partir d’une histoire ».
C'est bien ce que se dit dans les commentaires de ses photographies et que souligne CVoison
"(…) l'ultime rempart susceptible d'accueillir les vestiges d'une activité ancestrale mise à mal?
Soulignons les signes de propriété, c'est-à-dire de légitimité d'occupation de cet espace de récupération où sont imbriqués symboles temporels et culturels. "

"....De toute façon tout était fichu et il s’agissait de construire des choses nouvelles à partir de débris."
Kurt Schwitters cité par Jacques Rancière "Sens et figures de l'histoire", in Face à l'histoire,Paris, Centre Georges Pompidou, 1996, p. 20….fils et filles des catéchismes disais-je j'avais oublié de Schwitters aussi…

Cabanes de chasseurs

En observant cette cabane m'est venu à l'esprit le postulat d'une de nos célèbres lumières...
"Toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes, médiates et immédiates, et toutes s'entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties." (Blaise Pascal) -Pensées XVIIe Siècle.
Cet assemblage hétéroclite ne forme-t-il pas un Tout supérieur à la somme de ses parties?

Cabanes de chasseurs

Constructions chaotiques et singulières qui flirtent avec le schéma rigide des habitations, expression autoritaire d’une sédentarisation forcée.
Le déchet comme élément d'une construction tangible qui a valeur de refuge, d'écran, serait-ce l'ultime rempart susceptible d'accueillir les vestiges d'une activité ancestrale mise à mal?
Soulignons les signes de propriété, c'est-à-dire de légitimité d'occupation de cet espace de récupération où sont imbriqués symboles temporels et culturels.

"....De toute façon tout était fichu et il s’agissait de construire des choses nouvelles à partir de débris."
Kurt Schwitters cité par Jacques Rancière "Sens et figures de l'histoire", in Face à l'histoire,Paris, Centre Georges Pompidou, 1996, p. 20.

Cabanes de chasseurs

Baril de récupération ?

baril de récupération

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Produit canadien
Détails
BARIL DE SUREMBALLAGE (OVERPACK) EN ACIER
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DIMENSIONS: 14 1/2" X 27" INTÉRIEUR
PESANTEUR: 18 LIVRES
SERVANT À LA RÉCUPÉRATIONS DE CONTENANT DÉFECTUEUX.

L'Ouest sauvage, lecture du soir

"- ....moi aussi MacCoy, la présence d'un vieux sergent comme vous pour pister CR dans les monts du Nunavut me sera plus utile que la compagnie d'un professeur de philosophie !
- Oh ! ça je vous crois sans peine. un professeur n'aurait aucune chance contre les Inuit. Même son baratin ne le sauverait pas s'il tombait vivant entre leurs mains."
Extrait de la bd "MacCoy, le canyon du diable" texte:Gourmelen Dessins: Palacios
* seuls les mots en italiques ont été modifiés

 
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Le plaisir géomorphologique total

Le lac au nord est d'Igloolik dont parlait Hervé, est un lieu de pêche où l'on trouve les ombles de lac.

Le lac le plus proche du village, lui, n'a jamais eu de poissons.

Mousses épaisses jusqu'au bord. Un croissant de pierres rondes créé une sorte de parenthèse en relief avant d'arriver sur la rive. C'est un amas de pierres mais roulées, de toutes les couleurs, mélangées, comme déplacées là. Des champs de pierres rondes comme tombées du ciel. Un sable fin au fond du lac peu profond. Ici personne ne connaît vraiment l'histoire de ce sol en coupe. Plutôt celle des hommes, des animaux et des paysages arpentés.

L'eau est à 8°, elle est plus chaude que l'extérieur, le sable est doux sous mon pied. J'ai dû aller décrocher ma "cuillère" qui s'était attachée au fond, là où il y a des roches et une "cuillère" ici c'est précieux et puis c'est l'été on peut marcher pieds nus...

Alors? était-ce un bain dans un thermo-karst?

Le plaisir -gustatif- total

Omble chevalier
Famille des salmonidés

C'est une espèce holartique qui ne vit que dans l'hémisphère Nord. Il a le corps allongé et fusiforme, quelque peu arrondi, typique des salmonidés et porte une livrée argentée colorée de bleu sombre ou de bleu vert sur le dos et le haut des flancs avec une série de petits points roses le long de la ligne latérale et au-dessous. Sa taille moyenne se situe entre 38 et 46 cm.

L'omble-chevalier vit dans les lacs de montagne profonds. L'été, il descend à des profondeurs pouvant atteindre 80 à 100 mètres pour rechercher les plus basses températures. C'est la raison pour laquelle il est très rare en été et plus présent sur les marchés au printemps et à l'automne. La rareté de ce poisson d'une grande finesse en fait un produit d'exception.

Au Québec, il existe 2 types d'omble chevalier :

  • L'anadrome qu'on retrouve au nord du Québec séjourne et fraie en mer mais préfère hiverner en eau douce. Il porte une livrée bleu acier et des flancs argentés avec de grandes taches roses, rouges ou crème.
  • L'omble chevalier d'eau douce est présent surtout au sud du Québec. Il a adopté les couleurs de nos forêts : Dos vert foncé ou bleu-vert; flancs et abdomen rouge orange vif. Poisson noble, il vit dans les eaux froides des lacs profonds. L'été, il descend à des profondeurs pouvant atteindre 80 à 100 mètres pour rechercher les plus basses températures. C'est la raison pour laquelle il est très rare en été et plus présent sur les marchés au printemps et à l'automne. La rareté de ce poisson d'une grande finesse en fait un produit d'exception.

Valeurs nutritives au 100 g
Calories : 159 ; Eau : 71 g ; Glucides : 0 ; Protéines : 20.2 g ; Lipides : 8.1 g
ombles

  • Bien préparer
    L'omble possède des écailles plus petites que celles du saumon.
  • Entier, rincer très délicatement l'omble sous l'eau courante pour ne pas abîmer la muqueuse recouvrant la peau. Elle risque de perdre sa belle couleur à la cuisson.
  • Bien cuisiner
    C'est un poisson gras dont la chair peut varier selon son alimentation. Appartenant à la famille des salmonidés, l'omble s'adapte à toutes les préparations de saumon.
  • Cuisiner de façon simple afin de garder toute la saveur naturelle de sa chair : meunière, grillé, poché froid, à la crème .
  • Au four
    Saler et poivrer les filets; coucher sur un lit d'échalotes hachées dans un plat beurré; arroser avec 200 ml de vin blanc, 200 ml d'eau et le jus de 1/2 citron; ajouter un bouquet garni et couvrir avec un papier beurré; porter à ébullition sur le feu; mettre ensuite au four à 200°C. (400°F.) et laisser pocher 15 minutes pour des pièces de 300 à 400 g et 30 minutes pour des poissons plus grands.
  • Préparation de la sauce
    Réduire le fond de cuisson du poisson à 100 ml; ajouter 250 ml de vin blanc et incorporer le roux préparé avec 20 g de beurre et 20 g de farine; cuire à feu doux environ 10 minutes en brassant régulièrement. Mélanger 2 jaunes d'œufs avec 100 ml de crème; verser dans la sauce; mélanger en faisant attention de ne pas faire bouillir. Incorporer 50 g de beurre au fouet. Rectifier l'assaisonnement avec sel, poivre et jus de citron. Servir la sauce à part.
  • Au court-Bouillon
    Pour ne pas brusquer sa chair délicate, il suffit de préparer un court-bouillon et de le chauffer au point d'ébullition. Retirer la casserole du feu et faire pocher les filets 5-6 minutes selon la taille et l'épaisseur.
  • En papillote
    Huiler une feuille de papier aluminium; déposer une julienne de légumes qu'on aura fait suer au préalable quelques minutes dans un peu d'huile d'olive. Déposer les 2 filets d'omble chevalier l'un sur l'autre avec une branche de thym, sel, poivre et 2 c. à soupe de vin blanc. Cuire au four à 200°C. (400°F.) une douzaine de minutes.

Le plaisir -géomorphologique- total

salut Catherine
je suis dans un endroit plus dépourvu d'internet que toi et ne peux pas bien suivre tes aventures nordiques.. excuse moi. Dés que je retrouve le côté numérique de la civilisation, je rembraye

je t'embrasse

Le plaisir -géomorphologique- total

Idem pour moi
Je viens de me reconnecter dans une bourgade du sud ouest de la France et les réseaux sont très capricieux par ici (passages satellitaires ou effets caniculaires ?) - je peux lire les textes depuis mon iPhone mais impossible de charger les images ... Ce qui limite sacrément la visibilité du projet et de la trajectoire inuitique de catherine.

Retour à la civilisation le 29 - je pourrais alors commenter en bloc les envois multiples.

Crdlmnt

Le plaisir -géomorphologique- total

Au même moment ou presque, ma fille et moi, ayant décollé de Brest par une température de 15°, nous nous trempions dans les eaux tièdes (28°??) de la plage de Kitoplatia à Agios Nikolaos, en Crète. C'était le début de notre voyage. Je n'avais pas prévu en le projetant qu'il serait accompagné tout au long, de ta pensée là-bas, dans le grand nord. "Est-ce qu'un Esquimau par cette température mourrait ?" a demandé ma fille en sortant de l'eau. Nous avons convenu que sur le chemin de la Crète nous lui conseillerions un petit arrêt dans le Finistère pour une acclimatation progressive.

Le plaisir -géomorphologique- total

Lac Iqalulikulluk (petit poisson)

Iqa c'est "petit" et lulikulluk "poisson" ? ou bien c'est autrement ?

 
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Un air de Bartleby...

Un air de Bartleby...

Je les reconnais.

Xine

 
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Sols d'Igloolik

Le sol le plus familier est pour moi d'une façon surprenante la mer, le dessus de l'eau. Où en recadrant mon regard sur une partie de l'océan, en observant les petites vaguelettes, les risées à la surface de l'eau je peux me retrouver dans la baie de Morlaix, dans l'océan austral ou ailleurs. Je ressens la mer comme un matériau universel qui donne l'impression d'être familier. La terre finalement m'est plus étrangère. Mais la mer est elle un sol? Est-ce une question de vue en coupe?

Mes pas à l'aéroport font résonner les structures métalliques des pilotis, des grilles des coursives extérieures. Bruit familier de toute base ou station hors sol. Les stations spatiales doivent probablement "raisonner" aussi de cette façon.

Puis marcher entre les maisons préfabriquées en bois, dans une sorte de poudre de couleur crème soulevée par les quelques voitures ou camions qui circulent. Elle devient collante et visqueuse par temps de pluie.

Marcher sur la plage, le long des cabines de chasseurs. Impression de marcher sur le bord d'une rivière plutôt que sur une plage de bord de mer. Le rivage est formé de graviers, voire des cailloux mélangés de différentes couleurs et matières. Cela me fait penser au "délestage" qui était une île constituée de roches très différentes, à l'embouchure de la rivière de Pont l'Abbé en Bretagne. Elle s'était formée à partir des cailloux de lestage que les bateaux emportaient avec eux lorsqu'ils n'avaient pas de marchandises. Puis, pour entrer dans la rivière, ils vidaient ce chargement à tribord pour ensuite se remplir de denrées diverses et repartir en mer.

En s'éloignant du village vers le nord, une impression de marcher sur un tas de pierres gigantesque, un sol complètement désarticulé où se mélangent des pierre blanches plates de toutes tailles, stabilisées par endroit par des lichens ou des mousses ou graminées. Un champ de lauses pour une région maintenant sans constructions de pierres. Ces pierres plates si bien clivées me donnent envie de construire une borie là, maintenant, tout de suite. Le cimetière est installé dans ce tas de pierres un peu au-dessus du village. Seul ce coteau est encore couvert de glace. Croix et caïrns en forme d'humains appelés Inuksuk dominent le village. Les croix sont en bois alors que c'est une région sans arbres, les Inuksuk sont en lauses.

Plus au nord, traversées de marais et de mousses épaisses, plus elles sont rouges plus elles sont humides. Des pierres rondes sont disposées là, comme si elles avaient été lancées de haut. Les grosses semblent rester à la surface, les petites s'enfoncer et s'effacer sous le sol spongieux. Les pierres sont rouges, marron, certaines sont coupées en deux, en tranches.

Sols d'Igloolik

Cela me fait penser au "délestage" qui était une île constituée de roches très différentes à l'embouchure de la rivière de Pont l'Abbé en Bretagne.
Tu parles au passé, cette île n'existe plus ?

Près de Palekastro, à l'est de la Crète, se trouve le site abandonné (les fouilles ont été interrompues faute d'argent) de Roussolakos - des pierres, la mer, des sacs en plastiques volant au vent, des oliviers - certains disent que c'était le plus grand palais après Cnossos, mais beaucoup plus dévasté à cause de la proximité de la mer. Que se passait-il sur les sols arctiques quand, il y a à peu près 3700 ans, un mystérieux cataclysme mit par terre tout ces premiers palais ?

Sols d'Igloolik

En passant par le château d'Oiron pour visiter son étonnant cabinet de curiosités, je me suis longuement attardée devant une installation de Gloria Friedmann qui me revient en mémoire en observant ces amoncellements de pierres plates....un memento mori contemporain.

Gloria Friedmann La vanité des bâtisseurs
Gloria Friedmann, La vanité des bâtisseurs, 1993
Installation avec un disque de terre (diam. 260 cm), un tas d'os (120 X150 cm), un tas de pierres (130 x 150 cm)
Coll. FNAC, Inv. FNAC:94058

"Devant un grand tondo de terre représentant la planète deux tumulus: l'un de pierre pour les infatigables bâtisseurs, l'autre d'os pour ce qui subsiste après la mort. Son oeuvre est une réflexion sans cesse renouvelée sur la nature et sur les relations en constante évolution que l'homme noue avec elle. Son spectre s'étend du combat écologique à la prise en compte des mutations les plus artificielles de la société industrielle." Le château d'Oiron et son cabinet de curiosités, centre des monuments nationaux/Éditions du patrimoine 2000, p.214

Ciels vus du sol

En regardant là-haut depuis ma chaise longue citadine du déjeuner, je me suis demandé si j'étais encore plongée dans la consultation des pièces jointes aux mails IGLOOLIK.

Comme la réponse semble être non, je vous adresse ces captures d'écran de la toute dernière version de GOOGLE SKY (low tech version).

3 ciels

La gazette

"les bourses chutent, les bons du Trésor Américain, étalon sur lequel s'échelonnent les valeurs des dettes souveraines, se déprécient, Londres craint une troisième nuit d'émeute dans le quartier de Tottenham , la troïka de la finance (FMI, Commission européenne et Banque Européenne) prend la tutelle de la gouvernance grecque pour les trente années à venir, afin de garantir le remboursement de ses prêts, la production du Round Up de Monsanto dont la toxicité entraîne malformations fœtales et dégénérescence cellulaires, ce que viennent de confirmer plusieurs études épidémiologiques indépendantes, a été autorisée à être poursuivie en Europe jusqu'en 2030 avant sa ré-évaluation et sans limitation en Amérique du Sud, le tourisme religieux de la communauté catholique d'Emmanuel attire des milliers de nouveaux visiteurs…"
Harangue publicitaire pour un nouveau film d'anticipation à scénario de fin du monde?…litanie harassante de désastres des 20 dernières années …non, les titres du journal Le Monde daté du 9 août 2011… une journée ordinaire…
ah, un titre oublié, le gouvernement français lance une nouvelle offensive contre les fraudes sociales, c'est à dire les escrocs bénéficiaires des minima sociaux qui déclarent vivre seul quand ils sont deux ou encore les arrêts de travail injustifiés…
lectures de la "gazette"
il y a dans le dernier mail de CR soit une étourderie de frappe soit un jeu de mots lourd de sens politique…"Les stations spatiales doivent probablement raisonner" mais raisonner à quoi... à l'ailleurs?

Des blancs

« Blanche sur fond blanc, comme une silhouette-trace étrangère qui atteint la limite de l’invisible, dans l’instantané d’un faux paradoxe. Reste que le lieu blanc n’est peut-être que le paysage poncif que mon regard non documenté imagine d’ici. » (11/08/03/TU07h23-RQ- D'AIME CESAIRE A CATHERINE RANNOU)

« Le sol le plus familier est pour moi d'une façon surprenante la mer, le dessus de l'eau. Où en recadrant mon regard sur une partie de l'océan, en observant les petites vaguelettes, les risées à la surface de l'eau je peux me retrouver dans la baie de Morlaix, dans l'océan Austral ou ailleurs. Je ressens la mer comme un matériau universel qui donne l'impression d'être familier. La terre finalement m'est plus étrangère. Mais la mer est elle un sol? Est ce une question de vue en coupe? » (11/08/07/TU22H26-CR- SOLS D'IGLOOLIK)

Il n’y a pas que du blanc au Nord, il n’y en a finalement pas tant que ça, à part la grand tache du Groenland, notre continent arctique à nous. Au Sud, par contre...
Mais surtout il y a plusieurs « blancs », des textures diverses, mousseuses, plissées, ridées, qui me font penser à la sensualité des blancs en neige, des meringues, des draps froissés, mais aussi à la neige et à la glace vues de près. Fascination pour ces textures qui annihilent la notion d’échelle (rappel: le titre des images indique la longitude et la taille du côté)...

9 blancs

Pas que du blanc

« Le rivage est formé de graviers, voir des cailloux mélangés de différentes couleurs et matières. (...) En s'éloignant du village vers le nord, une impression de marcher sur un tas de pierres gigantesque, un sol complètement désarticulé, où se mélangent des pierres blanches plates de toutes tailles, stabilisées par endroit par des lichens ou des mousse ou graminées. (...) Plus au nord, traversées de marais et de mousses épaisses, plus elles sont rouges plus elles sont humides. Des pierres rondes sont disposées là, comme si elles avaient été lancées de haut. Les grosses semblent rester à la surface, les petites s'enfoncer et s'effacer sous le sol spongieux. Les pierres sont rouges, marron, certaines sont coupées en deux, en tranches. » (11/08/07/TU22H26-CR- SOLS D'IGLOOLIK)

« Merci pour la vision des couleurs en réponse au blanc trop blanc du départ qui me glaçait un peu. » (11/08/04/TU08h55-RQ- ET LA TOUNDRA)

Il n’y a pas que du blanc le long du parallèle 69°22’32", il y a plein de textures et de couleurs, comme dans ces pierres dont Roger Caillois a décrit l’écriture, et qui nous troublent également par la confusion des échelles, la tentation d’y voir autre chose que ce qui est, mais aussi, sans chercher une quelconque ressemblance, peuvent nous fasciner comme des tableaux abstraits.

« En Chine, poètes et peintres identifiaient dans une pierre perforée une montagne, avec ses cimes, ses cascades, ses grottes, ses sentiers, ses abîmes. Des collectionneurs se ruinaient pour acquérir des cristaux dans la transparence desquels ils distinguaient des mousses, des herbes ou des branches avec leurs fleurs et leurs fruits. Sur des agates, on peut apercevoir un arbre, des arbres, des bosquets, une forêt, un paysage entier; ou sur un marbre, conjecturer une rivière avec des collines qui en bordent le cours; ou les éclairs et les nuées d’un orage, les neurones de la foudre et les grandes plumes du givre; ou un héros affrontant un dragon; ou une mer immense où s’enfuient des galères, comme celle que le Romain surprit dans les prunelles d’une reine d’Orient déjà décidée à le trahir. » (Roger Caillois, L’écriture des pierres, Champs-Flammarion, p. 12)

10 terres

Du silence radio à la bande son d'igloolik

Le 7 août, Catherine nous a prévenus de son silence radio du 10 au 20 août.

Les images envoyées par Marie-Pascale ont alors commencé à chanter dans mon regard posé sur elles. Chacune si différemment. Leurs textures diverses hier. Ce crissement des pas qui s'enfoncent dans la neige, les semelles qui claquent ou glissent sur la surface glacée des sols, ou simplement les pieds qui arpentent avec aisance ou difficulté, en fonction des espaces parcourus chaque heure.

Parfois tes mains t'aident peut-être un peu à saisir quelque chose plus loin, je ne sais pas.

Aujourd'hui à nouveau, les images de Marie-Pascale émettent un son particulier dans ton silence. La Chine et l'Orient font leur entrée dans cet ensemble. Nous les accueillons !

Couleurs, textures, plats cuisinés (omble chevalier encore frais dans nos mémoires gourmandes), faune et flore, vue, toucher, goût et odorat. Une chose me manque (jamais assez, n'est-ce pas...) : quelles sont les voix d'Igloolik, comment te parlent-elles ? Gutturales, stridentes, douces ou vives, légères et enfantines, adolescentes et fluctuantes, féminines/masculines, fortes ou discrètes... ?

Et comment travaille pour toi le sound designer de l'Arctique, quels sont les bruits émis par ces lieux le temps de ta présence ? Décris-nous cette bande son selon ta manière, s'il te plaît, en strates, en vertige maîtrisé.

Entends-tu quelques chants ? Des musiques ? Locales, importées ? Résistances ou mélanges créatifs ? Les corps se mettent-ils à danser ?

Les mélodies sont-elles des matériaux recyclables l'été...

Si tu as un instant encore, dis-nous enfin la texture, le goût et la couleur des silences arctiques.

La bande son d'Igloolik a, j'ai envie de le croire, quelque chose à raconter de toi et ton travail dans ces moments lointains.

merci

Sols d'Igloolik

Mes pas à l'aéroport font résonner les structures métalliques des pilotis, des grilles des coursives extérieures. Bruit familier de toute base ou station hors sol. Les stations spatiales doivent probablement raisonner aussi de cette façon.

Dans son roman "Je n'ai pas dansé depuis longtemps" (Belfond, 2010), Hugo Boris raconte la vie et le parcours d'un cosmonaute soviétique parti pour une mission de longue durée dans la station spatiale et qui doit y rester encore plus longtemps que prévu pour cause d'effondrement de l'Union Soviétique. Ce roman est librement adapté des conditions de vie réelle de divers cosmonautes russes.
A un moment, dans le livre, le cosmonaute se "propulse" de chaque côté de la cloison d'un des modules de la station, heurte les parois de manière rythmique et répétée, entraînant une résonnance qui pourrait, peut-être, la disloquer.
Peut-on ainsi disloquer un aéroport ou tout autre bâtiment hors sol comme le dit Catherine ? Cela aurait-il le même effet mortifère ?

Pas que du blanc

Dubuffet : l'âme du sous-soul

En route vers…

"...On décèle à l'oreille avec surprise, en montant vers le nord, quelque part au-delà de Söederhamm sur la côte de Bothnie, quelque part après Hänefoss en gravissant les vidda de Hardanger, un certain passage de ligne non plus climatique mais auditif: celui où le bruit discontinu et dilué de la vie qui se raréfie ne refoule plus l'émergence fondamentale: le silence premier, à la fois compact, porteur et nourricier  qui ressurgit et fait surface comme d'un grand fond, aussi concrètement audible que le tic tac de la pendule dans la pièce qui s'assoupit. " (Julien Gracq, Lettrines 2.)

 
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Plus précis et moins poétique que Google Earth

Depuis deux jours en attendant que la météo se stabilise, je commence le travail de recensement des déchets dans la décharge.
Il est surprenant de voir combien la notion de tri ou de réutilisation des déchets modernes n'est pas dans les habitudes contemporaines des inuit. Alors que dans leur culture ancestrale tout est récupéré, transformé, chaque os, chaque peau d'animal a une fonction particulière, aucune partie des animaux chassés n'est gaspillée. Chaque plante est utilisée pour quelque chose de particulier, a son histoire poétique et ses prolongements chamaniques.
Comme si aucun attachement n'était possible avec les objets créés par les blancs, aucun entretien, juste les utiliser et les jeter. Ils prennent soin de leurs traineaux de bois, pour qu'ils durent le plus longtemps possible mais pas des skydoos, (scooter des neiges) qui au bout de deux ans, sont difficilement utilisables et réparables.

Plus précis et moins poétique que Google Earth

Il s'agit toutefois d'une poésie contemporaine de la ruine... À l'échelle planétaire comme tant d'autres paysages pathétiques gangrénés par un consumérisme sans borne; l'homme vomit en flot continu les restes des produits dont il se gave et ce pour ne pas perdre une miette de cette jouissance matérielle et immédiate qui déjoue l'ennui....du confort moderne.

"Il est surprenant de voir combien la notion de tri ou de réutilisation de déchets modernes n'est pas dans les habitudes contemporaines des inuit. Alors que dans leur culture ancestrale tout est récupéré, transformé, chaque os, chaque peau d'animal a une fonction particulière aucune partie des animaux chassés n'est gaspillé. "

La faim , le froid ont naturellement développé les activités de chasse et de pêche et pour survivre ne rien perdre de ce qu'offre la terre. Seule l'idée de manque dynamisait ces activités ancestrales. Aujourd'hui le manque est une notion de trop..et l'atavisme occidental l'a troqué pour une culture de l'excès.... L'hybridation de ces deux modes culturels ne suffirait-elle pas à définir la mondialisation?

Plus précis et moins poétique que Google Earth

Oui, c'est vraiment un phénomène digestif, il y a ce que l'organisme assimile, transforme. Et puis ce qu'on recrache, ce qu'on vomit parce qu'on ne peut rien en faire, c'est plus fort que nous. Je pense à Pinocchio et à l'intérieur du ventre de la baleine, à Leviathan... Je ne crois pas que dans la Bible il soit dit ce qu'il y a à l'intérieur du Leviathan..

Epaves

Parmi les « déchets », il y a les épaves…
« Epave n. f. (du lat. expavidus, épouvanté). 1. Navire, marchandise, objet abandonné à la mer ou rejeté sur le rivage. 2. Chose dont on ne connaît pas le propriétaire. 3. Voiture accidentée irréparable ou vieille voiture hors d’usage. 4. Fig. Personne qui, à la suite de malheurs, de revers, est tombée dans un état extrême de misère ou de laisser-aller. » (Petit Larousse Illustré, 2002)

Relativité du statut d’épave
J’ai voyagé en Afrique autrefois dans des voitures, des cars qui auraient été chez nous des « épaves » (et qui d’ailleurs seraient interdits de circulation), mais qui étaient réparés et re-réparés et qui roulaient, surchargés, sans garantie d’arriver à bon port mais qui roulaient, vaille que vaille..

Relativité des usages concernant les épaves
On peut étendre la notion d’épave aux meubles, appareils électroménagers, etc., « irréparables ou hors d’usage ». Nos autorités les appellent (dans un jargon dont on notera la précision...) déchets « encombrants » ou « volumineux »... Il y a sur les camions de collecte des déchets de Rennes une photo qui montre un canapé un peu fatigué dans la rue, avec le titre « Banc public? ». Ayant juste aperçu cette affiche, je me dis, eh bien oui, bonne idée, ce serait chouette d’avoir ça dans les rues, mieux que le « mobilier urbain » dessiné si habilement pour empêcher les SDF de s’y installer qui n’est confortable pour personne... Mais non bien sûr, c’est pour rappeler qu’il est interdit de déposer des « déchets volumineux » sur la voie publique, sous peine d’une amende de 185 euros, que l’on est prié d’aller déposer ses « déchets volumineux » à la « déchèterie » ad hoc (ce qui suppose d’avoir un véhicule de taille suffisante, des bras de déménageurs et de la patience pour la file d’attente à l’entrée de la dite déchèterie... Oui je sais, il y a Emmaüs aussi!). A Montréal (du moins il y a trente ans c’était le cas), on peut déposer les meubles ou appareils dont on ne veut plus sur le trottoir et se sert qui veut (mon ami à son retour à Montréal à l’époque s’est entièrement équipé ainsi, ce qui correspondait à son budget...).

banc public

Epaves

Peut-être que je débarque et que vous connaissez ça par coeur mais je viens de lire l'intéressant article de wikipedia sur la "rudologie", (de rusus = décombres et logos = discours : science des déchets et de façon plus large Etude des Déchets, des Rejets et des Marges de tout système technique , économique et social) - concept mis au point par le géographe Jean Gouhier en 1985. Ce qui m'y a amené est cette lecture et un autre texte intéressant publié par Jérémie Cavé dans Le Tigre du 10-23 avril 2010, sur les décharges de Coimbatore en Inde. Ces documents ont accessibles sur internet mais si vous voulez des résumés, dites-le !