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Atlas narratif

A l'aéroport Terry m'offre un cd d'un groupe Groenlandais. Il part demain aussi pour le sud. Il accompagne sa femme qui a obtenu une bourse d'étude à l'université d'Ottawa. Elle est déjà partie... Il revient de plusieurs jours de chasse et de pêche et appréhende la vie là bas. Annie est enceinte mais cela ne se voit pas encore, Guillaume a encore sa barbe de bûcheron pour son spectacle qu'il doit faire dans deux semaines, ensuite il rasera tout. Quelques inuit sont là attendant le débarquement du prochain avion. Des chiens de traîneaux sont mis en cage pour voyager dans la soute. Coup d'oeil complice à propos de l'omble arctique congelé de 3kg que j'ai dans mon sac à dos. Puis escale à Hall Beach et à Iqaluit. Je n'arriverai pas à rencontrer le fonctionnaire du ministère de l'environnement au sujet de la mine de Mary River, les horaires étant trop limités. J'aurai juste le temps d'aller au supermarché, acheter l'atlas du Nunavut. Il représente les territoires négociés par les Inuit avec le gouvernement canadien. C'est avant tout le témoignage d'un travail collectif, unique au monde, de communautés. Un collectage par voix orale principalement des lieux de chasses, parcours des animaux afin de dresser une carte des territoires à négocier avec le Canada. Cette carte sera adoptée en décembre 1991. C'est une sorte de mise à plat d'histoires de chasses, de dangers, de ressources en mouvement, de lieux. Ces cartes  sont accompagnées de notices qui apportent des précisions au niveau de la faune, de la flore puis quelques photos témoignent de ces réunions et conversations effectuées dans les communautés.

Nunavut Atlas Published by the Canadian Circumpolar Insitute and the Tungavik Federation of Nunavut edited by Rick  Riewe 1992  ISBN 0-919058-80-9

 
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Désert et mémoire

Je trouve aussi dans ce supermarché le livre de Béatrice Collignon traduit en Inuktitut "Les Inuit. Ce qu'ils savent du territoire". Le travail de cette géographe et chercheuse au laboratoire EHGO (CNRS) spécialiste de l'arctique canadien, a guidé une bonne partie de cette correspondance et la clôturera.

Elle écrit:

"La perception de l'espace a jusqu'ici été analysée sur un plan "horizontal" qui rend compte d'un espace parcouru. Pourtant il faut aussi considérer le plan "vertical", celui de l'enracinement dans le territoire. La perception se nourrit ici de la tradition orale qui en tant que mémoire du groupe, ancre points, lignes et surfaces dans une histoire.

Sur ce plan "vertical", le territoire n'est plus appréhendé globalement mais localement, par les éléments qui composent chaque paysage. Ce sont donc les points qui sont ici privilégiés. Sous l'effet de récits leur perception se modifie: ce ne sont plus des falaises et des lacs qui sont vus mais la falaise ou tel parent se cassa la clavicule, le lac ou tel autre perdit son couteau, le cadavre d'Uvayuq, si évident que l'on peut encore compter les côtes du malheureux. D'un désert où seule la topographie peut donner des points de repères, on passe, grâce à la mémoire, à un lieu humanisé."