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Our land : Nunavut

"I would prefer not to"

une référence à Herman, Melville ?
A propos, j'ai vu le film Habemus Papam de Nani Moretti, sujet de crise au Vatican puisque le Pape élu ne veut pas (ne peut pas) remplir ses fonctions.
Il se trouve que le pape élu s'appelle… Melville !
Serait-ce une référence au personnage Bartleby dont la litanie pour échapper à la réalité et à ses contraintes est : I would prefer not to - je préfèrerais ne pas (une des traductions possibles). Impossible de ne pas penser à Jérôme et Catherine lorsque j'ai fait ce rapprochement sémantique puisque ce sont eux qui m'ont fait découvrir - et adhérer - à ce cher Bartleby.
Sans doute la terre de Melville fait-elle plus particulièrement référence au cétacé blanc qui l'a rendu connu…
Would you prefer not to ?

 
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Architectures d'aéroport

Le minimum nécessaire: stocker, laver les vitres de l'avion ou de la tour de contrôle, faire le plein, enregistrer les bagages, embarquer les passagers, communiquer avec le monde.

 
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Une montagne de BMW

Un chasseur entre dans la cabane, il s'installe devant l'ordinateur et me propose de regarder avec lui quelque chose sur internet. C'est Google Earth, outil indispensable pour discuter ensemble des lieux de chasse, de camps d'été etc... il tape quelque chose et zoome depuis l'espace sur une montagne au nord de Igloolik.

"Tu vois ça, dans quelques années çà n'existe plus et tu sais où ça va? Directement en Europe. Pour construire des BMW". Je raccourcis les propos du chasseur qui n'étaient sûrement pas aussi directs que cela et qui étaient émaillés de plus de détails, de descriptions et de méandres pour arriver à cette conclusion. Non seulement il y a les questions de réchauffement climatique mais en plus l'arctique fournit les matières premières de ce réchauffement....Je le savais évidemment mais d'avoir des exemples concrets comme cela aussi convaincants, c'est autre chose.

Effectivement les journaux rapportent que le jour où le PDG d'Arcelor Mittal est arrivé sur le site de Mary River, il se serait exclamé que, lui, c'était une montagne de BMW qu'il voyait en regardant ce paysage arctique. Au moins c'était clair. Le taux de fer contenu dans le sol est quasi de 65% ce qui est très rare. Ensuite c'est une succession de dossiers de demandes d'exploitation, de dossiers d'impacts sur l'environnement, la flore, la faune... Tonnes de dossiers procéduriers et malins qui ne peuvent être refusés car ils savent comment administrativement répondre aux règles imposées.

De longues négociations se sont déroulées avec l'association des chasseurs de Igloolik, dont un des principaux acteurs était là à m'expliquer les problèmes qu'il avait rencontrés.

Le projet de cette mine est non seulement de construire un village pour les mineurs mais également d'exporter évidemment les minerais extraits. Des rails sur 150 km, 24 ponts, 8 brises-glace à double coque sont déjà en construction afin d'exporter directement le minerai extrait vers l'Europe. Huit jours de mer, traversée de l'atlantique et hop... retraversée de l'atlantique, rechargement, retraversée etc... sorte de chaîne à l'échelle d'un océan, 12 mois de l'année. 21 millions de tonnes de minerai par an , pendant plus de vingt ans...

La question précise, soulevée par les chasseurs, est le trajet de ces brise-glaces. Un brise-glace tous les 43 heures. La glace n'a pas le temps de se reformer et de permettre aux chasseurs comme au gibier de circuler librement. C'est à dire que cela réduit les territoires des inuit l'hiver.  Et cela modifie les trajets du gibier.  La négociation a été d'éloigner le plus possible le trajet des brises-glaces du village mais ce n'est qu'une mesure minime quant aux dommages causés.

L'argument de Arcelor Mittal est social également: dire qu'il y création d'emplois pour ces populations désœuvrées. Le chantier tout d'abord de construction (trois à quatre ans) puis le travail dans la mine. Les faire participer à la destruction de leur territoire...Le cynisme va jusqu'à demander aux inuit de chasser les ours polaires autour de la cité de chantier afin de protéger les ouvriers des attaques.

J'ai un contact avec un fonctionnaire canadien qui analyse ces dossiers. Il est désespéré de ces procédures qui contournent habilement les obstacles et qui font que les choses se feront tout de même. A coup d'usure, de dossiers "environnementaux" qui n'en ont que le titre, de consensus.

Des mesures tellement minimes par rapport aux dommages futurs, au delà même des questions locales. Mais le Canada semble impuissant face à ces initiatives privées. La montagne semble être en territoire inuit et dans un des rares territoires dont les ressources sont exploitables directement par les inuit et non par le Canada.

Tout cela me ramène au cruel  roman du français Philippe Vasset: "Journal intime d'une prédatrice"

"L'Arctique est la terre promise d'un capitalisme exsangue.  Notre mission est historique: de son succès ou de son échec dépend le sort de millions de gens. L'économie mondiale s'essouffle  faute de ressources. (Pointant le doigt vers le fond de la mine) Or les réserves sont là, à portée de main! Pour le moment nous ne sommes qu'une poignée d'initiés à avoir compris cette vérité fondamentale. Notre devoir est de desiller les yeux du monde et de lui montrer que l'enfer glacé qu'on lui a appris à craindre est en réalité une terre d'abondance. Longtemps fermé aux hommes, le sésame de ce vaste coffre-fort s'ouvre devant nous: l'opportunité est historique! Il faut être à la hauteur de l'événement ! L'humanité doit préparer son transfert vers le septentrion!"