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Inuit joke

"Terry, pourquoi les inuit utilisent les jumelles verticalement?"
Réponse de Terry: "Parce que les blancs l'utilisent horizontalement"

Inuit joke

Pour ma part, n'ayant jamais réussi à y voir grand chose avec les deux yeux mal calés dans les yeux des jumelles, j'adopterai désormais la méthode de Terry et je le remercie de cette solution à laquelle je n'avais jamais pensé !

 
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Main street

Perspective que j'aime particulièrement avec le détail des fondations des poteaux électriques en bois (importés), le permafrost est tellement proche de la surface du sol qu'il est difficile de creuser. Ce sont ces cerclages d'acier galvanisé remplis de pierre et cailloux qui assurent efficacement ces fondations hors sol.

 
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In arctic follow the flow

Après cette semaine passée autour des contradictions entre économie du sud et du nord, une dernière discussion passionnante a eu lieu avant notre départ.

La question du travail. Qu'est ce que la régularité du travail représente pour un inuit? Les changements météorologiques incessants, la mobilité du gibier font partie intégrante de sa conception spatiale et temporelle. Vivre au jour le jour est la règle de vie principale d'un inuit.

En effet Moussa, gérant d'origine sénégalaise de la COOP (les problèmes liés à la colonisation il en a lui même souffert) m'expliquait comme il était difficile de faire des plannings et d'organiser le travail alors que certains matins la moitié du personnel manque sans prévenir. La plupart sont partis à la chasse ou à la pêche. On comprendra, détaché de toute question de gestion et de rentabilité économique, combien il est plus intéressant d'aller chasser sur le "land" que de remplir de conserves de poulet les rayons de la COOP.

Guillaume également m'explique comment il y a 6 ans, lorsqu'il est venu s'installer définitivement à Igloolik, il imposait aux membres de la troupe d'Artcirq, composée exclusivement d'artistes inuit, de venir à chaque répétition. Si quelqu'un manquait, on allait le chercher, pour qu'il ait conscience que sans lui rien ne pouvait se faire.
Guillaume a fait cela 6 mois, cela lui a pris une énergie énorme et décourageante. Un jour un de ses amis qui avait vécu une quinzaine d'année ici, voyant ses difficultés, lui lâche "follow the flow", "s'ils vont à la pêche va à la pêche, s'ils vont ramasser des bleuets, va aux bleuets et si toi tu veux chasser, va chasser". Guillaume depuis adopte ce mode de vie et l'entraînement se passe bien, les spectacles font le tour du monde aussi et finalement rend la relation de ces artistes avec leur terre encore plus forte et aucun ne souhaite quitter Igloolik.

Alors comment imaginer un mode de vie et de travail qui accepterait certaines manières de vivre du sud et d'autres du nord? Quelle micro-économie est à inventer ou peut être existe-t-elle déjà qui accepte l'imprévu météorologique, l'absence d'enrichissement matériel, le partage, le troc, l'auto construction technologique et architecturale, l'ouverture sur le monde, internet et le plaisir d'arpenter un territoire et d'y trouver la majeure partie des ses ressources?

C'est le projet que nous essayons de construire à Igloolik, à l'inititative du maire du village d'Igloolik et de ses habitants, des membres de Arctic Polar Initiativ et d'Artcirq.

Je retrouve aussi dans le livre de la géographe Béatrice Collignon  "Les Inuit. Ce qu'ils savent du territoire" cette phrase qui résume assez bien la situation:

"L'apparition de chômeurs est en soi une révolution culturelle dans une société où il y a encore vingt ans personne n'avait d'emploi mais tout le monde avait une activité."

In arctic follow the flow

Kafka, dans son Journal, janvier 1914: "Pourquoi les Tchouktches ne quittent-ils pas leur terrible pays, en comparaison de leur vie actuelle et de leurs désirs actuels, ils vivraient mieux partout ailleurs. Mais ils ne le peuvent pas ; car tout ce qui est possible arrive ; seul est possible ce qui arrive."

"Combien de fois les vagues sont passées par-dessus mon toit: oui, par dessus-mon toit !" dit une femme de Ouelen interviewée par une journaliste d'Arte

 
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Mes arpentages à Igloolik

De la cabane à la coopérative, à la décharge, à la mairie, au brise lame, chez des amis, à l'aéroport, chez la couturière, le sculpteur, le chasseur,  à la salle des fêtes, à l'école...

 
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Archi sacré

La réponse de mon cousin philosophe:

Chère Catherine,

 Merci pour ta longue réponse. Oui je connais les écrits de Le Corbusier et ce qui s’est fait en architecture d’églises : Ronchamp, Audincourt, Assy, Firminy etc. C’est une question qui m’intéresse depuis longtemps : comment se forme un espace sacré (qui n’est pas nécessairement chrétien, ni même religieux).  Il y a des textes importants d’Eliade sur la question. L’anecdote que tu racontes  est à la fois amusante et profonde. Amusante car elle en dit long sur les préjugés de chaque partie et aussi sur l’inculture, hélas assez fréquente chez les scientifiques. Entre superstition et colonialisme la question du sacré ne peut pas se poser !  En outre il y a autant de violence à vouloir rendre cet espace chrétien qu’à vouloir le définir comme athée. Dans les deux cas c’est une appropriation abusive à partir d’une idéologie particulière.

 Cela dit elle pose le problème effectivement de l’espace sacré pour un chrétien : d’un côté le christianisme s’est beaucoup libéré des espaces matériels bien délimités et dès que deux chrétiens se rencontrent il y a espace sacré, il y a église au sens fort du terme. De ce fait une cantine, une arrière-cour, etc., peuvent devenir le lieu d’une écoute et d’un échange de la parole de Dieu. D’un autre côté une pensée de l’incarnation comme le christianisme insiste également sur la nécessité que certains lieux puissent devenir des signes visibles de cette communion des personnes. Il n’est plus question cependant de construire des chapelles romanes, des cathédrales gothiques ou encore un Sacré Chœur (affreux).

En fait il y a deux questions, ce qui complique l’affaire :

1.       Quel bâtiment peut devenir aujourd’hui un signe visible de l’église comme corps du Christ ?  Chaque époque doit trouver ses propres possibilités d’expression.  Sauf délire particulier relevant plus du politique que de la religion,  notre époque semble revenir à des choses plus simples et il serait intéressant de savoir ce qui peut s’accorder à la fois à Dieu et à ces grandes étendues glaciaires. Il s’agit d’accorder Dieu, hommes et monde. Rien n’interdit les containers, ni les déchets d’une station. C’est justement une époque intéressante parce qu’elle est celle d’une déchristianisation massive, au moins en Europe, et cela conditionne et l’expression de la foi (qui devient discrète voire cachée) et la création. As-tu vu ce que les Clarisses ont fait à Ronchamp ?

2.       Il y a la question de l’art comme pouvoir de rendre visible l’invisible sans le dénaturer, donc en lui laissant sa dimension d’invisible.  On est souvent pris dans l’alternative accablante : soit de bons artistes non chrétiens, soit de mauvais artistes chrétiens. La question est donc de savoir comment un artiste pourrait aujourd’hui participer en architecture à la constitution d’un espace de prière, comment il peut ouvrir cet espace de prière aux croyants.

A bientôt j’espère.

Bises  manou