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Objet de décharge inconnu 1/3

photo 1: le jeu consiste à faire passer le plus vite possible un des anneaux de l'autre côté. Ce jeu se pratique en tenant d'une main le bois de caribou et de l'autre l'anneau et les fils.
Marina qui est passée à la maison puis Terry ont retrouvé facilement comment faisaient leurs grands parents et m'ont prouvé que c'était possible mais comment, c'est un secret à découvrir soi-même.

Objet de décharge inconnu / mon curriculum vitae par les décharges

Quand j'étais enfant, vers dix ans, vers 1971, avec ma meilleure copine, certains dimanches après-midi, on disait aux parents qu'on allait se promener et on allait jouer à la décharge municipale - sur la route de la Ville février. Ca nous paraissait très grand, c'était un terrain vallonné, ça fumait par endroits, on étaient seules, pétarades de mobylettes au loin et on se fabriquait, je crois qu'on appelait ça des habitats, avec des ustensiles récupérés, des vieilles cafetières en fer blanc, des couverts et des casseroles cabossées en fer blanc aussi. On faisait des mosaïques avec des bouts de vaisselle. On jouait des heures, on n'avait pas encore de montres, on partait quand on avait l'impression d'être là depuis très longtemps, il y avait des rats, parfois on avait peur, on n'a jamais rien dit aux parents.

A la même époque, j'accompagne souvent mon père à Rennes. Avant d'arriver en ville, on s'arrête longtemps sur la route de Lorient, chez le chiffonnier. C'est immense. Il y a toujours des remorques et des camionnettes qui arrivent et qui partent avec des matériaux triés. Mon père a rempli le coffre de son grand break avec les cartons d'emballages de la pharmacie mis à plats. Il repart chargé d'autres choses, des tiges de métal, des trucs pour sa pisciculture. Un monde d'hommes. Le chiffonnier est un copain de chasse de mon père, il s'est tellement enrichi qu'il a pu s'acheter un château. Il n'en finissent pas de parler, souvent je reste dans la voiture, je lis. De temps en temps je lève les yeux sur ces matériaux entassés dehors, sous des hangars, des employés s'activent, tintements, heurts, ça ne me dit pas grand chose.

Plus tard, toujours à Rennes, à la fin des années soixante-dix, je suis amoureuse d'un garçon qui aime qu'on s'embrasse sur les poubelles, au milieu des poubelles, contre les poubelles. A l'époque les poubelles sont rondes, débordantes, avec des couvercles qui ne tiennent pas – dans le vieux Rennes, pas loin de la cathédrale, à l'angle d'une rue qui redescend vers les quais.

Rennes toujours. On commence à avoir nos appartements. J'ai une copine qui a un appart aux Horizons, elle se meuble uniquement avec les choses qu'elle trouve dans la rue les soirs de ramassage des encombrants. Des étagères, des lampes, des canapés, des fauteuils, en veux-tu en voilà. Quelques années plus tard, à Paris, mêmes quêtes, trouvailles extraordinaires dans les poubelles du seizième arrondissement.

A Pont-Croix, où je vis maintenant, la déchetterie est un des endroits les plus vivants du village. Si on s'ennuie certains après-midi d'hiver, il faut aller y faire un tour. Les employés municipaux qui s'en occupent sont joviaux, ils connaissent tout le monde. On a besoin de leurs lumières pour trier. Et si on cherche quelque chose on peut dire. Bien sûr ça a changé: quand je suis arrivée, il y a quinze ans, tout le monde descendait dans les fosses et les gens se servaient eux-mêmes. Maria Kerisit, qui était une vraie décoratrice, peut-être certains d'entre vous l'ont-ils connue, n'avait meublé sa maison de la rue Chère qu'avec des bois flottés et des choses qu'elle trouvait à la déchetterie, repeignait, transformait. C'est fini cette période, on n'a plus le droit de se servir mais quand il le faut, avec les gars de la déchetterie, surtout celui qui s'appelle Dante, on peut s'arranger.

 
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