- CR

Relevé

croquis de relevé de la décharge d'Igloolik 2011

Comment le papier blanc, le feutre noir et le texte descriptif enlèvent le côté spectaculaire, voire dramatiquement photogénique d'un lieu?

Relevé et représentation

tu fais voir comment le croquis voit mieux que la photo et invente déjà la distance à ce qu'on voit…
Tout ce que la représentation a habituellement de redondant et de répétitif est ici légèrement illustré : tu écris ta vision du paysage et, ce faisant tu travailles! Pour "dire" la même chose que toi, Deleuze (dans Différence et Répétition ) avait besoin de plus que de deux pages!!

faudra que tu viennes en causer aux étudiants de géo!

je t'embrasse

…enfin, ça bricole…

J’avais mis de côté pour les relire trois articles de journaux que je ne pensais pas, à priori, réunir en un seul commentaire, même s’il y est question pour deux d’entre eux de technique et pour le troisième d’architecture.
Le premier (art. Libération du 17/8/11), en cahier d’été et de promenade, recommande la visite de la « Citta Idéale » de Piezza en Toscane, édifiée par Pie II suivant les préceptes et théories de Léon Battista Alberti…un manifeste construit. Une composition spatiale –une représentation donc- d’un cadre d’utopie c'est-à-dire un discours mis en pierres. Un discours qui place la raison humaniste et une ambition politique celle du Prince de Machiavel fédérateur de l’unité italienne, au centre du pavement de la place principale de Piezza dans un savant jeu d’ordonnancement des ombres, orchestrées par l’architecte, Bernardo Rossellino.
Le second article est publié par le journal Le Monde (du 13/8) et fait part de la mise au point d’une application médicale, des circuits électroniques pris en sandwich dans un film plastique adhérant à la peau à la manière d’une décalcomanie, capables de recueillir et restituer numériquement l’ensemble des paramètres biologiques et électriques d’un sujet humain…une prouesse des techno-sciences comportementalistes anglo-saxonnes lesquelles assimilent le corps et ses manifestations à un ensemble machinique combien même complexe mais toujours fonctionnellement raisonnable.
Le troisième un article (27&28/8) de Libération encore (je n’en fais pas la pub mais ici dans le village c’est Le Télégramme toujours dispo, un exemplaire du Monde ou si vous arrivez trop tard de Libé…) qui titre qu’au Pays du Méné (Cotes d’Armor) 23% des besoins énergétiques sont satisfaits en totale autonomie au moyen entre autres de chaudières à bois collectives, de la méthanisation des lisiers pour produire de l’électricité, de huileries de colza pour l’alimentation du bétail…et l’ensemble de ces moyens de production sont aux mains des agriculteurs producteurs organisés en coopératives.

Hé bien, l’un exemplifie et historicise un discours de la raison humaniste (XVès.) lequel dans une singulière « redistribution des rôles » remplace Dieu par l’homme sécularisé dont la puissance que lui confère la spéciation des outils techniques et politiques, impose au monde l’angle droit…et d’un.
Le second qui s’emboîte au précèdent et qui fait l’actualité de notre contemporain, c’est la continuelle mise au point de notre futur cyborg soit de la machinerie couplée au vivant…de l’antibiotique à l’homme de fer !...deux illustrations d’un même mouvement messianique de la raison mathématique aspirant à l’infini...(lapidaire raccourci en coq à l’âne, Leibniz et Hegel en solution des noirs du mot croisé…).
Le troisième, d’article, rend compte d’un bricolage savant lequel au sein d’une culture populaire laquelle se réapproprie ses moyens de production, sait faire fructifier du « déjà là » fut-il de rebut et de déjections (le lisier)….ça a bien à voir avec le bricolage –sans le discrédit qui s’attache au vocable- si on entend la notion comme la réplication de modèles existants (modèles fournis par l’industrie et la série) détournés en exemplaires uniques détachés d’un échange monétisé. Le bricolage est toujours d’abord un échange symbolique (il faut un destinataire au bricolage) qui échappe à l’échange marchand régulé législativement….S’il n’y a pas sortie à proprement parler, chez les agriculteurs du Pays du Méné de l’échange monétisé, il y a l’annonce d’une autonomie par rapport à la régulation et distribution centralisées de l’énergie et qui plus est avec les ressources locales…le bricolage lui aussi est par définition fortement localisé… …en trois articles, deux visions du futur fortement antagonistes (3=2 c’est une drôle arithmétique…) qui sont au centre du travail de CR à Igloolik…évidemment d’abord son travail sur les rebuts mais aussi ses patientes rencontres d’histoires particulières préalables nécessaires chez elle à toute construction, son approche fortement ethnographique du programme (au sens programme de l’architecte…) et sa réception particulière de l’indicible ou magique si on préfère, qu’elle s’efforce de donner à voir…
en somme une revendication pour un futur savamment bricolé qui pourrait tourner en rond (…après tout les grecs tournaient en rond et c’était pas les plus cons…) et contre la construction des églises même cartésiennes…elle y travaille semble-t-il…

Relevé

Relever c'est prendre la mesure de ce qui relève d'un évènement en utilisant des signes graphiques s'il s'agit d'un croquis. Quand l'appareil prend la relève de ce que notre oeil voit n'y-a-il pas lieu de lâcher prise?