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"Gens du sud"

prénoms usuels des marcheurs et chasseurs qui m'ont accompagnée en terre de Baffin. Qui est "du Sud", qui est Inuit?
Daisy, Jimmy, Ryley, Schelden, Jackie, Blake,Jude, Guillaume, Annie, Karina, Felix, Eliam, Janny, Joey, Bryana, Wesley, Nikita, Jessica, Damian, Simon, Tery, Tyson, Wayne.

Les prénoms de la génération précédente venaient de la bible, aujourd'hui ils viennent des séries américaines.
Chaque Inuit a également un prénom inuit mais qu'il n'emploie que très rarement.
Un bébé qui pleure beaucoup peut changer de nom une quinzaine de fois jusqu'à ce qu'il s'apaise. C'est l'âme d'un ancien qui cherche à se "réincarner" dans cet enfant.
C'est l'enfant inuit qui choisit son sexe, il peut être fille dans le ventre de sa mère et décider à la naissance d'être un garçon.

Voir le livre de Bernard SALADIN D’ANGLURE, Naître et renaître inuit, homme, femme ou chamane. Préface de Claude Lévi-Strauss. Paris, Gallimard, collection Le langage des contes, 2006, 429 p.
Guillaume qui m'accueille est le fils de cet ethnologue qui a travaillé principalement sur Igloolik. Il y a une dizaine d'années, Guillaume a choisi de s'installer définitivement à Igloolik dans l'ancienne cabane de son père. (voir photo du mail " j'habite ici", ou "qui alimente quoi?")

"Gens du sud"

Pendant ce temps-là je visitais le musée préhistorique du Grand-Pressigny, au sud de la Loire. Il faisait une chaleur de 42° (sauf à l'intérieur où c'était climatisé) et on était vers -100 000 avant notre ère à tous. Silex, silex, silex, silex... bifaces, poignards, lames, "livres de beurre" ... Aucune information sur les prénoms des gens qui ont taillé ça. (plus récemment, entre la fin du 5ème et la fin du 3ème millénaire, deux à trois millions de hâches en métadolérites ont été produites par ici, à Plussulien, dans les Côtes d'Armor par un certain Charles-Tanguy Le Roux - très solides, certaines sont encore en usage...)

 
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Le gros chantier d'Igloolik

Cet été l'église catholique s'agrandit. C'est le plus gros chantier en cours.
La maison de Guillaume a du être déplacée car elle se situait à l'arrière de l'ancienne église, entre la COOP et le supermarché Northern. La maisonnette a été tirée sur des traîneaux et installée vers la sortie du village, zone en pleine mutation. Les habitants ne sont pas propriétaires des terrains et la plupart du temps sont locataires de leurs logements.
Igloolik compte environ 1700 habitants et 4 religions différentes: catholique, anglicane, baptiste et adventiste. Trois bâtiments font office de lieu de culte, les adventistes se réunissant chez eux. Les catholiques ont été les premiers à s'installer à Igloolik avec un prêtre français, le frère Bazin en 1937. Actuellement les prêtres, les pasteurs sont inuit. Il y a de l'argent pour les églises mais pas à titre d'exemple, de lieux et de professionnels pour permettre aux femmes d'accoucher à Igloolik. Elles doivent se rendre un mois avant la date prévue à Iqualuit. Il y a peu de lieux pour des réunions collectives, en dehors des lieux de culte. Une salle est toujours en projet. Cela me fait penser à mon séjour à Sarajevo, juste après la guerre en 1996 où nous avions du mal à avoir l'eau courante et le chauffage pendant que des mosquées rutilantes se reconstruisaient rapidement à grands frais.

D'autre part la pratique de certaines de ces religions induit des habitudes alimentaires différentes en opposition avec les pratiques alimentaires traditionnelles. Le samedi, les adventistes ne peuvent travailler, ni partir à la chasse alors que c'est souvent le week end qui permet de partir plusieurs jours chasser, de trouver une alternative à la "junk food" des deux supermarchés. Ils ne peuvent manger de viande de phoque.

La contraception est proscrite. La plupart des jeunes inuit sont parents dès 16 ans. Hier Tyson, un inuit qui m'accompagnait était grand-père, il avait 33 ans, père de 4 enfants. A ce rythme je serais arrière grand-mère...

Les seuls athées du village sont ceux qui ont subi des humiliations enfants par les religieux. Les inuit commencent à parler et les intstitutions à s'en préoccuper. Ces adultes aujourd'hui refusent tout contact avec la religion.
Quant au chamanisme c'est un sujet plutôt tabou même si chacun sait qui serait chamane si la religion n'était pas présente.

Le gros chantier d'Igloolik

Illustrations tirées de l'ouvrage du père oblat Roger Buliard,(Mission du Christ - Roi sur la terre de Victoria ,1948), Inuk, Au dos de la terre, Éditions O.P.E.R.A., Paris,1972.

Missionnaire dans l'Arctique, ce curé décrit dans le menu son quotidien avec les inuit (qu'il nomme esquimaux) en proie aux esprits malveillants, aux traditions cruelles et aux sorciers sans pitié.
Durant quinze années il va tenter de libérer ces habitants du dos de la terre de leurs servitudes morales en prêchant la bonne parole…

Inuit et spinoziste

CR a mis en place un dispositif pour une cartographie de son exploration arctique lequel accorde moins d’importance aux sens des propositions (ce qui s’y dit) qu’à leur organisation- …dispositif qui plus est, mis en scène, explicité dans un lieu d’exposition le centre d’art passerelle à Brest dans une scénographie précisément réglée.
C’est une organisation pratique des textes et des images qui s’attache à l’endroit d’où se tiennent les discours plutôt qu’aux discours eux-mêmes … « …un topos défini dans ses positions plutôt que dans ses grandeurs ». De surcroît la place depuis laquelle ces paroles se tiennent bougent, bougent à partir du moment où leurs auteurs sont parties prenantes du dispositif. Ils bougent à l’intérieur du dispositif en relation avec les envois de données depuis Igloolik en même temps qu’en relation avec les notes adressées en périphérie. La scénographie de l’installation proposée par CR au Centre d’Art Passerelle rend compte plus d’une « topologie des articulations » que de témoignages. Ainsi, il n’y a pas d’observations ou d’assertions justes/vraies mais un sens relatif à la position du locuteur. Ou dit encore, l’assignation des rôles de chacun des locuteurs désignés par CR est fonction du lieu qu’ils occupent, c’est le lieu d’où ils parlent qui les désigne et les commande à leur figuration ; pas lieu géographique mais lieu de leur figuration dans les « dits ».
Cette topographie particulière mise en place par le dispositif repère les positions comme les points du cercle sont définis par rapport à un centre/foyer qui n’appartient pas à la ligne circulaire autour duquel s’organise la variation que constitue le cercle. (…les inuits et autres occupants d’Igloolik, les hommes, animaux…nommés et/ou photographiés par CR peuvent se trouver au moment où ils sont repris ou cités en notes, acteurs à leur tour en variation sur le cercle. La périphérie du dispositif n’est pas constituée des acteurs physiques du processus mais de « dires », discours, images ou textes…)

Le savait-elle ?...CR dans la mise en place de son protocole rejoint, en une singulière homonymie, la pratique par les Inuit de leur territoire. Je cite de la lecture de Béatrice Collignon, géographe qui a travaillé sur les Inuit canadiens son article « L’igloo et la banquise / le lieu et l’espace arctique » :
« […] le territoire, c’est d’abord un espace de relations. […] Ce qui importe, c’est moins le lieu lui-même que son appartenance au réseau dans lequel il est « compris » […] Aussi, la qualité d’un lieu dépend-elle de l’interaction du moment, de l’articulation d’une série de facteurs physiques et humains dont la conjugaison engendre des situations chaque fois différentes… […]…la lecture inuit du territoire ne peut pas faire l’objet d’une connaissance objective. Les relations qui ordonnent l’espace ne sont qu’une construction intellectuelle dont l’appréciation dépend du regard de chacun. […] Le territoire est compris et qualifié en fonction de l’évaluation personnelle (ou collective) de celui qui le perçoit et produit un discours ou des pratiques adaptées : il n’est rien d’autre qu’un espace subjectif. […] Il n’y a pas d’autre discours possible sur le territoire qu’un propos personnalisé, spécifique et contingent. […]. Il est impossible à un Inuk d’évoquer un lieu de façon neutre, objective : il prendra soin de préciser son point de vue. La saison est presque toujours spécifiée mais aussi l’endroit où se place celui qui parle : est-il plus haut, plus bas, vient-il de la terre ferme, de la mer, d’un lac gelé qu’il traverse à pied, à motoneige, en traîneau à chiens ? Est-il seul ou en groupe ? Pourquoi se trouve-t-il là ? […] il n’existe pas de point de vue privilégié, de physionomie absolue du lieu : du contexte dépend la représentation qu’on en fera […] D’ailleurs, la structuration de la langue ne le permet pas. Le « je » qui parle n’a rien d’une référence absolue. »
On comprend alors la violence d’une sédentarisation qui annihile la structuration même de la cosmogonie inuit.

Le travail (en cours) de CR réussit donc une juste adéquation entre moyens et fins, par la mise en place d’outils adaptés à la conformation des descriptions…cette conformation particulière de la structuration du monde par les Inuit.

…à relire cette note d’un lundi caniculaire propre à griller cheveux et tout ce qu’il y a dessous, tombe le dernier envoi de CR qui parle des églises en construction à Igloolik…çà m’a fait ‘tilt’…y’en a un qui s’est fait exclure des églises tout comme ces Inuit malmenés par elles (banni même de tout commerce avec ses semblables mais sans doute pas pour les mêmes raisons / je lis en sous mains des mots de Catherine, allez savoir pourquoi d’Inuits violentés sexuellement…une habitude d’église certainement…)…celui-là, c’est Spinoza- Son Ethique est écrite dans la forme géométrique, celle d’Euclide qui aligne propositions et démonstrations. A la suite de chacune de ses démonstrations, Spinoza ajoute des scolies ou commentaires venant informer, compléter ou discuter les propositions et démonstrations principales…tout comme aux « Eléments » d’Euclide ont été insérées des commentaires –ou scolies- par d’autres mathématiciens au fur et à mesure de leur diffusion. L’Ethique de Spinoza c’est donc 2 livres en 1, un premier livre des propositions et démonstrations et un deuxième, discontinu, des chaînes des scolies (ça ne vous rappelle rien ?). Cette organisation du texte de l’Ethique est constitutive de la pensée de Spinoza, elle est raison pratique. En effet, il ne s’agit plus de valider/infirmer une vérité mais de juger de son efficacité pratique, son utilité à la démonstration laquelle est toujours relative.
Ca relativise sérieusement l’omniscience de Dieu pour y opposer une liberté de mouvement ou de raisonnement proprement humaine hors de toute prédestination. On comprend la violence de l’exclusion du philosophe par les églises…Cette organisation du texte de l’Ethique –une variation relative du cercle avec Dieu tout de même toujours au centre chez Spinoza- se rapproche beaucoup de la forme contingente par laquelle la société Inuit comprend son territoire…En conclusion et si on en croit CR, Spinoza est inuit !....

Apoutsiak

Sans doute connaissez vous tous Apoutsiak, le petit flocon de neige.
Pour ma part, ma mère me le lisait avant de me coucher quand j'étais petit; et Paul-Émile Victor le lui lisait lorsqu'elle était petite, pendant la guerre, en Suède (elle m'a raconté qu'il avait même écrit et dessiné cette histoire pour elle… l'intimité, la proximité de ces personnages sont tels que chaque enfant peut y croire volontiers).
C'est le voyage de Catherine qui me rappelle à cette fable inspirée de faits réels, d'observations de PEV sur le continent Arctique (est-ce considéré comme un continent d'ailleurs ?).
Une plongée dans l'enfance, dans le rêve d'une civilisation d'antan, que l'homme blanc a visiblement bouleversé…
Me reste les dessins et les aventures de ce petit inuit, madeleine fabuleuse qui était restée dans un repli de mon cerveau. Une belle approche anthropologique au pays des Inuit, un pan de leur mémoire aujourd'hui disparu.
Merci.

Apoutsiak

Crèche Inuit

et je me rappelle aussi que la crèche chez mes parents quand j'étais enfant, était constituée de personnages en porcelaine inuit aussi.
Incroyable. Il faut que je vérifie auprès de ma mère si elle les a conservé. Des pièces rares alors.
C'est l'image de la crèche de Catherine Voison qui a réveillé cet autre image enfouie.
Merci, bis.

Nos territoires

Dans un article publié dans Le monde polaire,( éd. Ellipses, sous la dir. de Marie-Françoise André), Michèle Therrien (inalco/cerlom) montre la parenté entre les mots inuit pour dire le paysage, la nature et les mots pour désigner les parties du corps humain. Voici quelques exemples:

niuluk:
tige d'un arbuste / niu jambe
nukiruaq:
tige courte / nuki tendon
tikiraq:
pointe de terre / tikiq index
timia:
continent opposé à la mer / timi corps
anniq:
terrain plat de peu d'étendue / surface usée des dents
qimirlugaaq:
tige d'une plante / colonne vertébrale