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Un air de Bartleby...

Un air de Bartleby...

Je les reconnais.

Xine

 
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Sols d'Igloolik

Le sol le plus familier est pour moi d'une façon surprenante la mer, le dessus de l'eau. Où en recadrant mon regard sur une partie de l'océan, en observant les petites vaguelettes, les risées à la surface de l'eau je peux me retrouver dans la baie de Morlaix, dans l'océan austral ou ailleurs. Je ressens la mer comme un matériau universel qui donne l'impression d'être familier. La terre finalement m'est plus étrangère. Mais la mer est elle un sol? Est-ce une question de vue en coupe?

Mes pas à l'aéroport font résonner les structures métalliques des pilotis, des grilles des coursives extérieures. Bruit familier de toute base ou station hors sol. Les stations spatiales doivent probablement "raisonner" aussi de cette façon.

Puis marcher entre les maisons préfabriquées en bois, dans une sorte de poudre de couleur crème soulevée par les quelques voitures ou camions qui circulent. Elle devient collante et visqueuse par temps de pluie.

Marcher sur la plage, le long des cabines de chasseurs. Impression de marcher sur le bord d'une rivière plutôt que sur une plage de bord de mer. Le rivage est formé de graviers, voire des cailloux mélangés de différentes couleurs et matières. Cela me fait penser au "délestage" qui était une île constituée de roches très différentes, à l'embouchure de la rivière de Pont l'Abbé en Bretagne. Elle s'était formée à partir des cailloux de lestage que les bateaux emportaient avec eux lorsqu'ils n'avaient pas de marchandises. Puis, pour entrer dans la rivière, ils vidaient ce chargement à tribord pour ensuite se remplir de denrées diverses et repartir en mer.

En s'éloignant du village vers le nord, une impression de marcher sur un tas de pierres gigantesque, un sol complètement désarticulé où se mélangent des pierre blanches plates de toutes tailles, stabilisées par endroit par des lichens ou des mousses ou graminées. Un champ de lauses pour une région maintenant sans constructions de pierres. Ces pierres plates si bien clivées me donnent envie de construire une borie là, maintenant, tout de suite. Le cimetière est installé dans ce tas de pierres un peu au-dessus du village. Seul ce coteau est encore couvert de glace. Croix et caïrns en forme d'humains appelés Inuksuk dominent le village. Les croix sont en bois alors que c'est une région sans arbres, les Inuksuk sont en lauses.

Plus au nord, traversées de marais et de mousses épaisses, plus elles sont rouges plus elles sont humides. Des pierres rondes sont disposées là, comme si elles avaient été lancées de haut. Les grosses semblent rester à la surface, les petites s'enfoncer et s'effacer sous le sol spongieux. Les pierres sont rouges, marron, certaines sont coupées en deux, en tranches.

Sols d'Igloolik

Cela me fait penser au "délestage" qui était une île constituée de roches très différentes à l'embouchure de la rivière de Pont l'Abbé en Bretagne.
Tu parles au passé, cette île n'existe plus ?

Près de Palekastro, à l'est de la Crète, se trouve le site abandonné (les fouilles ont été interrompues faute d'argent) de Roussolakos - des pierres, la mer, des sacs en plastiques volant au vent, des oliviers - certains disent que c'était le plus grand palais après Cnossos, mais beaucoup plus dévasté à cause de la proximité de la mer. Que se passait-il sur les sols arctiques quand, il y a à peu près 3700 ans, un mystérieux cataclysme mit par terre tout ces premiers palais ?

Sols d'Igloolik

En passant par le château d'Oiron pour visiter son étonnant cabinet de curiosités, je me suis longuement attardée devant une installation de Gloria Friedmann qui me revient en mémoire en observant ces amoncellements de pierres plates....un memento mori contemporain.

Gloria Friedmann La vanité des bâtisseurs
Gloria Friedmann, La vanité des bâtisseurs, 1993
Installation avec un disque de terre (diam. 260 cm), un tas d'os (120 X150 cm), un tas de pierres (130 x 150 cm)
Coll. FNAC, Inv. FNAC:94058

"Devant un grand tondo de terre représentant la planète deux tumulus: l'un de pierre pour les infatigables bâtisseurs, l'autre d'os pour ce qui subsiste après la mort. Son oeuvre est une réflexion sans cesse renouvelée sur la nature et sur les relations en constante évolution que l'homme noue avec elle. Son spectre s'étend du combat écologique à la prise en compte des mutations les plus artificielles de la société industrielle." Le château d'Oiron et son cabinet de curiosités, centre des monuments nationaux/Éditions du patrimoine 2000, p.214

Ciels vus du sol

En regardant là-haut depuis ma chaise longue citadine du déjeuner, je me suis demandé si j'étais encore plongée dans la consultation des pièces jointes aux mails IGLOOLIK.

Comme la réponse semble être non, je vous adresse ces captures d'écran de la toute dernière version de GOOGLE SKY (low tech version).

3 ciels

La gazette

"les bourses chutent, les bons du Trésor Américain, étalon sur lequel s'échelonnent les valeurs des dettes souveraines, se déprécient, Londres craint une troisième nuit d'émeute dans le quartier de Tottenham , la troïka de la finance (FMI, Commission européenne et Banque Européenne) prend la tutelle de la gouvernance grecque pour les trente années à venir, afin de garantir le remboursement de ses prêts, la production du Round Up de Monsanto dont la toxicité entraîne malformations fœtales et dégénérescence cellulaires, ce que viennent de confirmer plusieurs études épidémiologiques indépendantes, a été autorisée à être poursuivie en Europe jusqu'en 2030 avant sa ré-évaluation et sans limitation en Amérique du Sud, le tourisme religieux de la communauté catholique d'Emmanuel attire des milliers de nouveaux visiteurs…"
Harangue publicitaire pour un nouveau film d'anticipation à scénario de fin du monde?…litanie harassante de désastres des 20 dernières années …non, les titres du journal Le Monde daté du 9 août 2011… une journée ordinaire…
ah, un titre oublié, le gouvernement français lance une nouvelle offensive contre les fraudes sociales, c'est à dire les escrocs bénéficiaires des minima sociaux qui déclarent vivre seul quand ils sont deux ou encore les arrêts de travail injustifiés…
lectures de la "gazette"
il y a dans le dernier mail de CR soit une étourderie de frappe soit un jeu de mots lourd de sens politique…"Les stations spatiales doivent probablement raisonner" mais raisonner à quoi... à l'ailleurs?

Des blancs

« Blanche sur fond blanc, comme une silhouette-trace étrangère qui atteint la limite de l’invisible, dans l’instantané d’un faux paradoxe. Reste que le lieu blanc n’est peut-être que le paysage poncif que mon regard non documenté imagine d’ici. » (11/08/03/TU07h23-RQ- D'AIME CESAIRE A CATHERINE RANNOU)

« Le sol le plus familier est pour moi d'une façon surprenante la mer, le dessus de l'eau. Où en recadrant mon regard sur une partie de l'océan, en observant les petites vaguelettes, les risées à la surface de l'eau je peux me retrouver dans la baie de Morlaix, dans l'océan Austral ou ailleurs. Je ressens la mer comme un matériau universel qui donne l'impression d'être familier. La terre finalement m'est plus étrangère. Mais la mer est elle un sol? Est ce une question de vue en coupe? » (11/08/07/TU22H26-CR- SOLS D'IGLOOLIK)

Il n’y a pas que du blanc au Nord, il n’y en a finalement pas tant que ça, à part la grand tache du Groenland, notre continent arctique à nous. Au Sud, par contre...
Mais surtout il y a plusieurs « blancs », des textures diverses, mousseuses, plissées, ridées, qui me font penser à la sensualité des blancs en neige, des meringues, des draps froissés, mais aussi à la neige et à la glace vues de près. Fascination pour ces textures qui annihilent la notion d’échelle (rappel: le titre des images indique la longitude et la taille du côté)...

9 blancs

Pas que du blanc

« Le rivage est formé de graviers, voir des cailloux mélangés de différentes couleurs et matières. (...) En s'éloignant du village vers le nord, une impression de marcher sur un tas de pierres gigantesque, un sol complètement désarticulé, où se mélangent des pierres blanches plates de toutes tailles, stabilisées par endroit par des lichens ou des mousse ou graminées. (...) Plus au nord, traversées de marais et de mousses épaisses, plus elles sont rouges plus elles sont humides. Des pierres rondes sont disposées là, comme si elles avaient été lancées de haut. Les grosses semblent rester à la surface, les petites s'enfoncer et s'effacer sous le sol spongieux. Les pierres sont rouges, marron, certaines sont coupées en deux, en tranches. » (11/08/07/TU22H26-CR- SOLS D'IGLOOLIK)

« Merci pour la vision des couleurs en réponse au blanc trop blanc du départ qui me glaçait un peu. » (11/08/04/TU08h55-RQ- ET LA TOUNDRA)

Il n’y a pas que du blanc le long du parallèle 69°22’32", il y a plein de textures et de couleurs, comme dans ces pierres dont Roger Caillois a décrit l’écriture, et qui nous troublent également par la confusion des échelles, la tentation d’y voir autre chose que ce qui est, mais aussi, sans chercher une quelconque ressemblance, peuvent nous fasciner comme des tableaux abstraits.

« En Chine, poètes et peintres identifiaient dans une pierre perforée une montagne, avec ses cimes, ses cascades, ses grottes, ses sentiers, ses abîmes. Des collectionneurs se ruinaient pour acquérir des cristaux dans la transparence desquels ils distinguaient des mousses, des herbes ou des branches avec leurs fleurs et leurs fruits. Sur des agates, on peut apercevoir un arbre, des arbres, des bosquets, une forêt, un paysage entier; ou sur un marbre, conjecturer une rivière avec des collines qui en bordent le cours; ou les éclairs et les nuées d’un orage, les neurones de la foudre et les grandes plumes du givre; ou un héros affrontant un dragon; ou une mer immense où s’enfuient des galères, comme celle que le Romain surprit dans les prunelles d’une reine d’Orient déjà décidée à le trahir. » (Roger Caillois, L’écriture des pierres, Champs-Flammarion, p. 12)

10 terres

Du silence radio à la bande son d'igloolik

Le 7 août, Catherine nous a prévenus de son silence radio du 10 au 20 août.

Les images envoyées par Marie-Pascale ont alors commencé à chanter dans mon regard posé sur elles. Chacune si différemment. Leurs textures diverses hier. Ce crissement des pas qui s'enfoncent dans la neige, les semelles qui claquent ou glissent sur la surface glacée des sols, ou simplement les pieds qui arpentent avec aisance ou difficulté, en fonction des espaces parcourus chaque heure.

Parfois tes mains t'aident peut-être un peu à saisir quelque chose plus loin, je ne sais pas.

Aujourd'hui à nouveau, les images de Marie-Pascale émettent un son particulier dans ton silence. La Chine et l'Orient font leur entrée dans cet ensemble. Nous les accueillons !

Couleurs, textures, plats cuisinés (omble chevalier encore frais dans nos mémoires gourmandes), faune et flore, vue, toucher, goût et odorat. Une chose me manque (jamais assez, n'est-ce pas...) : quelles sont les voix d'Igloolik, comment te parlent-elles ? Gutturales, stridentes, douces ou vives, légères et enfantines, adolescentes et fluctuantes, féminines/masculines, fortes ou discrètes... ?

Et comment travaille pour toi le sound designer de l'Arctique, quels sont les bruits émis par ces lieux le temps de ta présence ? Décris-nous cette bande son selon ta manière, s'il te plaît, en strates, en vertige maîtrisé.

Entends-tu quelques chants ? Des musiques ? Locales, importées ? Résistances ou mélanges créatifs ? Les corps se mettent-ils à danser ?

Les mélodies sont-elles des matériaux recyclables l'été...

Si tu as un instant encore, dis-nous enfin la texture, le goût et la couleur des silences arctiques.

La bande son d'Igloolik a, j'ai envie de le croire, quelque chose à raconter de toi et ton travail dans ces moments lointains.

merci

Sols d'Igloolik

Mes pas à l'aéroport font résonner les structures métalliques des pilotis, des grilles des coursives extérieures. Bruit familier de toute base ou station hors sol. Les stations spatiales doivent probablement raisonner aussi de cette façon.

Dans son roman "Je n'ai pas dansé depuis longtemps" (Belfond, 2010), Hugo Boris raconte la vie et le parcours d'un cosmonaute soviétique parti pour une mission de longue durée dans la station spatiale et qui doit y rester encore plus longtemps que prévu pour cause d'effondrement de l'Union Soviétique. Ce roman est librement adapté des conditions de vie réelle de divers cosmonautes russes.
A un moment, dans le livre, le cosmonaute se "propulse" de chaque côté de la cloison d'un des modules de la station, heurte les parois de manière rythmique et répétée, entraînant une résonnance qui pourrait, peut-être, la disloquer.
Peut-on ainsi disloquer un aéroport ou tout autre bâtiment hors sol comme le dit Catherine ? Cela aurait-il le même effet mortifère ?

Pas que du blanc

Dubuffet : l'âme du sous-soul

En route vers…

"...On décèle à l'oreille avec surprise, en montant vers le nord, quelque part au-delà de Söederhamm sur la côte de Bothnie, quelque part après Hänefoss en gravissant les vidda de Hardanger, un certain passage de ligne non plus climatique mais auditif: celui où le bruit discontinu et dilué de la vie qui se raréfie ne refoule plus l'émergence fondamentale: le silence premier, à la fois compact, porteur et nourricier  qui ressurgit et fait surface comme d'un grand fond, aussi concrètement audible que le tic tac de la pendule dans la pièce qui s'assoupit. " (Julien Gracq, Lettrines 2.)