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Aéroports ?

Aéroports ?

C'est dans mon prochain livre (!) - le personnage un peu neurasthénique, ressassant, d'Anne-Marie qui parle:

Quel est exactement, reprend Anne-Marie, l’effet d’un long trajet sur le corps passif, emmailloté de couvertures, pourvu en vivres et en alcools, soigneusement attaché face à un écran proposant toutes sortes de distractions, - comment formuler la brutalité de cet environnement protecteur ? Tout nous invite à minimiser le fait même du voyage. D’abord parce qu’il faut éviter les paniques collectives toujours prêtes à s’installer dans un groupe désoeuvré à 10 000 mètres au-dessus du sol. Aussi parce que dans notre manière de voyager néo mondialisée, nous ne sommes invités à porter au voyage lui-même qu’un intérêt lié à son efficacité – comme si le temps du voyage ne se déroulait nulle part: toutes les traversées du ciel ont le même goût de nourriture aseptisée. L’océan qu’on survole n’existe pas, il est aussi invisible que Dieu. On peut juste en voir une représentation graphique sur le petit écran qui fait face au siège sur lequel on est assis. Comme sur les machines de l’hôpital s’inscrivent les rythmes de notre cœur et de notre cerveau.