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Lecture Plouézoc'h-Aéroport Charles de Gaulle

"Je veux parler de ce système de pensée ou plutôt de l'instructive tendance d'une civilisation éminente, prestigieuse, à abuser de son prestige même pour faire le vide autour d'elle en ramenant abusivement la notion d'universel, chère à Léopold Sédar Senghor, à ses propres dimensions, autrement dit, à penser l'universel à partir de ses seul postulats et à travers ses catégories propres. On voit et, on a que trop vu les conséquences que cela entraîne: couper l'homme de lui même, couper l'homme de ses racines, couper l'homme de l'humain et l'isoler en définitive, dans un orgueil suicidaire sinon dans une forme rationnelle et scientifique de la barbarie.
....

Tremblement des concepts, séisme culturel, toutes les métaphores de l'isolement sont ici possibles. Mais l'essentiel est qu'avec elle, était commencée une entreprise de réhabilitation de nos valeurs par nous mêmes d'approfondissement de notre passé par nous mêmes, du ré-enracinement de nous mêmes dans une histoire, dans une géographie et dans une culture, le tout se traduisant non pas par un passéisme archaïsant, mais par une réactivation du passé en vue de son propre dépassement.
Littérature dira t'on?
Spéculation intellectuelle? sans aucun doute. Mais ni la littérature, ni la spéculation intellectuelle ne sont innocentes ou inoffensives "

Aimé CESAIRE
texte extrait du discours inaugural "Négritude, ethnicity et cultures afro aux Amériques" donné le 26 février 1987 à l'occasion de la première conférence hémisphérique des peuples noirs de la diaspora organisée par l’université internationale de Floride à Miami.

Dans l'Arctique canadien on parle des "blancs" pour parler des étrangers. Je serai donc une blanche.

D'Aimé Césaire à Catherine Rannou

(…) ou plutôt de l'instructive tendance d'une civilisation éminente, prestigieuse[1] (…)

[1] Où Aimé Césaire situait-il la frontière entre ironie et humour noir ?

(…) faire le vide autour d'elle[2] (…)

[2] Aux antipodes critiques de la tendance décrite par Césaire, Catherine affirme pas à pas, trace après trace qu’on peut choisir de faire le vide autour de soi un temps, poussé par la nécessité d’affirmer la singularité fragile de son point de vue. Renouer avec elle-même, pour re-nous- er sans cesse avec tous, là-bas d’abord puis ici.

Je serai donc une blanche[3].

[3] Blanche sur fond blanc, comme une silhouette-trace étrangère qui atteint la limite de l’invisible, dans l’instantané d’un faux paradoxe. Reste que le lieu blanc n’est peut-être que le paysage poncif que mon regard non documenté imagine d’ici. Quoi qu’il en soit de la réalité, de ce seul mot adressé, "blanche", Catherine créé une vision saisissante qui fait fondre l’hétérogène habitant jusque-là mes pensées vers elle là-bas. Dans la présentation d’Igloolik, elle a écrit : « Il s’agit de cesser d’importer des matériaux et de travailler avec les ressources in situ ». En dessinant sa cartographie sensible, libre et méthodique, elle prouvera qu’il est possible de ne jalonner son parcours que de quelques longs cheveux éphémères abandonnés, rares déchets recyclables sombres qu’elle importera dans la blancheur de ce territoire où il ne fait presque jamais nuit.

Lecture Plouézoc'h - Aéroport Charles de Gaulle

Avez-vous dans les airs entendu quelque bruit ?

Utiles statistiques "ethno-économiques"

"[...]je serais donc une blanche".

(JG) N2 . Billet du Monde daté du 3 août 2011 en pièce jointe, note complémentaire en commentaire de la citation par CR du discours d'Aimée Césaire...et du terrain d'évidence politique sur lequel elle place son regard d'"ethno-ar-tiste/chitecte"

utiles statistiques

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Enfin un peu de temps pour me glisser dans les notes de bas de page, les coulisses des textes et des témoignages visuels qui nous parviennent du Nunavut (notre terre),du dos de la terre comme aiment à le souligner les inuit à nous les Blancs qui bâtissons notre devenir sur les places boursières et les échanges commerciaux .

Distinctions 2

Dans l'Arctique canadien on parle des "blancs" pour parler des étrangers. Je serai donc une blanche.

« (L’Esquimau ou Inuk c’est, selon le mot même, l’homme par excellence. Le Blanc, le Qallunaaq, relève, lui, d’une espèce indéfinissable [1]. Le Kalaaleq, c’est, sur la côte sud-ouest, le Groenlandais métis de Danois, de Hollandais et d’Ecossais.) [1. Inuk (pluriel Inuit): l’homme. Qallunaaq (pluriel: Qallunaat): les « Blancs », à mieux dire les Danois; littéralement, les grands sourcils. (…)] » (Jean Malaurie, Les derniers rois de Thulé, Terre humaine poche, p. 24)
« Blanche sur fond blanc » (Roselyne Quemener)

« La fille de Gouno, à quelqu’un qui de loin me disait Andiara, ça va? (Blanc, ça va?) a répondu: Blanc? Où ça un Blanc? Ca c’est Antonin! » (Antonin Potoski, Les Cahiers dogons, POL, p. 47)

Faire tache. Blanche sur fond noir.
(souvenirs d’une expérience africaine datant d’une trentaine d’années)
Etre « blanc » (ce n’était jamais dit comme ça) c’était être yovo (dans la langue locale béninoise, le fon).
Etre yovo n’était pas forcément être blanc de peau: un coopérant français, antillais, noir de peau, était yovo lui aussi…
Etre blanc de peau n’était pas forcément être yovo: les albinos (il y en a évidemment aussi dans la population africaine, ce qui fait un effet surprenant), même si souvent ostracisés, n’étaient bien sûr pas des yovos…
Certains ananas étaient yovos (sans être blancs!), parce que les plus appréciés par les yovos; de même pour certaines bananes, etc.
Il y avait des Chinois déjà (par amitié idéologique, le Bénin étant marxiste-léniniste sous la direction de Mathieu Kérékou à l’époque), mais on ne les voyait pas (ils ne se mêlaient pas à la population). Ils n’étaient pas yovos, ils étaient encore plus « autres », si c’est possible. Un Béninois m’a dit un jour, et cela m’a fait rire parce que cette réflexion est parfois faite par des « blancs » au sujet des « noirs », qu’il n’aimait pas les Chinois parce qu’ils étaient tous pareils, qu’il n’arrivait pas à les distinguer…
Il y avait des « autres » parmi les Africains eux-mêmes (et ce n’était pas une question de nationalité, mais d’« ethnie », comme on dit, j’imagine). Quand je me baladais avec Thomas, un ami béninois, il saluait à l’africaine (c’est-à-dire longuement, en demandant des nouvelles de toute la famille) la plupart des gens qu’on croisait, mais pas d’autres (chez lesquels je ne détectais aucune différence, ni de traits physiques, ni d’habillement, etc., même en étant attentive).

début d'une longue histoire