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Architectures d'aéroport

Le minimum nécessaire: stocker, laver les vitres de l'avion ou de la tour de contrôle, faire le plein, enregistrer les bagages, embarquer les passagers, communiquer avec le monde.

 
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Une montagne de BMW

Un chasseur entre dans la cabane, il s'installe devant l'ordinateur et me propose de regarder avec lui quelque chose sur internet. C'est Google Earth, outil indispensable pour discuter ensemble des lieux de chasse, de camps d'été etc... il tape quelque chose et zoome depuis l'espace sur une montagne au nord de Igloolik.

"Tu vois ça, dans quelques années çà n'existe plus et tu sais où ça va? Directement en Europe. Pour construire des BMW". Je raccourcis les propos du chasseur qui n'étaient sûrement pas aussi directs que cela et qui étaient émaillés de plus de détails, de descriptions et de méandres pour arriver à cette conclusion. Non seulement il y a les questions de réchauffement climatique mais en plus l'arctique fournit les matières premières de ce réchauffement....Je le savais évidemment mais d'avoir des exemples concrets comme cela aussi convaincants, c'est autre chose.

Effectivement les journaux rapportent que le jour où le PDG d'Arcelor Mittal est arrivé sur le site de Mary River, il se serait exclamé que, lui, c'était une montagne de BMW qu'il voyait en regardant ce paysage arctique. Au moins c'était clair. Le taux de fer contenu dans le sol est quasi de 65% ce qui est très rare. Ensuite c'est une succession de dossiers de demandes d'exploitation, de dossiers d'impacts sur l'environnement, la flore, la faune... Tonnes de dossiers procéduriers et malins qui ne peuvent être refusés car ils savent comment administrativement répondre aux règles imposées.

De longues négociations se sont déroulées avec l'association des chasseurs de Igloolik, dont un des principaux acteurs était là à m'expliquer les problèmes qu'il avait rencontrés.

Le projet de cette mine est non seulement de construire un village pour les mineurs mais également d'exporter évidemment les minerais extraits. Des rails sur 150 km, 24 ponts, 8 brises-glace à double coque sont déjà en construction afin d'exporter directement le minerai extrait vers l'Europe. Huit jours de mer, traversée de l'atlantique et hop... retraversée de l'atlantique, rechargement, retraversée etc... sorte de chaîne à l'échelle d'un océan, 12 mois de l'année. 21 millions de tonnes de minerai par an , pendant plus de vingt ans...

La question précise, soulevée par les chasseurs, est le trajet de ces brise-glaces. Un brise-glace tous les 43 heures. La glace n'a pas le temps de se reformer et de permettre aux chasseurs comme au gibier de circuler librement. C'est à dire que cela réduit les territoires des inuit l'hiver.  Et cela modifie les trajets du gibier.  La négociation a été d'éloigner le plus possible le trajet des brises-glaces du village mais ce n'est qu'une mesure minime quant aux dommages causés.

L'argument de Arcelor Mittal est social également: dire qu'il y création d'emplois pour ces populations désœuvrées. Le chantier tout d'abord de construction (trois à quatre ans) puis le travail dans la mine. Les faire participer à la destruction de leur territoire...Le cynisme va jusqu'à demander aux inuit de chasser les ours polaires autour de la cité de chantier afin de protéger les ouvriers des attaques.

J'ai un contact avec un fonctionnaire canadien qui analyse ces dossiers. Il est désespéré de ces procédures qui contournent habilement les obstacles et qui font que les choses se feront tout de même. A coup d'usure, de dossiers "environnementaux" qui n'en ont que le titre, de consensus.

Des mesures tellement minimes par rapport aux dommages futurs, au delà même des questions locales. Mais le Canada semble impuissant face à ces initiatives privées. La montagne semble être en territoire inuit et dans un des rares territoires dont les ressources sont exploitables directement par les inuit et non par le Canada.

Tout cela me ramène au cruel  roman du français Philippe Vasset: "Journal intime d'une prédatrice"

"L'Arctique est la terre promise d'un capitalisme exsangue.  Notre mission est historique: de son succès ou de son échec dépend le sort de millions de gens. L'économie mondiale s'essouffle  faute de ressources. (Pointant le doigt vers le fond de la mine) Or les réserves sont là, à portée de main! Pour le moment nous ne sommes qu'une poignée d'initiés à avoir compris cette vérité fondamentale. Notre devoir est de desiller les yeux du monde et de lui montrer que l'enfer glacé qu'on lui a appris à craindre est en réalité une terre d'abondance. Longtemps fermé aux hommes, le sésame de ce vaste coffre-fort s'ouvre devant nous: l'opportunité est historique! Il faut être à la hauteur de l'événement ! L'humanité doit préparer son transfert vers le septentrion!"

 
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Atlas narratif

A l'aéroport Terry m'offre un cd d'un groupe Groenlandais. Il part demain aussi pour le sud. Il accompagne sa femme qui a obtenu une bourse d'étude à l'université d'Ottawa. Elle est déjà partie... Il revient de plusieurs jours de chasse et de pêche et appréhende la vie là bas. Annie est enceinte mais cela ne se voit pas encore, Guillaume a encore sa barbe de bûcheron pour son spectacle qu'il doit faire dans deux semaines, ensuite il rasera tout. Quelques inuit sont là attendant le débarquement du prochain avion. Des chiens de traîneaux sont mis en cage pour voyager dans la soute. Coup d'oeil complice à propos de l'omble arctique congelé de 3kg que j'ai dans mon sac à dos. Puis escale à Hall Beach et à Iqaluit. Je n'arriverai pas à rencontrer le fonctionnaire du ministère de l'environnement au sujet de la mine de Mary River, les horaires étant trop limités. J'aurai juste le temps d'aller au supermarché, acheter l'atlas du Nunavut. Il représente les territoires négociés par les Inuit avec le gouvernement canadien. C'est avant tout le témoignage d'un travail collectif, unique au monde, de communautés. Un collectage par voix orale principalement des lieux de chasses, parcours des animaux afin de dresser une carte des territoires à négocier avec le Canada. Cette carte sera adoptée en décembre 1991. C'est une sorte de mise à plat d'histoires de chasses, de dangers, de ressources en mouvement, de lieux. Ces cartes  sont accompagnées de notices qui apportent des précisions au niveau de la faune, de la flore puis quelques photos témoignent de ces réunions et conversations effectuées dans les communautés.

Nunavut Atlas Published by the Canadian Circumpolar Insitute and the Tungavik Federation of Nunavut edited by Rick  Riewe 1992  ISBN 0-919058-80-9

 
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Désert et mémoire

Je trouve aussi dans ce supermarché le livre de Béatrice Collignon traduit en Inuktitut "Les Inuit. Ce qu'ils savent du territoire". Le travail de cette géographe et chercheuse au laboratoire EHGO (CNRS) spécialiste de l'arctique canadien, a guidé une bonne partie de cette correspondance et la clôturera.

Elle écrit:

"La perception de l'espace a jusqu'ici été analysée sur un plan "horizontal" qui rend compte d'un espace parcouru. Pourtant il faut aussi considérer le plan "vertical", celui de l'enracinement dans le territoire. La perception se nourrit ici de la tradition orale qui en tant que mémoire du groupe, ancre points, lignes et surfaces dans une histoire.

Sur ce plan "vertical", le territoire n'est plus appréhendé globalement mais localement, par les éléments qui composent chaque paysage. Ce sont donc les points qui sont ici privilégiés. Sous l'effet de récits leur perception se modifie: ce ne sont plus des falaises et des lacs qui sont vus mais la falaise ou tel parent se cassa la clavicule, le lac ou tel autre perdit son couteau, le cadavre d'Uvayuq, si évident que l'on peut encore compter les côtes du malheureux. D'un désert où seule la topographie peut donner des points de repères, on passe, grâce à la mémoire, à un lieu humanisé."

 
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Exposition finale Igloolik

exposition en temps réel du protocole de correspondance Igloolik centre d'art passerelle Brest août- décembre 2011